Histoire sans histoire

Je ne les ai pas revus ce jour-là.... (Le Soleil, François Bourque)

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Je ne les ai pas revus ce jour-là. Ni le jour suivant. Ils s'étaient terrés comme des scabs qui auraient eu peur de se faire prendre.

Le Soleil, François Bourque

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(Québec) CHRONIQUE / La grève de la construction était en cours depuis quelques jours lorsqu'ils sont débarqués pour entreprendre les travaux.

Ils avaient tourné dans le coin depuis un moment, pensant peut-être que personne ne les avait remarqués. Ils ont fini par se décider au milieu de l'après-midi du samedi.

Une équipe de deux, avec l'uniforme bleu de la confrérie.

Je leur ai trouvé un air inquiet, comme s'ils savaient qu'ils s'apprêtaient à forcer leur chance.

Ils jetaient des regards nerveux chaque fois qu'ils s'approchaient du chantier pour y placer des pièces de la charpente.

Je les ai observés, les trouvant maladroits et désorganisés avec leurs déplacements inutiles. 

À tout moment, ils échappaient des poutrelles qui retombaient au sol. Plutôt que les récupérer, ils s'en désintéressaient pour aller en chercher d'autres.

Ils se sont relayés ainsi, pendant deux heures je dirais, puis sont repartis, laissant en plan un chantier embryonnaire. Tant d'efforts pour si peu.

Ils sont revenus le dimanche matin. Ont repris leur manège désordre. Sont repartis cette fois encore longtemps avant de tomber à temps et demi ou à temps double.  

Le gouvernement a déposé sa loi spéciale le lendemain matin, c'était lundi, pour forcer le retour au travail dans la construction. 

Je ne les ai pas revus ce jour-là. Ni le jour suivant. Ils s'étaient terrés comme des scabs qui auraient eu peur de se faire prendre.

Je les ai revus le mercredi matin, pendant l'orage, le jour où le travail a repris après la loi spéciale.  

J'ai d'abord aperçu le mâle par la fenêtre, dans le vinaigrier, près du chantier. 

En m'approchant pour regarder sous le parasol, j'ai vu que sa complice y était, installée dans le nid, à l'abri de la pluie. 

Les geais bleus ont l'habitude de la présence humaine, mais je n'aurais pas cru qu'ils oseraient se construire si proche. Surtout que nous avions continué à circuler sur le patio et autour de la table tout l'après-midi où ils ont lancé leur chantier.

Peut-être était-ce le même couple qui s'était installé dans le cèdre à côté, il y a cinq ou six ans. 

Des lecteurs me parlent encore parfois de la photo des oisillons le bec ouvert que j'avais alors publiée avec ma chronique.

Les geais bleus peuvent vivre jusqu'à 10 à 15 ans et reviennent souvent dans les lieux qu'ils aiment. Pas si différents de nous quoi.

******

Lorsque nous les avons vus poser les premières brindilles sous le parasol, notre réflexe fut de les en dissuader.

Des débris risquaient de tomber dans nos assiettes,  mais c'est surtout que les geais bleus ont réputation de défendre farouchement leur nid. Allions-nous risquer leurs attaques à coups de bec à chaque repas? 

J'ai donc enlevé les brindilles dès qu'ils ont eu le dos tourné, pensant qu'ils comprendraient. Erreur.

Ils ont continué les travaux, comme si de rien n'était.

Pourquoi ne pas avoir fermé le parasol, demanderez-vous? 

Bonne idée, mais le mécanisme est brisé et ne le permet plus.

Après un moment à jongler, on a choisi de laisser aller, curieux de la suite. Ce n'est quand même pas tous les jours qu'on peut observer d'aussi proche le cycle de la vie. 

Au pire, nous en aurions pour quelques semaines, six ou sept peut-être, à éviter la table du patio, le temps de la ponte, de la couvée et de l'envol des oisillons. 

Avec le temps qu'il fait ce printemps, ça ne ferait pas un si gros sacrifice.

******

Lorsque nos visiteurs se sont désintéressés du nid le lundi matin de la loi spéciale et le jour suivant, on a pensé que l'affaire était classée. 

On venait d'échapper au danger et aux petits désagréments. On en fut presque déçus. On s'était fait à l'idée du spectacle. Il est fréquent que les geais bleus construisent une ébauche de nid avant d'aménager leur vrai nid un peu plus loin. Sans doute n'avions-nous été qu'une ébauche dans la vie de ces geais bleus. On a ce qu'on mérite.

J'en étais là de ces réflexions philosophiques, lorsqu'ils sont revenus pendant l'orage. 

J'ai revu la femelle le lendemain après-midi - mais peut-être était-ce le mâle tant ils se ressemblent - installée à l'ombre dans le nid. 

Elle a pris la fuite lorsque je me suis approché. Comme si elle avait craint que je lui demande ses cartes de compétence.

Je l'ai revue vendredi matin, cette fois calée au fond du nid. Elle n'a pas bronché lorsque je me suis approché. Je vous tiens au courant si vous insistez. Sinon, considérez que ce n'était qu'une ébauche de chronique. Une histoire sans histoire, comme il y en a tant.




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