Va jouer dans le trafic!

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Le «retour» du jeu dans la rue renforce l'idée de rues conviviales où l'espace est mieux partagé entre les utilisateurs (autos, vélos, piétons). Et pourquoi pas les enfants qui jouent au hockey, au basket ou à la marelle?

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(Québec) CHRONIQUE / Les villes pourront donc décider si elles permettent aux enfants de jouer dans les rues sans la menace d'une contravention. Pas toutes les rues, on s'entend, mais là où le bon sens le permet.

Quelques villes n'avaient pas attendu et avaient déjà initié des projets pilotes. D'autres auront maintenant le goût de suivre, dont Québec.

On assiste enfin à un retour de balancier après des décennies de «sécurité extrême» où toute activité perçue comme «à risque» était mal vue et susceptible d'être interdite.

Ce «retour» du jeu dans la rue renforce l'idée de rues conviviales où l'espace est mieux partagé entre les utilisateurs (autos, vélos, piétons). Pourquoi ne pas les partager aussi avec les enfants qui jouent au hockey, au basket ou à la marelle, s'il en reste qui savent encore y jouer.

Mais la vraie question est ailleurs. Les parents laisseront-ils leurs enfants jouer dans la rue ? 

Je veux dire les laisser jouer. Comme avant. 

Sans avoir toujours à côté un parent ou un adulte pour les protéger contre le moindre risque. Les empêcher de courir trop vite, d'aller à vélo pas de casque, de se chamailler avec un ami, de grimper à un arbre ou tomber et s'égratigner un genou.

Cette époque où jouer dehors était associé au plaisir et où il y avait une liberté de s'égarer dans le quartier, le boisé voisin ou un terrain vague. 

Les enfants pouvaient alors tester eux-mêmes leurs limites. Ils créaient leurs propres jeux, sans l'obligation d'apprentissage et de performance des activités structurées et protégées d'aujourd'hui. 

Je sais. Je fais nostalgique et vieux jeu. Je vous parle d'une époque étrange où les enfants allaient à pied à l'école plutôt qu'en auto, à l'abri de la circulation ou d'un improbable prédateur qui à entendre parfois les médias, hantent toutes les rues de la ville.

D'une époque où pour envoyer promener quelqu'un, on lui lançait simplement: «va donc jouer dans le trafic».

«Les parents d'aujourd'hui ont moins de tolérance au risque qu'avant», confirme Guylaine Chabot, docteure en santé communautaire et chercheuse à l'Université du Québec en Outaouais. 

La littérature scientifique internationale montre que c'est bon de laisser les enfants prendre des risques, rapporte Mme Chabot.

Cela favorise le développement, l'apprentissage, la bonne santé mentale et physique, l'estime de soi et la gestion du risque.

La recherche montre qu'une plus grande supervision réduit le risque de blessures et d'accident, mais elle montre aussi qu'il s'agit le plus souvent de blessures mineures et sans grandes conséquences. 

«Il y a une différence entre risque et danger», explique la chercheuse, qui s'apprête à déposer au Ministère de l'Éducation une recherche sur les préoccupations des parents face au jeu extérieur.

Personne ne veut mettre délibérément en péril la sécurité d'un enfant. Mais «on est programmé pour prendre des risques sains», plaide Mme Chabot. C'est pareil pour les enfants. «Si on les laisse faire, ils s'autorégulent».

Un séjour en Norvège lui a fait mesurer combien les «liens sociaux» y sont davantage construits sur la confiance. Confiance envers les éducateurs, confiance envers les parents, confiance envers les enfants.

À l'opposé, la société nord-américaine fait moins confiance et «surprotège» les enfants.

Le modèle anglo-saxon est aussi préoccupé à préparer le futur et à donner rapidement aux enfants des moyens d'adulte, note-t-elle. 

On retrouve ce modèle dans l'intention d'enseigner l'alphabet dans les maternelles pour 4 ans. 

Les pays scandinaves sont moins pressés et valorisent davantage le jeu libre, ce qui développe la motricité, la socialisation et la créativité, a-t-elle observé.

Une supervision étroite réduit la tendance des enfants à jouer librement et développer leur créativité.

À cette «culture» nord-américaine s'ajoute parfois le phénomène de la garde partagée. Le parent voudra en faire plus pour compenser la semaine où il n'est pas là. 

Jouer dehors, dans la rue ou dans le trafic peut comporter des risques. Mais il y a un risque plus grand à toujours jouer sans risque.




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