Québec grandit-elle trop vite?

«Tout le discours public (ou presque) est orienté... (Le Soleil, Patrice Laroche)

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«Tout le discours public (ou presque) est orienté vers la recherche de la croissance de la ville et de son économie, comme si c'était le seul objectif valable. Mais se pourrait-il qu'il y ait pour les villes une taille optimale qui permette de profiter d'une belle qualité de vie sans s'exposer aux inconvénients des grandes villes?» s'interroge François Bourque.

Le Soleil, Patrice Laroche

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(Québec) CHRONIQUE / La région de Québec doit «revoir en profondeur» sa politique d'immigration et devenir «beaucoup plus agressive» si elle ne veut pas perdre son élan économique.

Les signaux d'alarme sur les conséquences du vieillissement et le déclin de la population active se multiplient. La dernière mise en garde est venue il y a quelques jours de l'économiste en chef de la Banque Nationale, Stéphane Marion.

Sans un apport significatif de main-d'oeuvre, la croissance de Québec sera freinée, prédit-il.

Cela pose plusieurs questions sur les moyens de former et recruter de la main-d'oeuvre, mais une première il me semble, sur l'idée même de la croissance.

Tout le discours public (ou presque) est orienté vers la recherche de la croissance de la ville et de son économie, comme si c'était le seul objectif valable.

Mais se pourrait-il qu'il y ait pour les villes une taille optimale qui permette de profiter d'une belle qualité de vie sans s'exposer aux inconvénients des grandes villes? 

Sans la lourdeur et la congestion routière inhérentes à la croissance (et au succès économique) d'une ville.

Serait-il fou de penser que Québec s'approche peut-être de cette taille idéale et qu'en continuant à grossir, elle risque de sacrifier la qualité de vie qui fait sa fierté et son plaisir?

Il y a un credo dans le monde des affaires voulant qu'une entreprise ne peut pas faire de surplace : ou bien elle avance, ou bien elle recule.

Cela vaut-il aussi pour les villes? Devrait-on renoncer au think big à la mode et revenir (avant qu'il soit trop tard) au charme confortable du small is beautiful

C'est un beau sujet de réflexion. 

Cela dit, Québec serait malvenue de bouder son succès. La plupart des villes échangeraient volontiers leur place avec la nôtre pour jouir du plein emploi, de nos services, de notre sécurité et de notre qualité de vie.

Encore faut-il une population active suffisante pour maintenir ce que j'appellerais «l'offre» de Québec. 

Québec International estimait l'été dernier qu'il y aura 100 000 emplois à pourvoir dans la région d'ici 2019. Il semble bien qu'on n'y arrivera pas sans aide. 

On ne parle pas seulement d'un manque de travailleurs bardés de diplômes et spécialisés dans les technos de pointe, mais de citoyens en âge de travailler dans les services, les restos, la production manufacturière, etc. 

La démographie locale ne suffisant plus, augmenter l'immigration devient presque incontournable. 

Le rythme des arrivées s'est accéléré à Québec ces dernières années. 

Près de 16 000 nouveaux immigrants depuis cinq ans, sans compter les étudiants étrangers et travailleurs saisonniers. 

Les missions de recrutement à l'étranger ont notamment attiré 1500 travailleurs depuis 2008, rapporte l'organisme de promotion économique Québec International. Le taux de rétention de ces «prises» est de 90 %. 

Ces nouveaux venus se sont ajoutés aux 32 880 immigrants déjà recensés en 2011 dans la RMR de Québec.

Les quelque 50 000 citoyens nés hors du pays comptent maintenant pour plus de 6 % de la population régionale.

C'est très peu encore comparé aux grandes villes canadiennes, mais le chiffre grimpe tranquillement. Les prochaines données locales de recensement sont attendues l'automne prochain.

La perception voulant que les immigrants peinent à trouver de l'emploi a sans doute déjà été juste, mais plus maintenant. Du moins pas à Québec.

En 2015, le taux d'emploi des immigrants dans la RMR de Québec était de 73 %, soit le plus élevé des 13 grandes villes canadiennes.

Québec était aussi la seule RMR où le taux d'emploi des immigrants était supérieur à celui des citoyens nés au pays, rapporte Québec International. 

Ce succès d'emploi tient en outre à ce que 96 % des immigrants reçus à Québec parlaient déjà français et que 46 % détenaient un diplôme universitaire.

Incidemment, près de 20 % de ces immigrants (6500 personnes) sont originaires de la France.

Il est possible cependant que la bonne statistique de Québec sur l'emploi immigrant cache une autre réalité. 

Les nouveaux arrivants qui ne trouvent pas rapidement un emploi décident parfois de quitter Québec pour Montréal, Toronto ou ailleurs au Canada. 

Je n'ai pas trouvé de chiffres spécifiques pour les réfugiés mais je soupçonne que le portrait de l'emploi soit pour eux bien différent.

Les réfugiés arrivent sans le sou et parfois mal en point. Ils ne parlant ni le français ni l'anglais et ont souvent une scolarité aléatoire, et parfois aucune. 

Pour ceux-là, la route vers l'emploi est plus difficile. On rappelle cependant que l'objectif premier de l'accueil de réfugiés n'est cependant pas de pourvoir des postes vacants mais de faire oeuvre humanitaire. L'un n'empêchant pas l'autre.

Les statistiques ne disent pas tout. Travailler est une chose. Trouver un emploi stable et dans son domaine de compétences en est une autre. Faire reconnaître des diplômes et compétences acquises à l'extérieur reste compliqué et souvent, impossible.

Le problème est connu, mais la réalité ne change pas.

Le maire Labeaume souhaite que Québec attire à l'avenir 10 % des nouveaux arrivants au Québec, idéalement des Français. 

Au rythme actuel d'immigration, cela donnerait environ 5000 nouveaux venus par année. (Québec en a reçu 3000 en 2015.)

Pour y arriver, le maire demande au fédéral de «relaxer les règles» pour permettre une immigration francophone accrue.

Le sujet fait moins de bruit que les demandes sur les infrastructures et le transport, mais pour Québec, l'enjeu de la démographie est certainement aussi important que celui de l'asphalte et du béton.

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