Des allégations explosives

Le promoteur du site de l'ancienne église Saint-Coeur-de-Marie... (Photothèque Le Soleil, Jean-Marie Villeneuve)

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Le promoteur du site de l'ancienne église Saint-Coeur-de-Marie soutient que la Ville a voulu le forcer à s'associer à la firme de construction Pomerleau, et lui aurait «fortement suggéré» un partenariat avec le bureau d'architecte ABCP.

Photothèque Le Soleil, Jean-Marie Villeneuve

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(Québec) CHRONIQUE / On ne se surprend pas de la poursuite du promoteur du site de l'ancienne église Saint-Coeur-de-Marie contre la Ville de Québec.

Son projet de tour à condos de 18 étages sur la Grande Allée était compromis, et on savait que le promoteur Louis Lessard s'estimait lésé par la Ville, qui l'aurait fait travailler pour rien.

Ce qu'on n'avait pas vu venir, ce sont les allégations troublantes de la poursuite voulant que l'administration municipale ait voulu le forcer à s'associer à une firme de construction.

«La Ville a, à toute fin pratique, fait dépendre la réussite du projet de la présence de la firme Pomerleau comme partenaire», peut-on lire dans la poursuite signée par Me Jacques Larochelle et rendue publique par le FM93.

Le promoteur soutient que la Ville lui aurait aussi «fortement suggéré» un partenariat avec le bureau d'architecte ABCP et demandé de taire le conflit d'intérêts potentiel jusqu'au début de la construction.

L'architecte François Moreau, actionnaire de ABCP, est le conjoint de la vice-présidente de l'exécutif, Julie Lemieux, responsable des Programmes particuliers d'urbanisme (PPU) et de l'aménagement.

Le promoteur allègue également que la Ville a voulu le dissuader de travailler avec le groupe Ogesco, lui indiquant de façon «catégorique» que «jamais le groupe Ogesco n'aura le soutien de la Ville pour mener à bien ce projet».

Pour l'instant, la prudence s'impose. Il ne s'agit encore que d'allégations non prouvées, allégations que le maire Labeaume s'est d'ailleurs empressé de démentir.

Mais s'il s'avérait que l'administration a vraiment lié une de ses décisions à l'obligation pour le promoteur de s'associer à des firmes spécifiques, il y a ici une bombe.

Il n'est allégué nulle part que le maire ou des élus soient intervenus dans les discussions avec le promoteur. 

Les demandes et pressions seraient venues du responsable des grands projets, Charles Marceau, peut-on lire dans la poursuite. 

Mais il est de notoriété publique à Québec que le maire Labeaume aime ou n'aime pas tel projet; qu'il aime ou n'aime pas tel promoteur. 

J'imagine que cela peut influer sur les chances d'acceptation d'un projet qui nécessite des choix politiques. 

Mais jamais encore n'a-t-il été porté à la connaissance publique que l'administration Labeaume aurait lié des décisions à l'embauche de firmes particulières. C'est une lourde insinuation.

Il est connu que le maire Labeaume est resté amer et méfiant envers le promoteur Sébastien Leboeuf, qui s'est retiré des projets d'écoquartiers de la Ville de Québec, forçant celle-ci à tout recommencer.

Il s'adonne que M. Lessard est un proche de M. Leboeuf, de qui il a racheté les parts dans le projet Saint-Coeur-de-Marie en 2014 pour en devenir le seul actionnaire. 

M. Lessard a-t-il payé pour ses relations d'affaires avec M. Leboeuf? «Ça a peut-être fait traîner les choses au début», croit M. Lessard. «M. Labeaume n'aimait pas M. Leboeuf». M. Lessard ne croit cependant pas que cette animosité puisse tout expliquer.

Une autre hypothèse est que la Ville n'avait pas confiance que M. Lessard puisse réussir seul le projet de Saint-Coeur-de-Marie. 

M. Lessard a piloté des projets résidentiels à Saint-Romuald et Saint-Jean-Chrysostome, mais rien de l'ampleur de la tour à condos envisagée sur la Grande Allée.

Cela pourrait expliquer que la Ville ait souhaité qu'il s'adjoigne des partenaires qui avaient déjà fait leurs preuves sur de gros projets, comme Pomerleau et ABCP architecture. On en saura davantage si l'affaire se rend à procès. 

Depuis l'automne dernier, le promoteur Louis Lessard a souvent exprimé son désarroi en découvrant que la Ville avait changé d'idée sur le projet de Saint-Coeur-de-Marie. 

La Ville lui avait laissé entendre qu'il pourrait démolir l'ancienne église, partiellement d'abord (2014) puis complètement (2016). 

Le vent a tourné avec le dépôt d'un PPU l'automne 2016 par lequel la Ville disait vouloir conserver l'ancienne l'église. Le virage a été confirmé avec le concours d'idées pour essayer de trouver une autre vocation à l'immeuble. 

M.Lessard estime avoir été «leurré». Depuis 2010, il a soumis à la Ville neuf versions du projet pour tenter de conformer chaque fois aux exigences changeantes de la Ville.

Une Ville a le droit de changer d'idée. Plusieurs fois même, y compris sur le tard, si elle croit qu'elle s'apprête à faire une erreur.

D'autant plus qu'il n'est pas facile de statuer sur le sort de l'ancienne église Saint-Coeur-de-Marie. 

Réhabiliter le vieux bâtiment implique des coûts considérables qu'aucun promoteur privé ne pourra se permettre sans aide publique; mais autoriser une démolition serait un lourd sacrifice patrimonial.

On peut comprendre l'hésitation de la Ville. Mais il va de soi que lorsqu'elle change d'idée, il peut y avoir des conséquences financières. Le tribunal décidera si le dommage causé vaut les 12 millions $ que réclame le promoteur. 

Mais ce qui préoccupe plus encore, c'est de savoir si la Ville a fricoté en coulisses pour favoriser des entreprises au détriment d'autres. La conséquence serait lourde.




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