Genèse d'un conflit provoqué

La menace de grève des chauffeurs du RTC... (Le Soleil, Erick Labbé)

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La menace de grève des chauffeurs du RTC s'explique par deux facteurs: les réorganisations du travail dans l'organisation et la Loi 24 qui encadre désormais les négociations dans les municipalités.

Le Soleil, Erick Labbé

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(Québec) CHRONIQUE / Que s'est-il passé pour que les chauffeurs du RTC menacent brusquement d'aller en grève après plus d'une douzaine d'années de relations de travail harmonieuses?

Il nous semblait pourtant que l'époque des affrontements incessants où le public était chaque fois la victime était révolue. 

Après les 10 conflits entre 1971 et 2004 et près de 500 jours de grève, un coup de barre avait été donné pour changer la culture et le climat de travail au RTC.

Des mécanismes de résolution de problème et de nouveaux canaux de communication ont été déployés après 2004. Des employés plus jeunes, dont beaucoup de femmes, ont pris la place d'employés plus âgés aigris par des années de climat pourri. 

Les résultats ont été concluants. Un climat serein s'est progressivement installé au RTC. 

Les négociations suivantes n'ont pas pour autant été faciles. Il a fallu trois ans pour régler en 2012 la convention échue en 2009. Mais il n'y a pas eu de conflit. Cette convention a plus tard été prolongée, toujours sans conflit.

Encore aujourd'hui, les relations de travail au RTC sont relativement bonnes. Le rythme des griefs ne s'est pas accéléré ces dernières années, ce qui est souvent le signe que les relations de travail se détériorent.

Selon ce que j'entends, le changement de garde à la direction générale du RTC (2013) n'est pas en cause non plus dans le conflit qui s'annonce.

L'époque où employeur et employés se détestaient au point où chaque négociation était la chronique d'une grève annoncée est bel et bien terminée. Les conflits ne sont plus causés par de mauvaises relations et animosités personnelles.

J'entends que la restructuration des régimes de retraite et le partage obligatoire des déficits forcés par la Loi 15 ne sont pas en cause non plus. 

Cette loi est contestée par les syndicats nationaux, mais ne fait pas partie des discussions avec le RTC. 

Comment expliquer alors cette menace de grève? 

Deux choses. 

1. Le RTC, comme toutes les administrations publiques, vit avec des contraintes budgétaires serrées et tente d'accroître la productivité par des réorganisations du travail. 

Cela a des impacts sur les horaires des chauffeurs et sur l'amplitude des journées de travail. 

Il est dans la nature du travail de chauffeur d'autobus d'un réseau public d'avoir des horaires brisés afin d'être sur la route aux heures de pointe du matin et du soir. Cela n'est pas contesté.

Ce qui l'est, ce sont les horaires et enchaînements de circuits planifiés de façon si serrés qu'il en résulte un stress permanent, me dit-on. 

Il suffit par exemple d'imprévus sur la route pour rater les cibles d'horaire et/ou manquer la navette qui ramène le chauffeur au garage à la fin du parcours. 

Cela augmente l'amplitude des journées de travail et compromet la conciliation travail-famille et la qualité de vie.

Ce n'est pas de la mauvaise volonté de l'employeur, mais les horaires atypiques des chauffeurs du RTC sont d'une grande complexité à gérer et chaque réorganisation entraîne des effets en chaîne. 

C'est actuellement la principale source de mécontentement des chauffeurs et le principal enjeu des négociations et du conflit à venir.

C'est ce qui explique que les chauffeurs aient voté à 95% pour la grève, malgré les impacts prévisibles sur les citoyens et sur l'image du transport en commun. 

La CSN se défend d'être intervenue pour influencer ce vote à des fins de stratégie nationale. 

Des hausses de salaires et une bonification éventuelle du régime de retraite sont aussi à l'enjeu, mais ne devraient pas, me dit-on, être très problématiques.

2. Ce qui a aussi changé depuis les dernières négociations, c'est la Loi 24 qui encadre désormais les négociations dans les municipalités.

N'eût été de la Loi 24, les chauffeurs du RTC n'auraient pas envoyé d'avis de grève et auraient poursuivi la négociation le temps nécessaire. 

C'est ce qui s'est produit en 2009. Le problème des horaires se posait déjà. Il a fallu trois ans de discussions et de simulations informatiques pour trouver une issue.

La loi 24 fixe désormais une limite à la négociation, après quoi s'enclenche une médiation qui mènera à la fixation par l'Assemblée nationale de la nouvelle convention. 

Pour éviter ce scénario et profiter d'un rapport de force, les syndicats n'ont d'autres choix que d'exercer leurs moyens de pression plus rapidement qu'avant, explique le professeur de relations industrielles de l'Université Laval Jean-Noël Grenier.

«C'était une conséquence prévisible de la Loi 24; le gouvernement en avait d'ailleurs été prévenu lors des débats sur l'adoption de la Loi», rappelle M.Grenier.

«Des mandats et des avis de grève, on va voir ça plus souvent», prévient-il. «À moins que la Cour Suprême renverse cette loi». 

Je comprends que le climat de travail au RTC est meilleur qu'à la vilaine époque des conflits haineux et que le syndicat n'irait pas en grève (maintenant) si ce n'était de la Loi 24. 

Mais pour les citoyens, le résultat est le même. Malgré les services essentiels, la moitié des usagers de l'autobus seront abandonnés sur les trottoirs à partir du 13 mars. 

Eux aussi j'imagine, doivent avoir des contraintes de conciliation travail-famille et des préoccupations pour leur qualité de vie.




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