Éviter l'odieux de démolir

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Depuis 2010, les promoteurs Leboeuf et Lessard ont soumis neuf projets ou variantes pour le site de l'ancienne église Saint-Coeur-de-Marie.

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(Québec) CHRONIQUE / L'administration Labeaume achète du temps lorsqu'elle parle d'exproprier l'ancienne église Saint-Coeur-de-Marie pour en assurer la conservation.

Elle évite ainsi que la démolition de l'église pour permettre une tour de condominiums devienne un enjeu de la prochaine élection. 

L'équipe du maire en aura déjà plein les bras avec le Phare sans y ajouter un autre projet à controverse.  

Cette «solution politique» ne change cependant rien au problème de fond. Tôt ou tard, la Ville se retrouvera devant le même choix : permettre la démolition ou investir des millions d'argent public pour aider un promoteur privé ou pour entreprendre elle-même un projet de transformation.

Il n'y a guère d'autres issues possibles. Je crois que la Ville le sait aussi, même si elle ne le dit pas encore.

La vice-présidente du comité exécutif et responsable de la culture, Julie Lemieux, continue d'espérer que «peut-être un jour», dit-elle, il se trouvera un promoteur pour l'église.

Cela semble cependant de plus en plus improbable. Depuis 20 ans que l'église est fermée, il ne s'en est trouvé aucun prêt à investir ce qu'il faut sans aide publique.

En attendant, l'église continue de se détériorer et il deviendra de plus en plus hasardeux de s'y attaquer.

Officiellement, l'administration Labeaume a (presque) toujours plaidé pour la conservation de l'église. 

On comprend pourquoi. Avec son clocher byzantin unique, elle contribue au paysage de la Grande Allée.

On connaît cette artère comme lieu par excellence des sorties festives avec ses bars, restos, terrasses et spectacles.

Ce qu'on mesure moins, c'est que la Grande Allée est un véritable musée ouvert d'architecture où cohabitent une étonnante variété de styles, gabarits et immeubles aux formes foisonnantes.

Cette diversité détonne avec l'image répandue d'un patrimoine figé et homogène où tout ressemble au voisin.

Je me suis étonné (et suis déçu) moi-même de ne pas l'avoir réalisé davantage. Je ne verrai plus la même chose en remontant la Grande Allée : Dagobert et manège militaire (style Château), manoir Price (néo-Tudor), Église Saint-Dominique (néo-gothique), Parlement (Second Empire), Ladies' Protestant Home (italien néo-renaissance), maison Pollack (baroque), Claridge (moderne art déco), Concorde (expressionnisme formel), etc. 

L'église Saint-Coeur-de-Marie, dont la construction commencée en 1919 et s'est achevée en 1921, incarne cette diversité en étant elle-même un mélange de styles, décrit Claude Bergeron, auteur d'une étude (2011) sur le patrimoine de la Grande Allée.

Que l'administration Labeaume dise vouloir la protéger tombe sous le sens. C'est aussi ce que souhaitent l'opposition et tous les lobbies du patrimoine.

On sent cependant qu'au-delà du discours officiel, l'administration envoie d'autres signaux. 

En janvier 2016, la Commission d'urbanisme a donné un préavis favorable à la construction d'une tour et à une démolition partielle de l'église. À condition de reconstruire à l'identique la partie avant et d'éviter l'impression de «mariage forcé». 

Au printemps 2016, la conseillère Lemieux est allée peu loin, rejetant l'idée du «façadisme» ou d'une conservation coûte que coûte du bâtiment. 

Si la conservation n'est plus possible, elle était disposée à remplacer l'église par «quelque chose d'extraordinaire».

Mme Lemieux croit que le projet du promoteur Lessard (démolition complète et tour de 18 étages) ne répond pas à cet objectif. 

«C'est décevant; ce n'est pas un projet extraordinaire. Il faut un projet exemplaire», dit-elle. Celui-là «ne peut pas justifier la démolition de l'église».

CHRONIQUE / L'administration Labeaume achète du... (Fournie par les promoteurs) - image 2.0

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Depuis 2010, les promoteurs Leboeuf et Lessard ont soumis neuf projets ou variantes pour le site de l'ancienne église. 

Le seul qui semble avoir soulevé de l'enthousiasme proposait de transformer l'église en hôtel-boutique. Il fut écarté à cause des coûts élevés. 

L'architecte Dan Hanganu réussissait à conserver l'église intacte et la coiffait d'une structure de verre neutre pour «ne pas lui voler la vedette». Un projet «assez spectaculaire», se souvient-il.

Les aires d'accueil et de restauration étaient logées dans l'église; il y ajoutait des mezzanines intérieures et construisait les chambres dans la structure de verre.

«L'idée était de donner une seconde vie à l'église; pas d'en faire une caricature» en conservant seulement une partie de l'église, explique l'architecte. «Ça marche pas, le façadisme».

«Démolir, c'est la façon facile», croit M.Hanganu. «Il faut avoir du respect pour ce que nous sommes» et ne pas viser seulement le profit, croit-il. 

M.Hanganu pense aujourd'hui que le promoteur «n'a pas ce qu'il faut pour ce genre de projets» et que ce n'est pas seulement une question d'argent.

Le projet de l'architecte Dan Hanganu réussissait à... - image 3.0

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Le projet de l'architecte Dan Hanganu réussissait à conserver l'église intacte et la coiffait d'une structure de verre neutre pour «ne pas lui voler la vedette».

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Que le promoteur soit le bon ou pas, la Ville l'a fait travailler depuis des années sur des scénarios qu'elle semble aujourd'hui rejeter. Ça risque de s'ajouter à la facture publique si la Ville donne suite à son projet d'exproprier l'église. 

Vingt ans après la fermeture de l'église, on a par moment l'impression d'être encore à la case départ. 

Ce n'est pas un dossier facile. Que la Ville conserve ou démolisse, il y aura un prix lourd à payer. Dans le budget ou dans l'image publique. 

Peut-être la Ville préfère-t-elle attendre que l'église s'écroule toute seule pour ne pas avoir l'odieux d'en avoir autorisé la démolition.

***

Chronologie

  • 1997: 700 000 $ investis pour restaurer le clocher de l'église qui est fermée au culte cette même année. 
  • 2002: l'américain Daryoush Rahmi achète l'église pour en faire un centre d'art et de culture, puis un centre de réception. La Ville refuse de changer le zonage. 
  • 2010: le promoteur Sébastien Leboeuf rachète l'église pour la démolir et la remplacer par une tour de 35 étages. La Ville refuse. 
  • 2014: l'église est cédée au promoteur Louis Lessard, ancien associé de M.Leboeuf, qui projette une tour à condos d'une vingtaine d'étages. 
  • Janvier 2016: la Commission d'Urbanisme de la Ville donne un préavis favorable à une tour de 18 étages, mais demande que la partie avant de l'église soit reconstruite à l'identique.
  • Septembre 2016: la Ville de Québec dépose un projet d'amendement au PPU lui donnant le pouvoir d'exproprier l'ancienne église à des fins de conservations.




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