Projet de monnaie locale à Québec

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(Québec) CHRONIQUE / Des citoyens du centre-ville travaillent à créer une «monnaie locale complémentaire» pour Québec, emboîtant ainsi le pas à plus de 2500 villes d'Europe, d'Asie et d'Amérique.

Cette monnaie pourrait commencer à circuler dans les commerces de Québec dans environ un an, croit le responsable du projet, Laurent Métais.

L'objectif est d'encourager l'achat local et écoresponsable, de resserrer les liens sociaux et de promouvoir une économie où les citoyens ont davantage leur mot à dire.

Le système fonctionne sur une base volontaire et en complémentarité avec la monnaie officielle. 

Habituellement, les monnaies locales s'achètent au pair auprès des organismes ou des banques chargés de les gérer. L'argent obtenu sert à soutenir des projets ou des organismes locaux.

Les commerçants, les professionnels ou les institutions qui acceptent d'être payés en monnaie locale la dépensent à leur tour auprès de producteurs ou de fournisseurs locaux. La roue se met ainsi à tourner. 

La monnaie locale n'ayant de valeur que sur un territoire ciblé, l'argent circule dans la communauté, plutôt que de partir en profits de banques ou de grandes chaînes.

Il n'est pas nécessaire d'avoir une monnaie locale pour faire le choix d'acheter local.  

La recherche en montre cependant l'efficacité pour augmenter les ventes locales, le sentiment d'appartenance et le maillage entre entreprises, rapporte Luc Audebrand, professeur de management à l'Université Laval.

Ces monnaies contribuent aussi à maintenir les petits commerces de proximité qui font la qualité de vie des quartiers.

«Ce n'est pas une révolution ni une recette magique, mais c'est un outil à mettre en lien avec d'autres actions», croit-il.

Plus de 400 citoyens de Québec ont assisté ces derniers mois à des rencontres d'information sur le projet de monnaie. 

La page Facebook Monnaie locale complémentaire à  Québec a récolté 800 mentions «J'aime» et sa page Web, mlcquebec.org, invite à voter pour le nom de la future monnaie : 

  • Le BEC (billet d'échange collectif)
  • L'unité
  • Le BLÉ (bon local d'échange)
  • Le Saint-Laurent
  • La piastre
L'organisme sans but lucratif qui gérera le projet a été enregistré à la fin de l'été, et une assemblée constituante est prévue d'ici deux semaines. 

L'instigateur, Laurent Métais, est animateur à l'Accorderie de Québec, un organisme consacré aux échanges de biens et de services. L'idée lui est venue l'an dernier après avoir vu le film Sacrée croissance!, un documentaire sur les initiatives locales, dans le même esprit que le film Demain encore à l'affiche au cinéma Le Clap.

M. Métais dit «ne pas vouloir aller trop vite» avec la monnaie, voulant rallier «plus de monde et plus de commerces» avant de démarrer. 

Des études suggèrent en effet que pour qu'une monnaie locale fonctionne, il faut commencer gros, idéalement avec de grandes entreprises qui ont pignon sur rue. 

«Il faut une masse critique» avec des joueurs de «tous les secteurs». Idéalement, avec les autorités politiques locales, croit le professeur Audebrand, qui imagine l'effet d'entraînement si le maire de Québec y adhérait.

L'idée des monnaies locales n'est pas nouvelle. Celles-ci ont existé de tout temps. 

Chacune fonctionne avec des règles et des critères propres en fonction des réalités et des besoins du moment. 

Les billets ou les coupons de fidélisation comme le dollar Canadian Tire sont des formes de monnaies locales, bien que l'objectif soit alors commercial plutôt que collectif. 

Dans la plupart des villes, la monnaie est imprimée, mais l'exemple de la monnaie locale électronique lancée ce mois-ci à Le Séquestre, près de Toulouse (le Coopek), pourrait en inspirer d'autres.  

Plusieurs de ces monnaies ont été créées en période de crise (krach boursier en 1929, Grèce en 2012), mais il n'est pas nécessaire que l'économie aille mal.

L'intérêt actuel pour ces monnaies semble stimulé par les préoccupations pour l'environnement et pour une consommation plus responsable.

On y sent aussi une volonté d'échapper (ne serait-ce qu'un peu) à une économie mondialisée sur laquelle les citoyens n'ont pas de prise. 

Il y a encore peu de monnaies locales dans les grandes villes canadiennes, à part Toronto et Calgary, mais l'idée gagne en popularité. Outre Québec, des projets sont en gestation à Villeray (Montréal) et à Sherbrooke. 

