Un projet insensé

Moins de 10 % des voitures en mouvement... (Photothèque Le Soleil, Patrice Laroche)

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Moins de 10 % des voitures en mouvement sur la Rive-Nord à l'heure de pointe du matin proviennent de la Rive-Sud - 18 100 sur 194 000.

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(Québec) CHRONIQUE / Le maire Labeaume dit vouloir «livrer bataille pour un troisième lien» à l'ouest, dans le secteur des ponts actuels.

On le voyait venir, mais ce choix déçoit parce que contraire aux objectifs de mobilité durable auxquels dit tenir la Ville de Québec.

À part un sondage suggérant que 70 % des citoyens veulent ce nouveau lien, aucun argument ne justifie le projet. Aucun argument cohérent, je veux dire.

Même les chiffres de la Ville contredisent l'idée qu'un troisième lien puisse soulager la congestion à Québec. 

Moins de 10 % des voitures en mouvement sur la Rive-Nord à l'heure de pointe du matin proviennent de la Rive-Sud - 18 100 sur 194 000.

La plus récente enquête Origine-Destination (2011) montre que plus de voitures «entrent» en ville en provenance de la couronne nord (20 000) que de Lévis. 

Ne faudrait-il un troisième lien vers le nord plutôt que vers la Rive-Sud, ai-je demandé au maire? Ma question n'était pas sérieuse, mais un peu quand même.

Est-ce socialement acceptable de mettre 4 milliards $ dans un troisième lien pour 18 100 voitures? 

Cela représente à peine 7 % des déplacements dans la région à l'heure de pointe. En supposant 1,2 personne par voiture, c'est moins de 3 % de la population totale.

Qu'un nouveau lien soit à l'est, à l'ouest ou n'importe où n'y change rien; ça reste un non-sens. Je ne comprends pas comment le maire, qui dit travailler pour les citoyens de Québec, et non ceux de la Rive-Sud, peut soutenir cette idée.

«Je ne suis pas là pour faire plaisir à tout le monde», a insisté M. Labeaume. Peut-être, mais je ne peux expliquer son virage pour un lien supplémentaire autrement que par le désir de plaire et de calmer les radios.

Le maire présente ce troisième lien comme un «ajout» au Plan de mobilité durable voté en 2011. Ce n'est pas mon avis. Je n'y vois pas un «ajout», mais une négation du Plan et une abdication de ce qui était un de ses grands objectifs : freiner l'étalement urbain. 

Le président du RTC, M. Rémy Normand, dit croire que la congestion est une «démonstration» des impacts de l'étalement urbain. Il a raison.

L'ennui, c'est qu'un troisième lien conduira à plus d'étalement urbain. Si ce n'est pas dans Bellechasse, ce sera dans la Beauce, Lotbinière ou la région de l'Érable. Le hasard veut que ce soit (pour l'instant) la circonscription du ministre des Transports Laurent Lessard.

Une région a besoin d'un réseau minimal de voies rapides pour respirer et se mouvoir. Le pont Laporte a comblé ce besoin. 

Un autre pont nous amènerait dans une autre logique. Celle de la «demande induite» voulant que plus il y a de voies de circulation, plus on se déplace, ce qui finit par congestionner les nouvelles voies.

***

M. Labeaume se défend d'avoir «lancé la serviette» par rapport à l'impact d'un troisième lien sur l'étalement urbain. «La théorie a plein de bon sens», dit-il, mais elle «a ses limites». 

Cette limite, croit le maire, c'est le libre choix des citoyens. «Je ne dirige pas le ministère du plan soviétique... Je ne peux pas décider pour les gens», dit-il.

M. Labeaume ne veut pas empêcher quelqu'un d'aller vivre à Sainte-Catherine, sur la Rive-Sud ou ailleurs.

Je comprends. Mais il ne s'agit pas d'empêcher qui que ce soit de s'installer où il veut. Il s'agit seulement d'assumer les conséquences des choix qu'on fait.

Habiter au centre-ville, c'est assumer qu'il y a plus d'agitation et de promiscuité et moins de pelouse devant la maison.

Se loger plus loin, c'est prévoir qu'il risque d'y avoir de la congestion si on veut traverser le pont ou entrer en ville en même temps que tout le monde à l'heure de pointe. 

***

L'un des mérites de l'exercice de vendredi est d'avoir démontré une fois pour toutes (on l'espère) l'inutilité d'un tunnel à l'est. 

Il ne servirait qu'à relier deux autoroutes (la 20 et Félix-Leclerc) déjà engorgées et ajouterait à la congestion sur le versant est de Québec.

L'autre mérite est pédagogique. Rappeler que la lutte à la congestion doit se mener sur plusieurs fronts : infrastructures (p. ex. : routes), transport en commun (p. ex. : SRB), technologies (contrôle des feux de circulation et diffusion d'infos en direct), aménagement (densification) et comportements humains. 

C'est à ce dernier chapitre que le plan est le plus mince. Outre le covoiturage sur Robert-Bourassa (2014), rien n'apparait dans la liste des projets réalisés ou en cours. 

Rien pour favoriser le télétravail ou l'étalement des horaires de travail ou de cours. Je m'obstine à croire qu'il y a ici un potentiel de résultats rapides et à peu de coûts. 

La Ville dit avoir déjà examiné cette avenue. Je crois qu'elle devrait essayer encore.

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