Trudeau, loin du Québec?

Alors que Justin Trudeau est allé se recueillir... (Archives AP)

Agrandir

Alors que Justin Trudeau est allé se recueillir devant le Bataclan de Paris il y a deux mois, il a échappé l'occasion de manifester avec force sa compassion au lendemain de l'attentat au Burkina Faso.

Archives AP

Partage

Partager par courriel
Taille de police
Imprimer la page

(Québec) J'ai encore en mémoire cette visite de Justin Trudeau et de sa femme, profondément émus devant Le Bataclan le 29 novembre, rendant hommage aux victimes du massacre survenu deux semaines plus tôt. Et voilà que ce jeune premier ministre échappe, deux mois plus tard, l'occasion de manifester avec force sa compassion au lendemain de l'attentat terroriste qui a fait six victimes québécoises au Burkina Faso. Des travailleurs humanitaires en plus!

Que s'est-il passé? Comment expliquer que M. Trudeau ait mis deux longues journées avant d'appeler les familles, de leur offrir l'aide dont elles avaient bien besoin, de partager leur douleur? Comment comprendre qu'il n'ait pas jugé bon de faire un arrêt à Québec dimanche, pendant son trajet vers le Nouveau-Brunswick?

L'explication tient probablement au fait que le premier ministre manque d'expérience et peut-être de flair, qu'il vit dans une bulle à Ottawa, et que son entourage n'est pas le reflet de la réalité géographique, linguistique et culturelle de ce grand pays. 

La place du Québec

Pour la première fois depuis une décennie, le Québec a retrouvé une place importante au sein de l'équipe au pouvoir à Ottawa. Importante en nombre, mais l'est-elle en influence? C'est la question.

L'influence dans un gouvernement se joue beaucoup autour de la table du Conseil des ministres. Mais ça se joue encore plus au bureau du premier ministre, dans son entourage immédiat, chez les gens qui ont un accès réel au boss.

Cette influence ne se mesure pas uniquement par les gains économiques ou les décisions favorables à une région par rapport à une autre. Elle se mesure aussi par l'intérêt que porte le gouvernement aux événements qui comptent, et par la sensibilité du premier ministre aux préoccupations des gens. 

La tragédie au Burkina Faso a bien illustré l'importance d'une telle sensibilité. C'est à Québec que le drame de Ouagadougou s'est transporté. C'est ici que les gens avaient besoin de réconfort. M. Trudeau n'a pas compris qu'il aurait dû s'y arrêter dimanche après-midi, sur son trajet entre Peterborough et Saint-Andrews, au Nouveau-Brunswick.

Le premier ministre a tenté de se reprendre, lundi, en passant une bonne heure au téléphone avec les proches des victimes. Mais c'était 24 heures après Philippe Couillard. C'était après une attente interminable des familles à qui le ministère des Affaires étrangères ne donnait pas de nouvelles. Pas surprenant que M. Trudeau se soit fait raccrocher au nez par Yves Richard, le conjoint de Maude Carrier, l'une des victimes.

*** 

Il n'est pas facile de chambarder l'horaire d'un premier ministre. Mais c'est là où l'entourage immédiat a un rôle important. M. Trudeau est de Montréal, ses ministres des Affaires étrangères et des Transports, Stéphane Dion et Marc Garneau, sont originaires de Québec, son ministre de la Famille et du Développement social, Jean-Yves Duclos, a été élu à Québec. Voilà des gens qui auraient pu intervenir en faveur d'un arrêt d'une heure ou deux pour rencontrer les familles des victimes. Mais ce n'est pas nécessairement le rôle des ministres d'intervenir dans la planification de l'agenda du premier ministre. Par contre, c'est celui de l'entourage immédiat!

Le 9 janvier, le Globe and Mail de Toronto a publié un grand reportage de trois pages sur le cercle restreint des gens qui entourent Justin Trudeau. «Il n'a pas échappé aux médias francophones que le bureau du premier ministre est décidément très léger quant à la présence de conseillers principaux en provenance du Québec», écrit le journaliste Adam Radwanski en présentant Mathieu Bouchard, le conseiller principal sur les questions québécoises. On constate en effet que sur les 10 membres du cercle restreint de M. Trudeau, l'Ontario occupe plus de 50 % des postes. Si les victimes du massacre au Burkina Faso avaient été de Kingston ou de Toronto, la réaction de M. Trudeau aurait probablement été beaucoup plus forte et plus rapide.

Qui conseille Trudeau?

En politique, c'est la qualité de l'accès au premier ministre qui fait la différence. Vous avez beau avoir un titre ronflant, votre influence n'est pas très forte si vous ne voyez le chef du gouvernement qu'une fois par mois et que vos recommandations doivent passer par le directeur de cabinet. Dans le cas de Mathieu Bouchard, son accès à Justin Trudeau sera fréquent pendant les périodes de sessions parlementaires, parce qu'il fera partie d'un petit groupe de trois personnes chargées de préparer le premier ministre à la période de questions. Mais son influence ne sera réelle que s'il a la capacité de faire passer ses idées et, surtout, l'audace de les émettre. Or ce n'est pas évident, pour un nouveau venu en politique comme M. Bouchard, de faire des suggestions au premier ministre du Canada. 

Jean Pelletier, l'ancien directeur de cabinet de Jean Chrétien, jouissait d'une grande influence à cause de sa personnalité et de la vieille amitié qui liait les deux hommes. Gerald Butts, un ami de Justin Trudeau depuis l'Université McGill, fait sans doute partie du petit nombre qui peut le déranger à la maison quand il y a une urgence. Mais il est bien loin du Québec. 

Quant aux ministres, ils doivent généralement passer par le directeur de cabinet lorsqu'ils veulent parler au premier ministre. Alors, on voit mal un simple conseiller, aussi expérimenté soit-il, prendre une telle liberté sans tenter d'abord de régler avec son supérieur immédiat le cas qui le préoccupe.

***

Les libéraux ont fait élire 40 députés au Québec aux dernières élections. C'est un résultat qui donne à M. Trudeau la possibilité de rebâtir son parti chez les francophones. Sa réaction au drame épouvantable du Burkina Faso a démontré des lacunes évidentes dans son bureau, ainsi qu'au ministère des Affaires étrangères. Dans ce dernier cas, ce n'est pas nouveau. Chaque fois que survient un problème à l'extérieur du pays impliquant des Canadiens, on a l'impression que le Ministère et nos ambassades sont sous-équipés et totalement incapables de réagir rapidement et efficacement.

Quant au bureau de M. Trudeau, il risque fort d'échapper d'autres rendez-vous importants avec le Québec si les Québécois y sont aussi peu présents et n'occupent que des postes de subalternes.

Question : M. Trudeau sera-t-il à Québec pour les funérailles des victimes de l'attentat de Ouagadougou? Il le faudra bien.

Partager

À lire aussi

publicité

publicité

la liste:1710:liste;la boite:91290:box

En vedette

Précédent

publicité

la boite:1608467:box; tpl:300_B73_videos_playlist.tpl:file;

Les plus populaires : Le Soleil

Tous les plus populaires de la section Le Soleil
sur Lapresse.ca
»

CONTRIBUEZ >

Vous avez assisté à un évènement d'intérêt public ?

Envoyez-nous vos textes, photos ou vidéos

Autres contenus populaires

image title
Fermer