Anticosti, «ce n'est pas mon projet»

«Je suis tanné», a lancé le premier ministre... (AFP, Eric Feferberg)

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«Je suis tanné», a lancé le premier ministre lorsqu'une journaliste lui a demandé comment il pouvait concilier une annonce de 25 millions $ pour les changements climatiques, tout en cherchant du pétrole sur Anticosti.

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(Québec) PARIS / Est-ce le décalage horaire ou la frustration de se faire critiquer devant le gratin international? Philippe Couillard a perdu patience dès son arrivée au Bourget samedi matin. «Je suis tanné», a lancé le premier ministre lorsqu'une journaliste lui a demandé comment il pouvait concilier une annonce de 25 millions $ pour les changements climatiques, tout en cherchant du pétrole sur Anticosti et en finançant la cimenterie de Port-Daniel. «Cela fait plusieurs fois que je dis que ce n'est pas mon projet», a-t-il déclaré, ajoutant qu'il aurait préféré ne pas trouver ce dossier sur son bureau en prenant le pouvoir.

La journée avait pourtant bien débuté pour M. Couillard. Il avait reçu un hommage bien senti de l'ancien vice-président américain Al Gore devant une galerie de diplomates et de fonctionnaires. Mais lorsqu'il a été questionné sur Anticosti, il a perdu patience et il en a fait porter l'odieux au gouvernement de Pauline Marois.

Pourquoi ne pas annuler ces explorations immédiatement? Parce que le gouvernement est lié par un contrat comprenant des clauses de pénalités en cas de résiliation, a-t-il répondu. Il est allé plus loin encore, ajoutant à deux reprises que les représentants de l'industrie devraient comprendre qu'il n'a «aucun enthousiasme pour les hydrocarbures», et que l'avenir du Québec «ne repose pas sur les hydrocarbures, absolument pas!»

Quel signal pour le ministre Pierre Arcand qui doit prononcer un discours ce matin devant la Chambre de commerce du Montréal métropolitain sur les enjeux et les occasions d'affaires dans le secteur des ressources naturelles! Il lui faudra adapter son texte...

Pierre-Karl Péladeau, qui est arrivé à Paris à bord du même avion que M. Couillard, a joué de prudence. Il a déclaré qu'il faudrait attendre la fin de l'exploration en cours à Anticosti avant d'émettre une opinion. François Legault a été plus clair. Il estime que le Québec doit développer ses ressources pétrolières au lieu de les importer.

Cela dit, l'entrée en scène de M. Couillard lui a valu des éloges remarqués d'Al Gore qui a dit «ne pas trouver les mots pour dire à quel point l'annonce du Québec était significative». Il a même ajouté que les «Québécois sont les vrais héros dans un monde en crise».

Objectivement, c'est vrai que l'annonce du Québec est intéressante même si la somme annoncée est une goutte dans un verre d'eau comparée aux centaines de milliards $ attendus des pays du Nord. Si les autres provinces et les États fédérés suivent l'exemple du Québec, les effets sur le terrain seront bien réels.

Phillippe Couillard et Al Gore à la conférence... (AFP, Eric Feferberg) - image 2.0

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Phillippe Couillard et Al Gore à la conférence de Paris sur le climat

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Mais en attendant, le défi est de savoir à quelles fins seront utilisés les fonds québécois, quels pays de la Francophonie en bénéficieront, et comment éviter le gaspillage ou la corruption. Québec compte sur la nomination de Jean Lemire à la tête d'un comité chargé de recevoir et d'étudier les projets. Le premier ministre Couillard s'est dit conscient de la nécessité d'accélérer le processus décisionnel, mais également de garantir la saine utilisation des fonds. Le travail ne sera pas simple compte tenu des nombreuses demandes qui vont aboutir sur le bureau de Lemire.

Pour le reste, la sortie du premier ministre sur les hydrocarbures ne sera pas sans conséquence au Québec. C'est une douche froide pour les promoteurs d'Anticosti, et ce n'est pas un signal favorable au projet Énergie-Est. M. Couillard avait déjà fait preuve de prudence sur les hydrocarbures, mais il n'avait jamais prononcé des mots aussi forts. C'est peut-être ça l'effet de la Conférence de Paris. À force de côtoyer et d'entendre les grands de ce monde parler d'environnement, on finit par s'y convertir pleinement.

Pétrolia accuse Couillard de se faire du capital politique

Si le pdg de Pétrolia, Alexandre Gagnon, se réjouit d'entendre M. Couillard dire qu'il va respecter l'entente sur le projet d'exploration des hydrocarbures sur l'île d'Anticosti, il reproche, à mots couverts, au premier ministre de vouloir se faire du capital politique. «Ce que dit M. Couillard, c'est qu'il va respecter les ententes sur le programme d'exploration des hydrocarbures se terminant l'an prochain, soit trois forages avec fracturation, ce qui est une bonne nouvelle. Mais parmi les éléments moins positifs, ce qu'il dit dans le fond, c'est que c'est facile de faire de la politique sur le dos de ce projet dans le cadre de la conférence de Paris», a-t-il déploré lors d'une entrevue accordée à La Presse Canadienne.

Au début de 2014, sous le gouvernement Marois, Québec, par l'entremise de Ressources Québec, Saint-Aubin E & P, Corridor Resources et Pétrolia, avait annoncé une entente de partenariat stratégique sur l'île d'Anticosti. Les plus récentes études du gouvernement Couillard révèlent que l'île recèle surtout des réserves de gaz naturel, et non de pétrole. Ainsi, le potentiel serait formé à 78 % de gaz et à 22 % de pétrole.

L'exploitation annuelle de ces deux ressources pourrait ajouter 2 milliards $ au produit intérieur brut du Québec. Les redevances pour l'État pourraient atteindre 650 millions $ par an pendant 75 ans. Les documents rendus publics sont une synthèse de l'état des connaissances acquises dans le cadre des travaux liés aux études environnementales stratégiques. Parmi les divers scénarios étudiés, on évoque jusqu'à 6800 puits qui couvriraient le tiers de la superficie de l'île. Des consultations publiques suivront en novembre et le gouvernement devrait trancher en 2016.

Le ministre de l'Environnement, David Heurtel, avait déjà indiqué qu'il fallait vraiment évaluer l'ensemble des impacts sur 50 à 75 ans, soit la durée de vie du projet d'exploitation. «[Étant donné que le Québec s'est engagé à réduire de 80 à 95 % ses émissions en 2050], ça pose des questions très sérieuses sur nos choix énergétiques», avait-il indiqué.  La Presse Canadienne

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