Faut-il (vraiment) un maire plus fort?  

Le maire Régis Labeaume... (Le Soleil, Yan Doublet)

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Le maire Régis Labeaume

Le Soleil, Yan Doublet

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(Québec) CHRONIQUE / Le projet de loi sur la capitale donnera à la Ville de Québec le pouvoir de s'arroger toutes les compétences jusqu'ici dévolues aux arrondissements.

Il lui suffira d'un vote aux deux tiers des voix du conseil municipal pour «décréter» un nouveau partage des pouvoirs. 

On a peu parlé de cette disposition de projet de loi. Le sujet n'est pas très sexy et peut sembler loin des préoccupations quotidiennes. C'est pourtant un des éléments les plus explosifs du projet.

L'autre était l'abandon des référendums municipaux que le gouvernement a finalement choisi de reporter à un prochain projet de loi. 

La disposition sur le partage des pouvoirs s'attaque au délicat sujet de l'équilibre entre «ville centrale» et arrondissements.

Cet équilibre avait permis à l'époque d'apaiser (un peu) la grogne des villes de banlieue et de maintenir la paix sociale.

Le maire Jean-Paul L'Allier aurait préféré un pouvoir central plus fort pour l'administration centrale.

Sans doute craignait-il que des arrondissements autonomes et puissants rendent la nouvelle ville ingouvernable ou lui enlève de sa pertinence.

Les ex-maires des villes de banlieue plaidaient de leur côté pour un maximum de pouvoirs et de budgets dans les arrondissements. Ils y voyaient un moyen de préserver «l'identité» des anciennes villes.

Le gouvernement Bouchard avait finalement imposé un «compromis» entre pouvoirs centraux et instances de proximité.

Quinze ans plus tard, le maire Régis Labeaume vient de réussir à obtenir ce qui avait échappé au maire L'Allier. 

M. Labeaume s'est défendu de vouloir centraliser la gestion de ville. La réalité est cependant que la ville centrale aura désormais la possibilité de rapatrier tous les pouvoirs si le coeur lui en dit. 

Le cas échéant, cela pourrait avoir un impact direct sur les services aux citoyens et sur la vie démocratique. Il est toujours plus difficile aux citoyens de se faire entendre lorsque le lieu de pouvoir s'éloigne.

Il ne s'agit pas de s'accrocher au statu quo. Le contexte a changé depuis les fusions et l'idée de rouvrir la «constitution» n'est pas en soi une hérésie.

Le besoin d'un compromis politique sur les pouvoirs n'existe plus. Plus personne ne s'inquiète aujourd'hui que les anciennes banlieues sabotent la grande ville. 

L'enjeu est devenu plus pragmatique. On ne se demande plus comment protéger l'identité des anciennes villes, mais comment offrir les meilleurs services à meilleur prix. Et comment améliorer la vie démocratique.

En théorie, une réorganisation des pouvoirs pourrait rendre la ville plus efficace. 

En permettant par exemple d'éliminer des chevauchements et des dédoublements dans la machine administrative, si vraiment il en reste. Ou en contrôlant mieux les horaires, les heures supplémentaires, les choix de vacances, etc.

La ville souhaite plus de souplesse pour déplacer des ressources ou des équipements entre arrondissements et ainsi mieux répondre aux besoins. 

Elle croit aussi qu'un nouveau partage des pouvoirs favoriserait l'harmonisation des services sur l'ensemble du territoire.

Il est vrai qu'il subsiste des écarts de services entre les arrondissements. Lorsque les citoyens paient les mêmes taxes, ils devraient normalement obtenir le même niveau de service. 

Dans les faits, les citoyens de Québec ne paient pas encore les mêmes taxes. L'harmonisation des taxes se poursuit. Comme celle des services. Je note qu'à ce jour, il n'a pas été nécessaire de rouvrir la constitution pour faire avancer l'une et l'autre.

Le maire Labeaume a fait miroiter en commission parlementaire, des économies possibles de quelques millions de dollars. Il a donné peu de détails sur le comment.

L'un des scénarios serait la spécialisation des arrondissements. La Haute-Saint-Charles s'occuperait de la collecte des ordures pour l'ensemble du territoire, Sainte-Foy-Sillery de tout le déneigement, etc.

Le partage de ces responsabilités se ferait selon l'expertise personnelle des gestionnaires actuels. 

Deux choses me chicotent dans ce scénario. 

Je vois mal qu'une réorganisation administrative puisse reposer sur des compétences personnelles. Que se passe-t-il le jour où le gestionnaire s'en va? On rebrasse toutes les cartes?

L'objectif avoué de cette réforme des pouvoirs est de réduire les coûts de fonctionnement. Rien contre, en théorie. On a cependant vu les répercussions sur les services à trop vouloir presser le citron des budgets et des réorganisations administratives (collecte des ordures, déneigement, etc.).

J'imagine qu'on s'en souviendra avant de chambouler les services de proximité et de tout centraliser ou envoyer à l'autre bout de la ville les instances de décision. Faut-il (vraiment) un maire plus fort pour avoir une meilleure ville?

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