Histoire syrienne (la suite)

Des réfugiées arrivées à Québec l'an dernier ont... (Le Soleil, Pascal Ratthé)

Agrandir

Des réfugiées arrivées à Québec l'an dernier ont fondé, avec l'aide de l'auteure et femme d'affaires Nour Sayem (au centre), une petite entreprise d'économie sociale qui commercialise des plats traditionnels d'Alep. Du groupe, on reconnaît sur la photo, de gauche à droite, Hanane, Hasna, Fatima, et Kaoukab. Absente sur la photo, Kaouthar, Hasna et une autre Fatima.

Le Soleil, Pascal Ratthé

Partage

Partager par courriel
Taille de police
Imprimer la page

(Québec) Voici la suite d'une histoire syrienne que j'avais commencé à vous raconter peu avant Noël.

On en est encore qu'au début et il suffirait de peu pour que tout s'écroule. Mais c'est le genre d'histoire qu'on aimerait voir réussir.

Des réfugiées arrivées à Québec l'an dernier ont jeté cet hiver les bases d'une petite entreprise d'économie sociale visant à commercialiser des plats traditionnels d'Alep, leur région d'origine.

Le projet a été initié par l'auteur et femme d'affaires syrienne Nour Sayem, installée à Québec depuis 1967. 

À la fin de l'automne, elle a recruté des volontaires, s'est adjoint des bénévoles et partenaires, a commencé à repérer d'éventuels points de vente. 

L'objectif était d'abord de sortir ces femmes, toutes des mères de plusieurs enfants, de l'isolement de la maison où sont souvent confinées les réfugiées qui arrivent.

Les Syriens sont un peuple de commerçants, mais ces femmes n'avaient jamais travaillé à l'extérieur, là d'où elles viennent. Il faudrait les inciter à créer leur propre emploi. 

Peut-être y trouveraient-elles une raison de s'accrocher à leur tour à Québec et d'y faire leur vie, s'est mise à espérer Nour Sayem.

Elle constate que retenir des immigrants qui ne parlent pas français reste un défi difficile pour Québec. 

Six femmes ont adhéré au projet. D'autres ont commencé depuis à s'y intéresser. 

J'ai senti la fébrilité et la complicité lors d'une petite cérémonie cette semaine à l'Institut sur la nutrition et les aliments fonctionnels de l'Université Laval (INAF), premier lieu d'ancrage du projet. 

Les conseillers municipaux Rémy Normand et Anne Corriveau y étaient; l'équipe de l'INAF, qui fut essentielle dans ce projet; des bénévoles, quelques partenaires institutionnels, des amis ainsi que quelques enfants vivants et sonores. 

Les femmes étaient fières de faire goûter leur cuisine. Des sambousseks (chaussons), des kebbés (boulettes de viande), du muhammara (crème de poivrons), des feuilles de vigne, des ghraybehs (sablés fondants), etc. 

Et d'autres plats aussi qu'on ne trouve pas en moment sur le marché à Québec.

***

Le dimanche de janvier où elles se sont retrouvées pour la première fois dans la cuisine de l'INAF, il fallait pratiquement un traducteur par personne, se souvient Stéphanie Arsenault, impliquée comme bénévole. 

On a pu mesurer cette semaine le chemin parcouru. Plusieurs commencent à pouvoir échanger en français.

Lors des ateliers du dimanche, elles ont affiné leurs recettes, en ont ajouté de nouvelles, les ont standardisées.

Elles ont compris qu'il faudrait tenir compte de la valeur nutritive et du coût des aliments; des temps de préparation et de cuisson. Qu'il faudrait pouvoir vendre à un prix réaliste.

Elles ont suivi le cours obligatoire du MAPAC pour travailler dans un établissement alimentaire : hygiène, conservation, risques microbiologiques, étiquetage, etc.

L'étape suivante risque d'être la plus difficile et la plus décisive : le CA de l'entreprise naissante estime avoir besoin de 100 000 $ pour s'installer dans une cuisine permanente et démarrer la production.

Un marchand de Place de la Cité a déjà accepté de distribuer leurs produits; il y a une entente avec Saveurs Campus de l'Université Laval pour offrir des «barquettes» aux étudiants; on regarde du côté du marché public de Sainte-Foy. 

***

Ce que les sourires et la fierté ne disaient pas, c'est l'urgence de la course contre la montre. 

Pendant que ces femmes profitaient d'un petit moment de plénitude cette semaine, les maris de plusieurs d'entre elles étaient sur les routes de l'Ontario : Toronto, London, Hamilton.

Ils allaient y rejoindre d'autres Syriens et tâter le marché de l'emploi et du logement avec l'idée peut-être de s'y installer à leur tour.

Un scénario devenu classique pour les immigrants de Québec. Nour Sayem croyait savoir qu'au moins une de ses recrues va bientôt partir. Elle espère pouvoir sauver les autres. 

Les Syriens sentent l'urgence de travailler lorsqu'ils arrivent ici. C'est beau se répéter que Québec manque de main-d'oeuvre au point de faire des missions de recrutement à l'étranger. Mais la réalité est que le taux de chômage des nouveaux arrivants est encore deux fois supérieur à celui des locaux.




À lire aussi

  • Musulmans de Québec: éviter le piège du voile

    La Capitale

    Musulmans de Québec: éviter le piège du voile

    L'attentat du 29 janvier à la Grande Mosquée de Québec a soulevé des questions que nous ne nous étions pas beaucoup posées. Pas assez, peut-être. Qui... »

  • François Bourque | <i>Sortir les Syriennes de la maison</i>

    François Bourque

    Sortir les Syriennes de la maison

    CHRONIQUE / Il y aura un an dans quelques jours, Québec accueillait les premiers réfugiés syriens «promis» en campagne électorale par Justin Trudeau.... »

  • <em>La clé: apprendre le français</em>

    François Bourque

    La clé: apprendre le français

    CHRONIQUE / Il y aura un an dans quelques jours, Québec accueillait les premiers réfugiés syriens «promis» en campagne électorale par Justin Trudeau.... »

  • François Bourque | <em>Noël loin des bombes</em>

    François Bourque

    Noël loin des bombes

    CHRONIQUE / Il y aura un an dans quelques jours, Québec accueillait les premiers réfugiés syriens «promis» en campagne électorale par Justin Trudeau.... »

publicité

publicité

la liste:1710:liste;la boite:91290:box

En vedette

Précédent

publicité

la boite:1608467:box; tpl:300_B73_videos_playlist.tpl:file;

Les plus populaires : Le Soleil

Tous les plus populaires de la section Le Soleil
sur Lapresse.ca
»

CONTRIBUEZ >

Vous avez assisté à un évènement d'intérêt public ?

Envoyez-nous vos textes, photos ou vidéos

Autres contenus populaires

image title
Fermer