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Que doit faire Isabelle?

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L'Assemblée nationale

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J'ai soulevé mardi un cas fictif de harcèlement à l'Assemblée nationale, une situation pour laquelle les élus se sont donné une politique de tolérance zéro au mois de juin, en élaborant un mécanisme formel de prévention et de gestion des cas.

Voyons aujourd'hui les recours d'Isabelle devant une situation réelle impliquant un collègue de travail, ou son patron... le député!

La politique lui offre deux avenues : informelle ou formelle.

Le processus informel l'encourage à faire part de son malaise à la personne qui se livre à du harcèlement, à lui demander de modifier son comportement. Elle peut aussi en parler à son supérieur, ou encore au «répondant» en matière de harcèlement.

Ce répondant, c'est Julie Pelletier, une conseillère aux ressources humaines de l'Assemblée nationale. Elle connaît bien le dossier, puisqu'elle a assisté le groupe de travail des députés qui a produit la politique.

Mais les employés(es) ne sont pas les seules personnes susceptibles de subir du harcèlement. On l'a vu à Ottawa, les députés peuvent également en être victimes.

Que faire si le harceleur est le patron? Vers qui peut-on se tourner? Tout dépend qui est le plaignant.  

- Si le plaignant est un député, c'est au whip du parti et, à défaut, au chef qu'il faut se plaindre.

- Si le plaignant est un député indépendant, il doit se tourner vers le secrétaire général de l'Assemblée nationale.

- Si le plaignant est un membre du personnel d'un député, il doit en discuter avec le député, à défaut de quoi il peut porter sa cause auprès du whip ou du chef.

- Si le plaignant est un membre du personnel administratif, il doit en aviser son supérieur immédiat ou au supérieur hiérarchique.

Le cas d'Isabelle

Dans le cas d'Isabelle, la démarche est simple : elle doit d'abord demander à Benoît de mettre fin à ses tentatives de flirt. Si Benoît est un collègue de travail et qu'il ne corrige pas son comportement, elle doit s'en plaindre au député. Mais s'il est le député, donc le patron du bureau, elle sera probablement plus à l'aise de porter son problème à un autre niveau, celui du whip ou du chef du parti, pour obtenir des conseils et du soutien.

Comment savoir si elle a raison ou non de se sentir harcelée? C'est là qu'entre en scène le «répondant», Julie Pelletier. Elle connaît la politique et elle est liée à la plus stricte confidentialité. Si la plaignante ne veut pas que la chose s'ébruite ou si elle craint les représailles, c'est du côté de

MmePelletier qu'elle sera probablement le plus en confiance.

Même si le traitement de la plainte se fera de façon confidentielle, elle s'engage tout de même dans un processus où l'anonymat ne sera plus possible.

Selon la politique mise en place, le répondant doit accuser réception de la plainte dans un délai de sept jours. Elle en informe le député, le whip ou le chef du parti. Elle voit également à la mise en place de mesures transitoires visant à protéger la plaignante contre des représailles, et même à la déplacer temporaire dans un autre milieu de travail, le temps de régler le dossier.

Si la plainte est recevable, elle est transférée à une ressource externe. Dans un tel cas, toutes les personnes concernées sont prévenues et dirigées vers la médiation. Si la médiation échoue ou qu'elle est impossible, la ressource externe procède à l'enquête.

À la fin de l'enquête, l'employeur du mis en cause est informé des conclusions. On décide alors des mesures à prendre selon les recommandations de la ressource externe.

Qu'est-ce que ça change?

La mise en place d'une telle politique aidera-t-elle vraiment à prévenir et à gérer les cas de harcèlement? 

Manon Massé de Québec solidaire n'est pas naïve : «Une politique, ça ne fait pas de miracle. Mais l'important, c'est que les gens savent que c'est là. C'est comme la lutte contre l'intimidation, il faut que ce soit un effort collectif.»

La péquiste Carole Poirier, qui était également du groupe de travail à l'origine de cette politique, estime qu'à partir du moment où une procédure est en place et que le message de tolérance zéro est clair, c'est un grand pas en avant. Mme Poirier a commencé à travailler dans le monde politique au début des années 90. Elle dit ne jamais avoir été témoin de harcèlement, mais elle estime qu'il y a certainement «des situations» parmi les quelque 500 personnes qui travaillent quotidiennement à l'Assemblée nationale.

Selon elle, le message qu'envoie cette nouvelle politique aura des retombées à un autre niveau. C'est également le «langage de "mononcle", les attitudes de "mononcle"» qui sont en cause, fait-elle valoir, de même que la complaisance à l'endroit de ce comportement. Elle donne en exemple le cas d'un président de commission parlementaire qui a déclaré un jour : «Vous êtes contentes, les p'tites madames»? Ou celle d'un collègue député qui a dit s'imaginer «que les femmes qui sont en train de préparer de la soupe, à midi, ne comprennent pas plus que moi ce qu'on est en train de dire».

«Les p'tites madames, c'est fini, ce sont des propos qu'on ne veut plus entendre», dit Mme Poirier, en concluant qu'il s'agit de «vieilles habitudes à corriger».

=> Point de vue: La culture du silence se poursuivra

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