L'art de l'espace public: voir et être vu

J'ai posé mon regard dans l'escalier de bois... (Collaboration spéciale François Bourque)

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J'ai posé mon regard dans l'escalier de bois qui jouxte le stationnement de la place des Canotiers. Des angles inédits sur le spectacle de la ville.

Collaboration spéciale François Bourque

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(Québec) CHRONIQUE / Le succès des espaces publics d'une ville se mesure à leur fréquentation spontanée et à la vie sociale qui s'y installe. Ce n'est pas le seul critère, mais c'est le plus important.

Un lieu réussi est celui où l'on s'arrête sans toujours l'avoir prévu ou y avoir été attiré par un événement organisé.

On le trouve sur son circuit piéton, un peu par hasard. La place est là, invitante, au bon endroit, au bon moment. 

On doit s'y sentir en sécurité, à l'abri des voitures et à la vue de d'autres passants et flâneurs, ce qui a un effet rassurant. Comme la lumière dans un parc le soir ou la nuit. 

Cet espace public doit être confortable. Pas trop venteux, pas trop bruyant, à l'abri de la pollution et de la poussière et pas trop pentu pour l'aisance des déplacements.

On aime pouvoir s'y mettre à l'abri de la pluie ou du soleil, s'y rafraîchir à l'ombre des arbres ou dans un jeu d'eau.

Mais ce qu'on recherche plus que tout, c'est le plaisir. S'asseoir pour lire, dormir, manger, regarder, ne rien faire. Le fauteuil peut être confortable, mais des places animées s'accommodent de simples marches d'escaliers ou bordures de béton, l'important étant de pouvoir d'asseoir. 

Mais il faut aussi pouvoir y rester debout, jouer, bouger ou s'étendre; pouvoir s'y retrouver à plusieurs pour socialiser ou manifester, ce qui suggère une alternance de surfaces dures et tendres.

L'espace public doit donner à voir et mettre en valeur ce qui l'entoure : un paysage, un plan d'eau, la belle façade d'un immeuble voisin, la vie de la ville.

«L'idée de la rencontre est importante», décrit l'architecte et professeur Jacques Plante. «Les gens aiment voir et être vus». Un espace réussi est celui où «il se passe quelque chose», explique-t-il. Il sera d'autant plus réussi que fréquenté par un public bigarré de tous les âges.

Des oeuvres d'art peuvent ajouter au plaisir, mais n'y sont pas essentielles. La même chose avec les camions-restaurants qu'on verra cet été dans plusieurs parcs et espaces publics de Québec et Lévis. Un «plus», sans être une nécessité. 

Idéalement, l'espace public sera à échelle humaine et en proportion des immeubles voisins. Dans les places publiques de l'Italie, on prenait la hauteur des clochers de l'église et on la rabattait au sol pour savoir la grandeur du dégagement à conserver devant le parvis. 

Mais il n'y a pas de critères absolus, rappelle GianPiero Moretti de l'École d'architecture de l'Université Laval. Il est rare d'ailleurs de retrouver en un même lieu toutes les qualités possibles d'un espace public. Le parc Jean-Paul-L'Allier (jardin Saint-Roch) est un de ceux-là. La quintessence d'un espace public réussi.

«On a tendance à juger par l'animation et à aménager avec l'esprit de la remplir de monde», décrit M. Moretti.

Cela justifie l'investissement public, mais ce n'est pas le seul critère, plaide-t-il. 

Il donne l'exemple du parc Cavalier du Moulin, enfoui dans un recoin du Vieux-Québec. Ce parc échappe à presque tous les critères énoncés ci-haut. 

Il sera pourtant apprécié, mais pour le contraire de ce qui fait le succès d'autres espaces publics : son intimité.

La place D'Youville n'offre que du dur et peu de verdure, ce qui n'empêche ni le plaisir ni la fréquentation.

Cela suggère qu'au-delà des «règles», c'est aussi la diversité des climats et des atmosphères qui font le succès des espaces publics d'une ville. 

Ces «règles» ne sont pas absolues, disions-nous, mais elles aident à comprendre pourquoi certains espaces publics ne fonctionnent pas (ex. : Agora du Vieux-Port). Ou à prédire pourquoi d'autres seront difficiles à faire fonctionner (ex. : le Phare). 

Le plaisir d'un espace public tient aussi dans le regard de celui qui s'y arrête. 

J'ai posé le mien (photo) dans l'escalier de bois qui jouxte le stationnement de la nouvelle place des Canotiers et mène à un belvédère.

Il est rare qu'on ait envie de célébrer un stationnement étagé, mais celui-là est remarquable, en dépit des nuisances de vue causées à des résidents des condos voisins. L'affaire est d'ailleurs devant le tribunal.

Cet escalier et sa promenade inattendus furent le plus grand plaisir de mon premier arrêt aux Canotiers. 

J'ai apprécié les angles inédits sur le spectacle de la ville et de sa vie maritime : la ronde des traversiers, l'agitation du Louis-Jolliet, les façades «rehaussées» de la rue Dalhousie. 

Pour le reste, tous les ingrédients y sont : achalandage naturel, jeux d'eau, végétation, ombre, mobilier, toilettes, abreuvoir, etc.

Le projet a coûté 39 millions $. On peut trouver que c'est beaucoup pour un stationnement et quelques allées de pierre entre des pelouses et des plantations. Mais on voudrait que l'argent public soit toujours aussi bien investi.

Le printemps est la saison de l'éclosion des nouveaux espaces publics, certains éphémères, d'autres éternels pour tout le temps de leur vie utile. Des espaces parfois spectaculaires par leur ampleur et leur mobilier comme cette nouvelle place des Canotiers ou le quai Paquet, à Lévis. 

D'autres sont minuscules, mais pas moins pertinentes comme la place Richard Garneau, coin Cartier et René Lévesque, à l'heure du chocolat, de la crème glacée ou du 5 à 7. 

Une des belles surprises de la semaine fut l'effervescence de la nouvelle place devant la tour Le Fresk, rue Saint-Joseph, dans Saint-Roch. L'installation n'est encore que temporaire et minimaliste avec son tapis de faux gazon et ses arbres chétifs dans des bacs, mais déjà, on en mesure l'attrait.

Son grand mérite tient à son orientation plein soleil au milieu du trafic piéton de l'heure du lunch, à l'heure où on se cherche une table ou un banc pour manger, relaxer, retrouver des collègues et le plaisir, devenu impératif en cette époque Facebook, de voir et être vu.




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