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Benoît harcèle Isabelle

L'animateur de la CBC Jian Ghomeshi fait partie... (Photothèque Le Soleil)

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L'animateur de la CBC Jian Ghomeshi fait partie des vedettes qui ont perdu leur emploi et leur réputation après que des allégations de harcèlement sexuel eurent fait surface.

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(Québec) Le harcèlement sexuel a fait la manchette dans les milieux politiques fédéraux en novembre 2014, à la suite d'allégations faites par des députées du NPD concernant deux députés libéraux. L'affaire Jian Ghomeshi, cet ex-animateur de la CBC congédié à la suite d'allégations similaires, a secoué son auditoire. Plus récemment, le cas de Marcel Aubut a démontré l'ampleur du travail de prévention et d'éducation à accomplir en ce domaine.

À Québec, les élus se sont éveillés au fait que même si la loi interdit le harcèlement, l'Assemblée nationale n'avait aucune politique de prévention et de gestion des cas.  À la fin de 2014, le Cercle des femmes parlementaires a été mandaté pour la mise en place des lignes directrices afin de doter l'institution d'une telle politique, qui a été adoptée en juin dernier. 

Nous verrons mardi comment établir s'il y a ou non harcèlement et comme réagir. Dans notre édition de mercredi, nous verrons les mesures mises en place pour aider les victimes, éviter les représailles, ainsi que pour prévenir et corriger les comportements inacceptables. Nous publierons également la lettre d'une femme qui a oeuvré dans l'univers politique de l'Assemblée nationale pendant 30 ans, Annette Beaulieu, qui en a lourd sur le coeur, et qui doute que la politique adoptée en juin ait raison de la culture du silence qu'elle a connue dans ce milieu, entre 1970 et 2000. 

Benoît et Isabelle

Nous voici dans un local de l'Assemblée nationale ou dans un bureau de circonscription de député. Elle s'appelle Isabelle, lui Benoît. La scène est fictive mais pourrait être réelle. Et surtout, elle peut durer des semaines et des mois. 

Jour 1 :  

«- Bonjour Isabelle, t'es ben belle aujourd'hui...

- Merci, t'es fin.

Jour 3 :

- Wow! T'es vraiment cute dans tes jeans moulés.

- Merci.

Jour 5 :

- T'es tellement sexy à part ça. J'te dis que si je m'écoutais...

- Ok, ça suffit. Va donc voir ta blonde à la place.

- En tout cas, si jamais tu lâches ton chum...

Jour 7 :

- Isabelle, on va prendre un verre! Tu peux pas me refuser ça?

- J'ai pas le temps.

- Come on! Viens donc!

- Ça me tente pas. Veux-tu ben me laisser tranquille!»

Jour 9 :

Benoît fait la gueule, il ne collabore plus avec sa collègue, un froid s'installe entre les deux. Benoît fait des blagues à répétition sur Isabelle avec ses collègues, il répète qu'elle est bête comme ses pieds, qu'elle a besoin d'un «vrai» gars dans sa vie, qu'elle est probablement lesbienne. L'atmosphère de travail s'en ressent.

***

Question : Isabelle est-elle victime de harcèlement? Si oui, quelle forme de harcèlement? À partir de quel moment parle-t-on de harcèlement sexuel? La ligne est parfois ténue entre ce qui est acceptable et ce qui ne l'est pas dans les relations entre deux personnes.

«Le harcèlement commence avec la répétition, avec la gradation», explique la députée libérale Maryse Gaudreault, présidente du groupe de travail qui a élaboré la politique adoptée par les élus.

Mais que faire si le collègue de travail qui a tenu ces propos n'a pas fait de contacts physiques, qu'il a simplement insisté un peu fort? Comment déterminer s'il y a ou non du harcèlement?

«C'est à partir du moment où la personne visée par ces compliments et ces avances est inconfortable, estime Manon Massé, de Québec solidaire. Les victimes ne souhaitent pas la judiciarisation, elles souhaitent que ça arrête. Le harcèlement peut affecter la santé mentale. La victime devient moins productive, elle peut devenir dépressive. Quand on fait comme si ça n'existait pas, le seul chemin qui lui reste, c'est de s'en aller.»

Maryse Gaudreault confie qu'elle en a déjà fait l'expérience : «Quand il n'y a pas de politique, la femme n'a pas le choix : elle subit ou elle quitte.» Elle ajoute que dans son cas, elle est partie. Elle ne va pas plus loin dans les détails, mais on comprend que c'était avant sa vie de députée.

Lors de la présentation de la politique, en juin, les membres du Cercle des femmes parlementaires se sont fait demander si elles avaient été informées de cas de harcèlement.

Françoise David : «La réponse, c'est non. On n'était pas là pour ça. Mais est-ce que des anecdotes ont été racontées? La réponse, c'est oui. Autrement dit, oui, il existe à l'Assemblée nationale, parfois, des gestes, des attitudes inappropriées. Disons-le comme ça. Et ce qu'on veut changer, c'est une culture.»

Le groupe de travail a produit une politique d'une vingtaine de pages qui a été remise à tous les députés et tous les employés de l'Assemblée nationale. Des appels d'offres sont en préparation pour doter l'institution de services externes de médiation et d'enquête en cas de besoin.

=> À lire mercredi

  • Benoît harcèle... Que doit faire Isabelle?
  • Témoignage en page d'opinion : La culture du silence se poursuivra

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