Une lueur au bout du pont

C'est cette vision du chacun pour soi que... (Le Soleil, Jean-Marie Villeneuve)

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C'est cette vision du chacun pour soi que la Chambre de commerce propose de changer, dans l'espoir de sortir le pont de Québec du cul-de-sac juridique, politique et financier où il est coincé.

Le Soleil, Jean-Marie Villeneuve

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(Québec) CHRONIQUE / La réaction obtuse du cabinet du ministre des Transports Laurent Lessard est le parfait exemple de la vision étroite qui a plombé le pont de Québec depuis maintenant deux décennies.

Une vision en silo où chacun fait ce qu'il pense devoir faire sans se soucier du reste : le ministère des Transports «patchant» les trous dans la chaussée; le CN réparant les boulons usés sur la structure et le fédéral s'en lavant les mains le plus longtemps possible, avant d'offrir 75 millions $ à la veille des dernières élections.

J'exagère un peu, mais pas tant. 

On s'est beaucoup chicané, crié des noms, battu devant les tribunaux, les yeux rivés sur les petites clauses des contrats. On a veillé à ce que chacun respecte ses obligations pour que les voitures et les trains continuent de passer sur le pont en sécurité. 

Rien à redire. Il fallait que le pont soit sécuritaire et que chacun prenne ses responsabilités.

Mais il a manqué une vue d'ensemble. Le pont de Québec n'est pas seulement une infrastructure de transport. Il a une valeur patrimoniale, un potentiel touristique et récréatif, une importance unique dans le paysage et l'imaginaire de la ville de Québec.

C'est cette vision du chacun pour soi que la Chambre de commerce propose de changer, dans l'espoir de sortir le pont de Québec du cul-de-sac juridique, politique et financier où il est coincé.

Le ministre fédéral Jean-Yves Duclos s'y est spontanément dit favorable. Le CN ne s'engage à rien encore, mais se dit «ouvert» à l'initiative.

Reste le gouvernement du Québec et ses ministres Lessard et François Blais, engoncés dans le statu quo du «chacun ses responsabilités». 

Comme si l'impasse allait se dénouer en se contentant de laisser les maires Labeaume et Lehouillier aboyer sur leur rive pour qu'on peinture le pont.

Je peux comprendre la prudence du ministère des Transports (MTQ) s'il craint que le pont de Québec soit pelleté dans sa cour et qu'il soit le seul à payer. Mais s'entêter à voir le pont avec les mêmes oeillères risque de mener au même échec.

La Chambre de commerce suggère la création de deux sociétés à but non lucratif pour gérer le pont de Québec : une première pour les travaux d'entretien et de peinture et la seconde pour mettre le pont en valeur, comme le ferait un office de promotion touristique.

Elles travailleraient de concert, chacune avec ses priorités, son conseil d'administration et son financement propre. Ça fait un peu compliqué mais, parfois, il faut ce qu'il faut.

On pourrait sans doute imaginer d'autres scénarios. Peut-être de meilleurs. 

Sur l'essentiel, le projet de la Chambre ne change rien. Ça ne donne pas une cenne de plus pour peinturer le pont; ça reste les mêmes acteurs (CN, fédéral, MTQ) et les obligations du CN envers le pont qui lui appartient restent les mêmes.

Alors, pourquoi s'intéresser à cette proposition?

Parce qu'elle a le mérite d'élargir la perspective et d'essayer de changer la dynamique des choses. 

Le comptable Mario Bédard (400e, J'ai ma place, etc.) croit par exemple à des économies d'échelle possibles en combinant mieux les travaux éventuels de peinture et d'entretien de la structure. Il faudra cependant une mise à jour des évaluations pour savoir ce qu'il en est vraiment. 

Il croit aussi à la possibilité de développer des produits touristiques mettant le pont en valeur et d'en tirer des revenus (centre d'interprétation, escalade, bungee, randonnée, etc.). D'autres villes en montrent l'exemple (Sydney, Brooklyn, etc.).

Il y a une certaine candeur à imaginer que les mêmes acteurs puissent du jour au lendemain travailler (davantage) ensemble plutôt que dans la confrontation. Qu'ils se laissent convaincre que le pont de Québec est plus important que la somme de leurs intérêts particuliers.

Mais qu'avons-nous tant à perdre?

On ne se comptera pas d'histoires. Peu importe le mode de gestion ou de gouvernance qu'on pourrait imaginer, la mise en valeur et l'entretien du pont de Québec vont se faire pour l'essentiel avec de l'argent public. 

Il n'y a pas d'autre issue depuis que les tribunaux ont établi que le propriétaire, le CN, n'avait pas l'obligation de repeindre le pont, mais seulement d'en assurer la sécurité. Alors, arrêtons de faire semblant. 

Je pense aussi que le CN, qui fait des profits mirobolants et qui soutient toutes sortes de projets communautaires au Canada et dans le monde, doit en faire davantage pour le pont de Québec patrimonial plutôt que de le traiter comme un vulgaire viaduc ferroviaire utilitaire. 

Mais il y a plus de chance que ça arrive en faisant du CN un partenaire plutôt qu'un ennemi public.




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