Les dossiers corrompus

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Ce n'est pas la première fois que nos élus se précipitent sur un projet sans tenir compte des mises en garde et de la volatilité du contexte international. L'exploitation du gaz de schiste et le projet du Suroît nous en ont fourni des exemples éloquents.

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(Québec) CHRONIQUE / Il y a des dossiers «corrompus» en politique. Pas corrompus au sens de malversation, mais au sens de projets mal foutus qu'on veut nous imposer sans consultation et sans égard aux conséquences.

Anticosti en est un: nos élus se sont lancés là-dedans dans l'espoir d'y trouver un eldorado. On y a autorisé l'exploration pétrolière «juste pour voir», sous prétexte qu'il serait fou de dire non à quelque chose sans avoir vérifié les faits. C'est pour ça que le gouvernement Marois a donné le feu vert à une participation de l'État pouvant atteindre 115 millions $, sans évaluation environnementale. On voulait vérifier le potentiel... Imaginez: 40 milliards de barils de pétrole de schiste! Tous nos élus salivaient à l'écoute de ces prévisions fantaisistes. Une fois au pouvoir, les libéraux ont promis une étude environnementale, mais ils ont autorisé la poursuite des travaux d'exploration.

Ça ne fait pas longtemps tout ça. Mais c'était du vent, tout comme le Plan Nord de Jean Charest qui s'est volatilisé avec la baisse du prix des matières premières. Lorsque le prix du pétrole a amorcé sa chute, les bénéfices attendus d'Anticosti ont fondu au soleil devant les coûts d'exploitation trop élevés. Converti à la cause environnementale à la conférence de Paris, Philippe Couillard a sonné la mort du projet en décembre. On n'attend plus que les poursuites des partenaires privés du gouvernement.

Ce n'est pas la première fois que nos élus se précipitent sur un projet sans tenir compte des mises en garde et de la volatilité du contexte international. L'exploitation du gaz de schiste et le projet du Suroît nous en ont fourni des exemples éloquents sous le gouvernement Charest. Ces deux dossiers étaient corrompus dès le départ : on n'avait pas vérifié l'acceptabilité sociale dans le cas du gaz, et on avait conçu le Suroît sur des prémisses erronées de demandes en électricité. Même chose pour ces parcs d'éoliennes qu'on a installés sans consulter les populations locales. Il a fallu que les gens se révoltent pour civiliser les entreprises.

Énergie Est

Cette année, ce sont les promoteurs d'Énergie Est qui nous poussent dans le dos avec leur projet. Certains arguments tiennent la route: le pipeline est un moyen de transport moins dangereux que le train. Mais d'autres sont plus insidieux: l'Alberta éprouve de grandes difficultés après avoir nourri la fédération canadienne avec ses pétrodollars. Ce serait ingrat de bloquer son pipeline...

C'est vrai que ça va mal en Alberta, mais ce n'est pas à cause de notre hésitation devant Énergie Est. C'est parce que le prix du pétrole a chuté à l'international et que l'offre des pays producteurs excède la demande. Quand la reprise économique se fera sentir, le prix du pétrole repartira à la hausse, et l'économie albertaine redeviendra prospère, avec ou sans Énergie Est.

Ce n'est pas la situation économique dans l'Ouest qui doit déterminer notre décision sur ce pipeline. C'est l'environnement, c'est l'intégrité de notre territoire, c'est le respect des engagements pris à Paris sur les changements climatiques. C'est aussi la valeur économique de ce projet: si les pays producteurs de pétrole continuent de se bousculer aux portes pour vendre leur or noir le plus vite possible, le prix du baril de pétrole ne reviendra jamais aux sommets atteints dans le passé.

Tout comme pour le gaz de schiste, Énergie Est a été mal lancée parce que TransCanada a tenté de nous l'imposer avec un lobby agressif. Soudainement confrontée au sort des bélugas et aux objections de la population, la compagnie s'est donné un vice-président québécois crédible, Louis Bergeron, qui promet la transparence et la consultation. Ça me rappelle le lobby de l'industrie gazière qui est allé chercher Lucien Bouchard pour nous vendre ses projets d'exploration du gaz de schiste dans la vallée du Saint-Laurent.

À ce rythme, verra-t-on Uber embaucher Jean Charest ou Pauline Marois? C'est vrai que les nouvelles technologies nous ouvrent de nouvelles possibilités. Mais que l'on parle de pétrole, de gaz ou de taxi, je n'aime pas voir ces lobbies nous bousculer en prétextant que les changements proposés sont inévitables. Si on accepte de tels arguments, comme l'ont fait cette semaine le premier ministre Couillard et le ministre Jacques Daoust, autant se laisser guider par des robots.

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