La COP21 se déplace à Vancouver

La Conférence de Paris sur les changements climatiques... (Photothèque Le Soleil)

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La Conférence de Paris sur les changements climatiques ayant été un succès, le gouvernement Trudeau veut maintenant établir un plan de match pour que ce succès devienne concret sur le terrain.

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(Québec) CHRONIQUE / Le premier ministre Justin Trudeau rencontrera ses homologues des provinces, jeudi à Vancouver, pour discuter des suites à donner à la Conférence de Paris sur les changements climatiques.

C'est une rencontre importante : les participants à la COP21 ont insisté sur l'urgence d'agir lorsqu'ils ont accepté d'apposer leur signature à l'accord, conclu entre 195 pays, qui vise à contenir le réchauffement «bien en deçà de deux degrés». Plus on attend, plus cela coûtera cher! Outre les efforts ici et dans les pays industrialisés, des sommes énormes devront être investies pour aider les pays en voie de développement à réduire leurs émissions et à s'adapter aux changements climatiques. Rien de moins que 100milliards $ par année à compter de 2020!

L'invitation lancée par Justin Trudeau à ses homologues des provinces donne une bonne idée de la tournure que le premier ministre veut donner à la discussion : «La rencontre portera sur les moyens efficaces de s'adapter au changement climatique, de réduire les émissions de gaz à effet de serre et de saisir les occasions que présente une économie faiblement carbonée pour créer des emplois bien rémunérés et durables. Les premiers ministres envisageront tous les moyens politiques à leur disposition pour s'assurer que le Canada puisse profiter de la demande importante de savoir-faire dans le contexte d'une économie propre croissante.»

L'objectif de Justin Trudeau est d'amener tous les acteurs à relever les bons côtés de ce défi planétaire, au lieu de n'y voir que les sacrifices à faire.

Pourquoi tenir cette rencontre à Vancouver? Sans doute un peu parce que la Colombie-Britannique est très sensible aux enjeux environnementaux. Mais surtout parce que M. Trudeau y aura prononcé, la veille, le discours-thème de la conférence Globe 2016, qui réunira 2000 chefs de gouvernement et d'entreprise d'une cinquantaine de pays, venus discuter d'innovation et de développement durable. La rencontre des premiers ministres se tiendra donc dans un contexte favorable à la cause environnementale... et au développement économique. Philippe Couillard a envoyé le même message il y a deux semaines, au colloque de l'Association québécoise de la production d'énergie renouvelable : il y a de belles occasions d'affaires pour les pays qui prendront les devants dans le développement durable.

Si les intentions sont sincères, elles devront quand même passer le test de la réalité. Les déclarations récentes de Justin Trudeau sur le projet Énergie Est, par exemple, donnent à penser que le premier ministre estime qu'il est de son devoir de faciliter la vente des ressources naturelles du pays à l'étranger. Donc du pétrole des sables bitumineux! Le premier défi est de voir s'il est possible de réconcilier un tel projet avec la cible de réduction établie à Paris. Si cela est mathématiquement impossible, il ne sert à rien d'ergoter sur la sécurité de ce pipeline par rapport aux autres moyens de transport.

Pour les experts, un réchauffement maximum de deux degrés est à la limite de ce qu'il faut atteindre pour conserver notre capacité d'adaptation d'ici la fin du siècle. Et pour les mêmes experts, cela implique de laisser une part importante des carburants fossiles dans le sol.

La plupart des pays producteurs de pétrole, dont nous sommes, ont probablement compris que la domination des hydrocarbures prendra fin au cours des prochaines décennies. Ils se sont donc lancés dans une course contre la montre pour en écouler le plus possible et même au rabais, avant que les sources alternatives d'énergie n'occupent une plus grande part du marché. Autrement, quelle serait l'urgence de bâtir un nouvel oléoduc pour transporter le pétrole des sables bitumineux, alors qu'on en vend déjà près de 700 millions de barils par année?

Le pétrole et les sondages

Les premiers ministres seront soumis à de puissants lobbies dans le processus décisionnel qui mènera aux gestes à poser pour contrer les changements climatiques. Ces lobbies prennent différentes formes, dont celle des sondages d'opinion. Des sondages présumés scientifiques, mais dont la valeur laisse souvent à désirer.

La semaine dernière, on a fait grand état d'un sondage Léger Marketing, commandé par l'Institut économique de Montréal, qui concluait que les Québécois préfèrent le pétrole de l'Ouest à celui des autres pays comme l'Algérie ou le Mexique. Autre conclusion : les personnes sondées estiment que le pipeline est le moyen de transport du pétrole le plus sécuritaire.

Vous devinez dans quelle direction on vous amène... Le projet Énergie Est serait souhaitable parce qu'il permettrait de remplacer le pétrole importé par du pétrole canadien, et le pipeline de TransCanada est le moyen le plus sécuritaire pour le transporter.

Nulle part, dans ce sondage, n'a-t-on fait état du fait que le pétrole des sables bitumineux produit plus de gaz à effet de serre que les autres, et que son transport par pipeline lui ferait traverser environ 700 cours d'eau sur le territoire québécois.

Plus encore, la première question du sondage est ainsi formulée : «Actuellement, le Québec doit importer de l'extérieur (de l'Ouest canadien ou de l'étranger) tout le pétrole qu'il consomme. Selon vous, est-il préférable que le Québec exploite ses propres ressources pétrolières ou qu'il continue d'importer de l'extérieur 100 % du pétrole nécessaire à sa consommation?»

C'est une question tendancieuse. Un peu comme si on demandait aux Québécois s'ils préfèrent les fraises de l'île d'Orléans aux grosses fraises importées et sans goût de la Californie et du Mexique!

C'est évident que l'on aimerait mieux faire le plein d'essence avec du pétrole québécois. Mais comme on n'en a pas, la maison de sondage nous propose du canadien, par opposition à celui de l'Iraq, l'Iran ou l'Arabie Saoudite.

Or ce n'est pas là que se situe le vrai débat : la vraie question que le sondeur aurait dû poser est de savoir si on préfère acheter canadien, même si ce pétrole des sables bitumineux produit beaucoup plus de gaz à effet de serre que le pétrole importé de l'étranger.

Les mises de... Côté

Chaque semaine, découvrez une des esquisses de caricature laissées en plan par André-Philippe Côté.

CHRONIQUE / Le premier ministre Justin... (Le Soleil, André-Philippe Côté) - image 4.0

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Le Soleil, André-Philippe Côté

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