Des réactions méprisantes

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Il est normal de poser des conditions à Bombardier. Mais de là à nous qualifier de quêteux et à exiger un troc entre CSeries et Énergie Est, il y a une marge.

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(Québec) CHRONIQUE / On a fait grand état de la réaction du premier ministre Brad Wall de la Saskatchewan au rejet d'Énergie Est par Denis Coderre. Son message était dur, mais c'est la réaction prévisible d'un politicien qui défend sa province. On ne peut en dire autant de celle du Globe and Mail de Toronto à l'annonce de l'achat des appareils CSeries par Air Canada.

Jeudi, le chroniqueur Jeffrey Simpson a qualifié cette transaction de «vente de feu» de la part de Bombardier et dénoncé les pressions du Québec. «Bombardier a frappé tellement souvent à la porte d'Ottawa pour de l'aide, écrit Simpson, que les députés québécois pourraient être appelés The Honorable Members from Bombardier.» Il a conclu que si Justin Trudeau acquiesce à la demande de Bombardier, il doit exiger que le gouvernement du Québec et la Ville de Montréal baissent le ton et leurs attaques contre Énergie Est.

Le chef de bureau du journal à Berlin, Eric Reguly, a qualifié «d'obscènes» les efforts pour sauver la CSeries. Signalant que les familles Beaudoin et Bombardier seraient les grands gagnants d'une aide fédérale, il a conclu qu'une telle aide équivaudrait à «donner une BMW à un fils négligent qui vient de démolir votre Buick en fonçant sur un mur...»

Il est normal de poser des conditions à Bombardier. Mais de là à nous qualifier de quêteux et à exiger un troc entre CSeries et Énergie Est, il y a une marge. Les objections québécoises à l'oléoduc sont de nature environnementale. Elles sont légitimes dans le contexte des engagements signés à la Conférence de Paris sur les changements climatiques. 

La décision concernant Bombardier doit se prendre sur des bases économiques. Or avant de condamner le lobby du Québec, les journalistes du Globe and Mail devraient lire le rapport du Vérificateur général du Canada de novembre 2014 sur l'aide de 13,5 milliards $ accordée à l'industrie automobile ontarienne en 2008-2009. Je vous en fais le résumé :

- Ottawa a déboursé les deux tiers de cette aide, contre un tiers pour l'Ontario.

- Le ministère de l'Industrie ne disposait que d'analyses «limitées» des plans de restructuration des filiales canadiennes de GM et de Chrysler.

- Chaque société devait produire un plan de restructuration acceptable. En mars 2009, le Canada, l'Ontario et les États-Unis ont rejeté les plans présentés par les sociétés et ont donné à celles-ci une date limite pour les modifier. «Or nous avons constaté qu'Industrie Canada n'avait pas demandé à Chrysler ni à GM de lui fournir des plans définitifs de restructuration de leurs activités au Canada», écrit le vérificateur.

- Le gouvernement fédéral avait lié son aide à des concessions de la part des entreprises et de leurs syndicats. Or «nous avons constaté qu'Industrie Canada n'avait pas évalué l'incidence des concessions devant être faites par les travailleurs syndiqués, les fournisseurs et les concessionnaires sur les coûts ou la viabilité à long terme des sociétés».

- Sur l'aide financière versée à GM, 1 milliard $ ont été alloués à la réduction des passifs au titre des soins de santé et 4 milliards $ à la réduction des déficits de ses régimes de retraite. De ces 4 milliards $, le quart a été versé à la société mère américaine en 2009! «Ni Industrie Canada ni Exportation et développement Canada ne possédaient de documents portant sur l'utilisation de ces fonds», écrit le vérificateur.

Ottawa a sauvé l'industrie ontarienne de l'automobile, mais à quel prix? Voici la conclusion du vérificateur : «Après avoir examiné les informations mises à la disposition du public, nous avons constaté qu'il était impossible d'avoir une vue d'ensemble de l'aide accordée, de son incidence sur la viabilité des sociétés, des sommes recouvrées et des pertes enregistrées.»

Voilà pour les faits! Des quêteux, les Québécois?

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