Denis Brière: une signature forte sur l'UL

Aux yeux du public, le legs le plus... (Le Soleil, Jean-Marie Villeneuve)

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Aux yeux du public, le legs le plus spectaculaire de Denis Brière restera l'impulsion donnée à la Grande Campagne de la Fondation de l'Université.

Le Soleil, Jean-Marie Villeneuve

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(Québec) CHRONIQUE / En 10 années dans le fauteuil de recteur, Denis Brière aura inscrit une signature forte sur l'Université Laval par sa vision, son sens des affaires et sa créativité.

Il a contribué à développer comme jamais des chaires et partenariats de recherche et à accroître le rayonnement de l'institution. Sous sa gouverne, le campus a continué à se développer (stade couvert et PEPS, pavillon Vandry, supercalculateur, etc.)

Il faut aussi mettre au bilan la stratégie numérique, la formation à distance, l'obsession de l'équilibre budgétaire, le soutien accru aux étudiants, l'atteinte du seuil «carboneutre» et, fait exceptionnel, l'obtention de quatre Chaires d'excellence de recherche au Canada (études nordiques, neurophotonique, optique/photonique et santé/métabolisme).

Aux yeux du public, le legs le plus spectaculaire de Denis Brière restera cependant l'impulsion donnée à la Grande Campagne de la Fondation de l'Université.

On connaît maintenant les chiffres : 530 millions $ en promesses de dons depuis 2010, soit près de 30 millions $ par année, près du triple du rythme des années antérieures.

Le résultat est très au-delà des 350 millions $ espérés et des espoirs même les plus optimistes. Une part du mérite lui revient, ce qui relativise peut-être les critiques sur sa rémunération que plusieurs jugent trop élevée.

Une des clés du succès de la campagne : avoir forcé la main à une fusion entre la Fondation de l'Université et l'Association des Anciens. Cela peut sembler anodin, mais c'est significatif quand on cherche à développer une culture de philanthropie dans un Québec francophone qui y est encore peu familier.

Le plus gros changement des 10 dernières années à l'Université aura été la formation à distance, analyse M. Brière.

Aujourd'hui, 22 % des cours se donnent à distance (8 % en 2006-2007) et 57 % des étudiants ont suivi cette année au moins un cours à distance (31 % en 2006-2007). La tendance va se poursuivre, prévoit-il.

Un nouveau portail de cours et d'autres outils électroniques, dont la carte d'accès, permettent un meilleur suivi individuel des étudiants.

Ce n'est «pas big brother», se défend le recteur, mais il devient possible de déceler plus vite des signes de décrochage (absences, changements d'habitudes, etc.). Entre 25 % et 30 % des étudiants abandonnent en route, souvent dès la première session.

Denis Brière n'est pas un grand communicateur et n'aurait pas gagné de concours de popularité. On lui reprochait parfois sa rigidité, son égo fort et un manque d'écoute. Les défauts de ses qualités, quoi.

Les candidats à sa succession avaient tous souhaité du changement dans le style et dans les relations avec sa communauté. «On peut toujours améliorer ça», convient M. Brière.

Il lui fut reproché au début une «marchandisation» de la recherche universitaire; puis la mauvaise gestion de crise des plaintes d'agressions sexuelles; les salaires et avantages (trop élevés) votés par le C.A.; l'appui (injustifié selon plusieurs) au projet d'agrandissement du Port de Québec, etc.

On semble attendre d'un recteur (et maintenant d'une rectrice) les mêmes réflexes et comportements que pour nos élus.

C'est peut-être à cause de l'importance de l'Université Laval dans la vie, l'économie et la géographique de Québec. Avec 60 000 étudiants de tous statuts et 9300 employés, l'Université est une ville dans la ville.

«Les médias me prennent comme un bête politique. Je ne suis pas une bête politique. Je ne suis pas un élu. Je suis recteur de l'Université Laval», insiste-t-il.

