Ces refuges qui mettent la ville à l'abri

Le maire Régis Labeaume, le cardinal Gérald Cyprien... (Image tirée d'une vidéo du Soleil, Frédéric Matte)

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Le maire Régis Labeaume, le cardinal Gérald Cyprien Lacroix et la conseillère municipale Chantal Gilbert ont préparé des assiettes, cette semaine, à la Maison Lauberivière.

Image tirée d'une vidéo du Soleil, Frédéric Matte

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(Québec) CHRONIQUE / «Une institution incontournable. Je ne veux pas imaginer Québec sans la Maison Lauberivière.»

Le mot peut sembler fort, mais le maire Labeaume a raison.

Le refuge pour sans-abri et nécessiteux, ouvert en 1983 devant la gare du Palais, contribue à définir la ville de Québec et est nécessaire à son équilibre.

On pourrait dire la même chose de nombres d'oeuvres communautaires qui tissent le filet social local :

PECH (santé mentale), Pignon Bleu (enfants et familles), Maison Dauphine (jeunes), Squat Basse-Ville (fugueurs 12-17 ans), Société Saint-Vincent de Paul (pauvreté), etc. La liste serait longue.

On en parle moins souvent que des jolies rues, des grands parcs publics, des événements à succès ou des attraits touristiques, mais ces oeuvres contribuent à la qualité de vie de Québec.

Si la ville est aussi sécuritaire et confortable, elle le doit à son économie en santé, mais aussi à des oeuvres d'accueil et de soutien.

Sans ces oeuvres, des milliers de personnes seraient plus isolées, parfois à la rue, abandonnées, sans ressources ni amour. Cela fait un peu cliché de le dire ainsi, mais il n'est pas inutile de se le rappeler de temps en temps.

La différence est mince entre les mots aimer et amer, a fait observer le cardinal Gérald Cyprien Lacroix, lors du lancement de la campagne de souscription de la Maison Lauberivière cette semaine. «La vie sans amour, ça devient très amer», dit-il

C'est ce qu'offrent les Lauberivière, Saint-Vincent de Paul, PECH et autres : du respect, de l'empathie et de l'amour.

Il m'est revenu cette semaine une anecdote que j'avais déjà relatée il y a quelques années.

C'était un soir d'élections. Comme aux États-Unis cette semaine, sauf que ce soir-là, c'est nous qui votions.

En quittant la rédaction au début de la nuit, je m'étais arrêté sur le boulevard Charest où des policiers attendaient l'ambulance pour conduire un malheureux à l'hôpital.

Le plan initial était de le mener à Lauberivière, mais l'homme avait eu un malaise dans l'auto, forçant les policiers à s'arrêter.

L'homme était là, à demi dénudé malgré le froid, agité et hurlant à pierre fendre sur le trottoir : «J'ai besoin d'amour, j'ai besoin d'amour.» Son cri résonnait dans la nuit.

L'homme n'avait pas voté ce jour-là. Un sans-abri politique.

Il y en avait eu des milliers ce lundi de décembre 2008. Le plus bas taux de participation (57 %) au Québec en 70 ans.

Des électeurs étaient restés à la maison, désabusés ou découragés d'une offre politique ne répondant pas à leurs attentes. Des électeurs amers ou en manque d'amour, dirait le cardinal.

***

On s'est beaucoup interrogé cette semaine sur l'électrochoc des élections américaines. On s'est inquiété de savoir si cela pouvait arriver ici aussi.

Ce cri d'électeurs déçus se sentant abandonnés par le pouvoir et les institutions. Je dis cri, mais ce fut aussi leur silence.

Convaincus que la «politique traditionnelle» ne pouvait plus rien pour eux, certains ont choisi l'abstention.

D'autres d'aller chercher ailleurs, fut-ce dans l'extrême, l'erratique et le politiquement incorrect, pour ne pas dire l'indécent.

La question qui m'intéresse ici n'est pas de savoir qui pourrait être le Trump du Québec (ou du Canada), mais s'il y a ici des conditions pouvant favoriser l'émergence d'un candidat de l'extrême?

S'il y a chez nous des ceintures de rouille, de charbon, d'emplois brisés ou de quartiers détruits pouvant nourrir la colère et le refus global?

Il me semble que la réponse est non.

Il y a ici du mécontentement contre l'érosion des services publics et contre l'arrogance et le laxisme éthique de beaucoup d'élus;

de l'inquiétude sur des enjeux d'environnement, d'identité et d'équité sociale; de la grogne contre les taxes et la baisse du pouvoir d'achat de la classe moyenne; de l'exaspération contre la congestion sur les routes entre 7h et 9h et de 15h à 17h.

Je ne veux rien banaliser, mais je n'y vois pas de sentiment d'abandon et d'amertume assez fort pour qu'un Trump puisse devenir un refuge ou un espoir.

Il y a chez nous aussi des écarts entre riches et pauvres et parfois des moments de désaffection. Mais pas les mêmes fractures qu'aux États-Unis entre grandes villes et petites localités; entre jeunes et plus âgés; entre hommes et femmes, etc.

Nous ne sommes pas à l'abri du populisme et de la pensée magique, mais je n'arrive pas à voir de fatalité qui nous pousserait vers l'extrême, qu'il soit à gauche, à droite ou comme aux États-Unis, en dessous.

Le filet social public n'est pas parfait et s'est relâché avec les luttes contre les déficits. Il reste des exclus et des oubliés.

Mais il reste une qualité de vie générale et une sécurité que beaucoup pourraient envier.

Voilà. Je crains de m'être un peu égaré. Je ne voulais pas (trop) mêler les choses et faire de raccourcis grossiers.

La détresse personnelle qui conduit des malheureux aux portes de Lauberivière et des oeuvres communautaires a peu à voir avec les grands mouvements d'humeur des jours d'élections.

J'y vois pourtant un fil conducteur.

Lorsque trop de citoyens se sentent inutiles ou exclus, il y a des conséquences collectives (colère, criminalité, racismes, extrémismes, etc.).

Inversement, une société qui accompagne les perdants et les oubliés de l'économie peut espérer une meilleure quiétude et sent moins le besoin de vouloir tout foutre en l'air.

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