La bataille en attendant la guerre

C'est dimanche que nous saurons qui d'Anne Guérette... (Infographie Le Soleil)

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C'est dimanche que nous saurons qui d'Anne Guérette ou de François Marchand deviendra l'adversaire de Régis Labeaume à l'élection à la mairie du 5 novembre 2017.

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(Québec) CHRONIQUE / La course, civilisée, à la direction de Démocratie Québec aura permis au parti d'opposition d'avancer de quelques pas sur le chemin difficile menant à l'hôtel de ville de Québec.

Peu importe le résultat du vote de dimanche, l'opposition aura gagné en visibilité et, je dirais, en crédibilité. 

De vieux militants sont revenus. De nouveaux sont arrivés. En quelques mois, le parti a triplé son effectif.

Souvent perçue comme querelleuse, tatillonne et divisée, l'opposition émerge de cette course comme une solution de rechange plus plausible à l'administration Labeaume. 

Il se dessine plus clairement qu'avant deux visions de la gestion et de l'aménagement de la ville. 

Beaucoup plus que lors des dernières élections, où les différences entre les partis portaient davantage sur des enjeux de personnalité, de style et d'attitudes démocratiques.

Ce n'est pas que les candidats de Démocratie Québec aient proposé tant d'idées nouvelles pour se démarquer.

C'est plutôt que l'administration Labeaume s'est éloignée de plusieurs idées et traditions qui faisaient consensus. 

On pense au plan de mobilité durable et au programme particulier d'urbanisme de Sainte-Foy. 

En prônant des élargissements d'autoroutes, l'abandon du tramway, un Phare à 65 étages et, plus récemment, un troisième lien, le maire Régis Labeaume a créé de l'espace politique pour le parti d'opposition. 

S'ajoutent la stagnation des budgets du Réseau de transport de la Capitale, la réduction (à venir) des pouvoirs des arrondissements, le déménagement du Marché du Vieux-Port, l'abandon d'Expo Québec, etc. 

Ces choix de l'administration Labeaume ont incité François Marchand, jusque-là favorable au maire, à se joindre au parti d'opposition.

Peu importe qui sera choisi chef de Démocratie Québec, les citoyens de Québec auront un vrai choix entre deux visions de la ville. 

Un choix entre un maire qui «think big» et aime les grands projets ou une opposition qui préfère s'en tenir à des projets plus petits, mais avec un grand impact sur leur voisinage.

***

La course qui se termine a permis de mieux positionner le parti d'opposition. Je doute cependant qu'elle ait fait émerger une candidature capable d'inquiéter M. Labeaume aux élections de 2017. 

Le problème de François Marchand était de ne pas être connu; celui de Anne Guérette était d'être connue. On savait ce qu'elle pouvait donner, mais aussi, où étaient ses limites.

Dans ce contexte, Mme Guérette aura surpris et a fait mieux que ce que beaucoup de militants auraient cru. On l'a vue appliquée, travaillante, en contrôle d'elle-même et capable de faire équipe. Elle a mené une bataille dure, mais sans mettre en péril l'unité future du parti. 

Inversement, M. Marchand aura probablement déçu ceux qui attendaient de lui qu'il fasse rêver et affiche une pleine maîtrise des dossiers de la Ville et de l'art de la politique. 

Pourquoi avoir fait semblant de ne pas se souvenir de ses contributions au financement d'Équipe Labeaume, avant de reconnaître les faits? Cela a laissé une bien mauvaise impression. 

Pas que ce soit grave d'avoir soutenu le maire. Une «trajectoire chaotique et sinueuse» (l'expression est de M. Marchand) ne disqualifie pas une candidature. 

M. Labeaume n'avait-il pas tenté de diriger le Renouveau municipal avant de vanter les candidatures indépendantes pour finalement créer son propre parti? 

***

Gagner un débat d'un soir ou faire bonne figure dans la course à la direction du parti est une chose. Avoir des chances raisonnables de bien performer contre un maire populaire en est une autre.

Sur plusieurs enjeux (taxes, anneau de glace, transport en commun, etc.), M. Marchand m'a semblé plus pragmatique et plus réaliste que Mme Guérette, dont l'idéalisme (pour ne pas dire le dogmatisme) finit par être paralysant.

Son idée par exemple de vouloir stopper le projet de service rapide par bus (SRB) et de reprendre toute l'analyse et la concertation sur la mobilité durable.

Cela part d'une bonne intention. On gagne toujours à consulter et mieux expliquer les projets. Mais le résultat ici sera de nourrir le combat d'arrière-garde contre le SRB et de mettre en péril un projet qu'il presse de faire avancer. 

Cela dit, il importe de réfléchir au trajet le plus opportun pour ce SRB, celui du boulevard Charest continuant de soulever beaucoup de doutes et d'opposition, ont rappelé les deux candidats.

***

Anne Guérette manifestait sur la Grande Allée, pancarte à la main devant le monastère des Franciscaines, lorsqu'elle a appris le décès de l'ex-mairesse Andrée Boucher à la fin de l'été 2007.

La conseillère du moment (Ann Bourget) s'est alors présentée à la mairie, «libérant» le quartier pour Anne Guérette, qui fut élue et assermentée le même jour que Régis Labeaume.

La pomme n'était pas tombée loin de l'arbre. Le père de Mme Guérette avait été entrepreneur dans l'industrie du bois de sciage. 

«Un batailleur, un travailleur, un passionné», décrit sa fille. Il se battait contre des gros comme Irving. «Un peu comme monsieur Labeaume et moi.» 

Jusqu'à son décès, M. Guérette a aimé voir sa fille se «tenir debout devant M. Labeaume», raconte-t-elle. «Ça mettait de la couleur dans sa vie.» 

François Marchand est aussi venu à la politique par la contestation. 

Avec d'autres étudiants de droit et des militants du comité des citoyens du Vieux-Québec, il est allé déposer une couronne mortuaire sur l'autoroute Dufferin-Montmorency le jour de l'inauguration en 1974. Ce fut son premier geste d'engagement politique.

Quarante ans plus tard, il pourfend encore l'idée d'autoroutes qui s'enfoncent dans la ville. 

Anne Guérette voulait devenir architecte et l'a été. François Marchand voulait aussi être architecte, mais a fini par devenir avocat. 

Tous deux partagent une passion pour l'urbanisme, l'aménagement du sol et pour une vie démocratique respectueuse des points de vue divergents. 

Leurs trajectoires, leurs rythmes et leurs styles sont différents, mais leurs visions de la ville coïncident. Cela suggère que l'un et l'autre logent à la bonne adresse dans ce parti.

 

 

 

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