Lorsque les femmes étaient un butin de guerre

Le sujet du voile déchire. Beaucoup plaident pour... (AP, Felipe Dana)

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Le sujet du voile déchire. Beaucoup plaident pour la liberté et la tolérance et pensent qu'exclure les femmes voilées ne ferait qu'ajouter à leur isolement. D'autres rejettent une religion qui cherche à s'imposer et ses «symboles» d'asservissement des femmes.

AP, Felipe Dana

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(Québec) CHRONIQUE / La salle était pleine d'hommes et de femmes, quelques-unes voilées, pour entendre le leader musulman Soheib Bencheikh parler de la place des femmes dans l'islam.

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Soheib Bencheikh

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Enfin, c'est ce qu'ils croyaient.

L'invitation venait du groupe féministe nommé Pour les droits des femmes, et le sujet semblait clair, Femmes : le défi de l'islam au XXIe siècle.

On sait combien le sujet déchire. Beaucoup plaident pour la liberté et la tolérance et pensent qu'exclure les femmes voilées ne ferait qu'ajouter à leur isolement.

D'autres rejettent une religion qui cherche à s'imposer et ses «symboles» d'asservissement des femmes.

M. Bencheikh est de cette dernière école. Il prône un islam moderne et libéral; croit que l'État, les écoles et l'espace public doivent être laïques.

Il associe le voile à un islam archaïque, le même qui anime les salafistes et les combattants djihadistes. Il voit le voile comme l'«étendard» d'une idéologie conquérante qui utilise les libertés individuelles de l'Occident comme un cheval de Troie.

D'abord le voile, puis le niqab et le voile intégral. Cela peut conduire à la marginalisation et même à la violence, prévient-il.

La viande halal, l'interdiction de mariage avec un conjoint d'une autre religion et le rejet de l'homosexualité sont aussi des manifestations d'un islam passéiste. Un héritage dépassé des textes et interprétations anciennes du Coran, dit-il.

Venant d'autres, une telle fermeté serait dénoncée comme ignorante, intolérante ou xénophobe. Mais on ne peut pas reprocher à M. Bencheikh d'être hostile à l'islam.

Né de parents algériens, il a longtemps étudié la théologie de l'islam et fut pendant 10 ans le mufti de Marseilles. Un mufti, c'est un interprète officiel de la loi musulmane. C'est celui qui tranche les litiges et émet des fatwas (décrets).

Voilà qui rend son propos si unique et pertinent, nous qui préférons souvent les consensus et l'harmonie aux confrontations directes.

***

Les premières étincelles sont venues à la période des questions.

Je dis «questions», mais ce furent surtout des critiques et des exposés pointus de théologie sur la liberté qu'il est possible de prendre dans l'interprétation du Coran.

À un homme qui insistait sur un passage «incontournable», sa réponse fut cassante : «Si c'est ça l'islam, je ne suis pas musulman.»

La place de la femme dans tout ça?

«Une heure que vous parlez et vous n'avez pas mentionné une seule fois le mot femme», s'est indignée une enseignante. «Vous ne donnez aucune place aux femmes.»

C'était vrai. L'invité avait beaucoup parlé, mais rien sur les femmes alors que ce devait être le propos principal. Plusieurs y ont vu la preuve que l'islam ignore les femmes.

Je penche plutôt pour un malentendu. Bencheikh n'a pas ici la notoriété qu'il a en France, où il a même cherché à être candidat à la présidentielle de 2007.

Ses idées et positions sont peu connues au Québec. Sans doute aurait-il gagné à parler plus vite des femmes et de façon plus explicite. Sauf qu'on ne perdait rien pour attendre.

«C'est vrai, la part de la femme est complètement réduite dans les interprétations anciennes de l'islam», a-t-il convenu. C'est vrai de toutes les religions, a-t-il aussi rappelé. Judaïsme, catholicisme, etc. Le protestantisme serait ici l'exception.

Il a évoqué la «parenthèse de la réforme» pendant laquelle les femmes musulmanes se sont dévoilées.

Du milieu du XIXe siècle au milieu des années 60-70, les femmes au Caire, à Beyrouth, à Alger ou à Tunis n'étaient pas voilées et «vivaient de manière très épanouie».

Ce qui se passe aujourd'hui, dit-il, c'est le retour d'une lecture littérale de textes et d'interprétations anciennes incompatibles avec les valeurs contemporaines.

***

Je suis allé le retrouver après la conférence. Il en a remis.

«Qui prône le voile a un souci malsain et sexualise la relation avec la femme», a-t-il dit.

Sexualise la relation? Ne serait-ce pas plutôt le contraire?

Il a insisté. Le Coran a été écrit, dit-il, à l'époque où les femmes étaient un butin de guerre et où tirer le moindre plaisir de la femme de l'autre, c'était saper son honneur.

C'est dans ce contexte que le Coran a recommandé le voile. L'objectif était de préserver la dignité et la personnalité des femmes, dit-il. Les moyens ont beaucoup changé.

Ce qui permet aujourd'hui aux femmes de protéger leur dignité et leur féminité, c'est l'éducation, dit-il.

«Le voile de la musulmane d'aujourd'hui, c'est l'école laïque, gratuite et obligatoire.»

***

Ce soir-là, à la bibliothèque Monique-Corriveau, je n'ai vu qu'une tête jeune parmi les 120 personnes présentes.

Une étudiante de l'université venue avec sa mère. Cette dernière portait le voile. Pas sa fille. «Je n'ai pas décidé encore», a-t-elle confié.

Toutes deux semblaient déçues. Elles n'avaient pas trouvé ce soir-là ce qu'elles étaient venues chercher. Quoi? Je ne sais trop. Elles non plus, je pense. Et puis qui peut prétendre avoir réponse à tout?

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