Lors d'un entretien bilan à quelques jours de la fin de son mandat, il a pris le temps de revenir sur quelques-unes de ces critiques.

Celle voulant par exemple que l'Université ait marchandé des chaires de recherche pour obtenir du financement privé.

Il est vrai que l'université s'ajuste aux besoins. Lorsque le secteur des mines a «explosé», elle a formé davantage d'ingénieurs à la demande du marché, rapporte le recteur Brière.

Mais «il faut que ce soit éthiquement correct», assure-t-il.

«Ils [le privé] ne peuvent pas intervenir nulle part dans nos protocoles de recherche... Ils ne sont pas là pour faire de l'argent sur le campus».

Sauf que personne n'est naïf. Le privé y trouvera aussi son profit. Si ce n'est pas sur le campus, ce sera après.

L'Université offre de la «formation pour les personnes» et leur donne un «coffre à outils» selon ce qu'ils choisissent, rappelle M.Brière. «Ce n'est pas notre rôle de dire : t'auras pas de job en sortant.»

L'Université réussit-elle à suivre la parade du changement et des nouvelles technologies dont ont besoin les employeurs?

Il croit que oui, mais reconnaît qu'«on n'est pas parfait». S'il est une chose qu'il aimerait pouvoir faire autrement s'il recommençait aujourd'hui son rectorat, c'est celle-là : faire «plus vite et mieux» la mise à jour des programmes, idéalement à tous les cinq ans. La mécanique de révision est nécessaire, croit-il, mais «c'est lourd».

Des opposants au projet d'agrandissement du Port de Québec lui ont reproché d'avoir appuyé le projet.

Il en a été surpris.

«Tu peux pas en tant que recteur t'opposer à un projet de développement dans la région. Ce serait un non-sens... On doit y aller.» Quitte à être critiqué. «Il faut prendre un peu de risques», dit-il.

Quant aux questions sur l'environnement et l'impact sur la région, «ça, c'est pas mon problème à moi», croit-il. Voilà le genre de réponse qui décrit bien le style Brière.

Denis Brière, 70 ans, restera au service de l'Université Laval et y aura encore son bureau après le 31 mai, date où prend fin son mandat.

Il n'a jamais pris de «sabbatique». Son nouveau rôle l'amènera en stage, notamment au Centre National de Recherche Scientifique à Paris, avec lequel il a une entente.

Il espère y développer de nouveaux partenariats avec le Japon et l'Afrique qui profiteront à l'Université Laval.

Il rapporte avoir jadis décliné des offres de trois universités canadiennes qui ont souhaité l'avoir à leur direction. Il ferme désormais cette porte et prévoit rester à Québec.

Il n'entend pas jouer la belle-mère avec la nouvelle rectrice, Sophie D'Amours.

Il croit cependant que le mode de sélection au rectorat de l'Université Laval devrait être revu. Il trouve insensé que le C.A. ne dispose que d'une vingtaine de votes sur 144 au collège électoral.

Il verrait d'un bon oeil que le recteur (ou la rectrice) soit choisi directement par le C.A. et des chasseurs de têtes, comme c'est souvent le cas dans les universités.

Il n'y a jamais de système parfait. Celui de l'Université Laval conduit nécessairement à des candidatures internes. Y gagnerait-elle à pouvoir recruter aussi ailleurs? La question mérite d'être posée.

En chiffres

0 $ de déficit annuel depuis 10 ans

22 % des cours offerts à distance en 2016-17

40 chaires de leadership en enseignement

1,5 million d'usagers au PEPS par année

120 M$ investis en 10 ans dans la stratégie numérique 

600 M$ d'aide financière aux étudiants depuis 10 ans

22 étudiants par professeur (le ratio moyen québécois est de 25) 

1000 stages annuels à l'étranger 

5000 recherches initiées en partenariat

5670 étudiants étrangers à l'automne 2016




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