Entre le crucifix et le presbytère

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Enveloppé d'arbres, le presbytère de la paroisse Notre-Dame-de-L'Annonciation forme avec l'église et le cimetière derrière le «noyau villageois» de L'Ancienne-Lorette.

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(Québec) CHRONIQUE / On s'émeut et se mobilise plus facilement pour un malheureux crucifix dans un hall d'hôpital que pour la disparition de presbytères et d'églises qui ont façonné le paysage des quartiers.

La légèreté avec laquelle le maire de L'Ancienne-Lorette, Émile Loranger, évoque la démolition du vieux presbytère de 1893 est absolument sidérante. 

Je rappelle ici les faits. 

Le maire suggère de construire un centre communautaire sur le stationnement de la fabrique, derrière le presbytère. Les cases de stationnement ainsi perdues seraient relocalisées en lieu et place du presbytère.

La fabrique n'a pas encore statué sur ce scénario mis de l'avant par le maire Loranger.

Enveloppé d'arbres, le presbytère de la paroisse Notre-Dame-de-L'Annonciation forme avec l'église et le cimetière derrière le «noyau villageois» de L'Ancienne-Lorette.

C'est un lieu de centralité qui a contribué au sentiment d'appartenance des citoyens au-delà de la question religieuse. Un point de repère dans le temps et la géographie de la ville. Un peu son âme.

Il est possible que l'aréna, la polyvalente, la piscine municipale et le parc de la Rivière aient aujourd'hui pris le relais du vieux village comme lieu de convergence de la vie sociale.

Mais cela ne change rien. Je comprends mal qu'un maire si farouchement accroché à son indépendance municipale ne tienne pas davantage à protéger le centre historique de sa ville. On ne connaît pas de modèle urbain plus fonctionnel que le «noyau villageois» pour créer l'appartenance, les liens sociaux et rendre les citoyens heureux, croit Mme Lucie K. Morisset, titulaire de la Chaire de recherche du Canada en patrimoine urbain (UQAM).

«Ce presbytère fait partie du noyau municipal. Il est important de le conserver», plaide aussi Serge Viau, ex-directeur général de la Ville de Québec.

Le débat ressemble à celui autour du Centre Durocher, du «vieux village» Saint-Michel de Sillery et d'autres noyaux urbains menacés par la densification ou la dégradation du patrimoine bâti. 

Le maire Loranger a raison de dire qu'un «style vieux» n'est pas un motif suffisant pour conserver un bâtiment. Si c'était le cas, les villes seraient figées dans le passé.

Mais l'enjeu ici n'est pas tant la survie du presbytère que de l'ensemble auquel il participe.  

Isolément, le presbytère n'a peut-être pas toutes les qualités architecturales et historiques qui en feraient un intouchable.

Des édifices du même architecte (Émile-Georges Bussières) ont cependant été classés, cités ou protégés dans d'autres villes. 

«Ce serait un crime contre l'humanité» de démolir ce presbytère, croit Luc Noppen, spécialiste du patrimoine religieux à l'UQAM. Le vocabulaire est excessif, mais le propos est clair.

*****

Démolir le vieux presbytère d'un «noyau villageois» devrait être une sorte de dernier recours. Pas une hypothèse parmi d'autres jetée sur la table avec insouciance.

Il arrive que de vieux bâtiments soient trop abîmés pour être conservés. 

Le cas échéant, on cherchera un remplaçant qui pourra maintenir ou améliorer les «liens sociaux» de l'ancien presbytère ou de l'église, suggère Mme Morisset.

Un centre communautaire peut alors être une bonne idée. Meilleure qu'une tour à condos ou des bureaux. 

On voudra que ce nouveau bâtiment ait une cohérence avec l'église voisine, ce qui n'exclut pas une architecture contemporaine. 

Sauf que nous n'en sommes pas là. Le presbytère de L'Ancienne-Lorette n'est pas un bâtiment fini. La fabrique croit qu'il coûterait de 300 000 $ à 500 000 $ pour le ramener à niveau et y maintenir des cours de catéchèse.

D'autres usages sont aussi possibles. Les presbytères sont plus faciles à recycler que les églises, rappelle Serge Viau.

Conserver un presbytère peut aussi faciliter la transformation future de l'église voisine, croit Mme Morisset. Cela peut faire une belle annexe pour des espaces administratifs. 

Pourquoi la ville n'essaierait-elle pas de loger au presbytère une partie des services envisagés pour le futur centre communautaire?  L'ampleur du nouvel immeuble pourrait être réduite d'autant. Et s'il devait manquer quelques cases de stationnement, elles pourraient être construites en souterrain. Une idée comme ça. 

*****

Tout scénario de recyclage du vieux presbytère plutôt que sa démolition entraînera sans doute des coûts supplémentaires.

Mais n'y a-t-il pas aussi un prix à faire table rase de son passé ? 

Le CHU de Québec vient de l'apprendre à ses dépens. Décrocher le crucifix du hall de l'hôpital Saint-Sacrement à cause d'une plainte était stupide. Aucun argument juridique ne pouvait soutenir cette décision. 

Le rapport avec le presbytère peut sembler ténu, mais il y en a un et il n'a rien de religieux : seulement une même insensibilité gênante à l'histoire et au patrimoine.




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