Un Club Med à quel prix?

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«Est-ce le rôle de l'État d'investir dans la construction d'un hôtel au pied de pentes de ski ?», s'interroge notre chroniqueur.

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(Québec) CHRONIQUE / Comme vous, j'aime beaucoup Charlevoix et souhaite que le Massif de Petite-Rivière St-François aie du succès et contribue à la vie économique régionale. Mais peut-être pas à n'importe quel prix.

Le projet de construire un hôtel de luxe quatre saisons au Massif pour loger un Club Med soulève plusieurs enjeux publics: financement, impact sur le paysage et la circulation, qualité de vie, taxation, etc.

Ces enjeux ont peu été discutés sur la place publique au moment où les gouvernements sont sollicités pour investir des dizaines de millions de dollars dans le projet.

Le Club Med propose de gérer un hôtel de 300 chambres au pied des pentes et d'y attirer une clientèle aisée, mais il n'investira pas pour construire cet hôtel. Ce n'est pas dans son modèle d'affaires.

Le propriétaire du centre de ski, le groupe Massif, n'étant pas prêt à assumer seul le risque d'un hôtel, le projet de Club Med dépend désormais de l'aide publique.

Une première question, et pas la moindre : est-ce le rôle de l'État d'investir dans la construction d'un hôtel au pied de pentes de ski ?

Soutenir des projets touristiques, en faire la promotion et aider à moderniser des équipements est une chose.

Investir dans un projet immobilier incertain en est une autre et pourrait même être perçu comme de la concurrence déloyale.

Investissement Québec est actuellement partenaire à 30 % dans le centre de ski le Massif.

Le projet lancé en 2005 a aussi reçu 65 M$ en subventions pour une salle multifonctionnelle à l'hôtel la Ferme (aujourd'hui Germain), pour des gares, un télésiège et une navette ferroviaire.

Sans parler des crédits de taxes municipales. Sans parler des 15 M$ (dont plus de 10 M$ en subventions) pour grossir ses réseaux d'aqueduc et d'égout et équipements de traitement des eaux usées de Petite-Rivière pour desservir les projets immobiliers du Massif. Ces travaux viennent de commencer.

Sans parler aussi des améliorations qu'on réclamera au réseau routier. Avec un gros hôtel au pied des pentes, on voudra une côte plus sécuritaire pour y faire descendre les autobus de clients du Club Med. La cote actuelle de Petite-Rivière ressemble à celle de St-Joseph de la Rive avant l'accident qui a fait 44 morts en 1997. La construction de condos ajoutera à cette pression.

Occuper le territoire et soutenir les économies locales entraîne un coût public qu'il faut être prêt à assumer lorsqu'on croit aux régions.

Mais avant d'ouvrir à nouveau les vannes de la subvention, il est légitime de s'assurer que les pouvoirs publics ne s'enfoncent pas dans un engrenage sans fin.

La question est d'autant pertinente qu'on ignore tout encore du montage financier envisagé et des engagements du promoteur et du Club Med.

Le groupe Massif, souvent prompt à cogner à la porte des médias pour faire relayer les informations qui lui conviennent, refuse de répondre aux questions sur le financement du projet actuel.

Combien d'argent demande-t-il aux gouvernements? Que se passe-t-il s'il y a dépassement de coûts ou si le projet ne livre pas les résultats attendus?

Si ça tournait mal, qui voudra d'un hôtel que le Club Med n'aurait pas réussi à faire vivre? Je ne veux pas être prophète de malheur, mais si le privé ne veut pas construire cet hôtel, c'est que ce risque existe.

Appâtés par le prestige de la marque Club Med et les promesses de retombées, les élus de Charlevoix et de la région de Québec se sont massivement rangés derrière le promoteur pour demander l'aide des gouvernements. Tous espèrent pouvoir profiter des 35 M$ d'argent neuf par année et des centaines d'emplois promis par l'étude de retombée.

Je peux comprendre. N'empêche que cet enthousiasme des élus étonne (et inquiète) pour un projet dont le cadre financier est encore inconnu.

Le maire de Petite-Rivière, M. Gérald Maltais, est favorable au projet, mais n'a aucune idée de l'apparence du futur hôtel ni par où arriveront les 25 000 clients annuels évoqués.

«Comme maire, j'aimerais en savoir plus», dit-il. Sauf que le Massif ne lui dit rien. Il n'est que le maire après tout. On parle pourtant d'un hôtel qui aura un impact dans le paysage comparable à celui du Manoir Richelieu. 

Le projet de Club Med au Massif n'a plus grand-chose à voir avec la vision bucolique et à échelle humaine proposée par le promoteur Daniel Gauthier en 2005.

M.Gauthier parlait alors de «développement durable ... aucunement basé sur de l'immobilier c'est-à-dire sur la vente de chalets ou de condos». Le schéma d'aménagement de la MRC permet désormais 1 000 nouvelles unités au Massif.

«Notre projet est un lieu ouvert, c'est-à-dire sans clôture, avec accès public presque partout: c'est l'antithèse même d'un resort», plaidait aussi M.Gauthier.

Si le projet initial était l'antithèse d'un «resort», un Club Med en est la quintessence.

Un promoteur a le droit de faire évoluer sa vision du développement. Mais le public a le droit de s'assurer qu'il y trouve toujours son intérêt.




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