Le village de Saint-Jean de Dieu (1600 citoyens), près de Rivière-du-Loup, fut parmi les pionniers au Québec. Son «johannois», créé en 2004, visait à attirer de nouveaux résidents et à stimuler l'achat local. 

Des marchands y ont remis des rabais en monnaie locale et jusqu'à l'hiver dernier, la municipalité remboursait en «johannois» la taxe de bienvenue des nouveaux arrivants. Le gouvernement l'a forcée à y mettre fin, le remboursement de taxes n'étant pas légal.

Plus récemment, la Gaspésie a créé son «demi» (billet de 20 $ déchiré en deux) pour encourager l'achat local. 

L'une des histoires à succès des monnaies locales est celle de Bristol au Royaume-Uni. Depuis 2012, plus de 800 marchands et entreprises acceptent la «livre de Bristol» en plus de la «livre sterling». 

Il est désormais possible de faire des achats, de payer des loyers, les billets d'autobus ou ses taxes municipales avec des livres de Bristol. 

L'ancien maire George Ferguson avait accepté que la totalité de son salaire lui soit versée en monnaie locale. 

L'exemple est d'autant plus intéressant que Bristol est d'une taille comparable à Québec avec une population de 430 000 personnes, 1 million avec la région.

Histoire à suivre. La prochaine rencontre d'information publique sur le projet de Québec a lieu ce jeudi, à 19h, au 151 A, rue Saint-François, dans Saint-Roch.

L'étonnant succès d'un film qui parle de changer le monde

Le succès du documentaire Demain à l'affiche à Québec depuis 22 semaines continue de surprendre et traduit l'intérêt grandissant des citoyens pour des modèles «alternatifs».

Ce film raconte des projets et des initiatives menés dans des collectivités locales d'une dizaine de pays.

Sans réalisateur ou acteur vedette ni grande publicité, Demain a dépassé toutes les attentes habituelles pour un documentaire, qui tiennent rarement plus de quelques semaines. 

Selon Cinéac qui compile les entrées, Demain est le plus gros succès documentaire au Québec depuis Dérapages de Paul Arcand en 2012 qui avait eu une grande visibilité et fait le plein de publics scolaires à la veille des bals de finissants.

Demain a amassé des revenus de 476 368 $ (Dérapages en avait eu 694 191 $) 

Lorsque je suis allé voir Demain dimanche dernier, il y avait une vingtaine de spectateurs dans la salle du Clap, dernier cinéma au Québec à le présenter encore. Je n'ai vu personne partir avant la fin. 

Le film de Cyril Dion et de Mélanie Laurent est découpé en chapitres : agriculture, énergie, économie, démocratie, éducation.

C'est un véritable plaidoyer pour la diversité et la prise en charge à l'échelle locale. 

On y voit des quartiers transformés en jardins-potagers à même des espaces perdus ou vacants; on y voit Copenhague rouler à vélo et des citoyens participer aux décisions locales.

On y décrit l'utilité des monnaies locales pour soutenir l'achat maison et réduire la distance entre les aliments et l'assiette. On visite des écoles de Finlande qui obtiennent de meilleurs taux de réussite avec moins de stress. 

Le film a gagné le César 2016 du meilleur documentaire et a été vu par un million de personnes en France.

«Sa grande particularité est que film n'est pas moralisateur», observe Robin Plamondon, directeur général et copropriétaire du Clap. 

Un film «très positif», dit-il, qui montre des «solutions à portée de main» pour «changer le monde».

Ça tombe pile avec la philosophie de ce cinéma «alternatif» de Sainte-Foy qui ne vise pas seulement à divertir, mais à faire réfléchir. 

Pas pour rien que Le Clap cherche à le maintenir en vie le plus longtemps possible.

Cela dit, aucun cinéma ne garde un film à l'affiche devant des salles vides. Si Demain est encore là, c'est parce que le public y est encore.

Ce ne fut pas la ruée comme vers les documentaires spectaculaires. Ça ressemble plus à une course de fond. Un «film à développement durable», oserais-je dire. 

Ça explique que Demain en soit à 22 semaines au Clap, là où Dérapages de Paul Arcand a fait 5 semaines et le brûlot Fahrenheit 9/11 en a fait 13.   

L'époque des documentaires-spectacles et «sans objectivité» est peut-être révolue, pense M. Plamondon. «On a passé ça.» 

Dans Demain, il n'y a «pas d'intentions malsaines», dit-il. «On ne sort pas déprimé ou avec l'envie d'éteindre les lumières» parce qu'il n'y a plus rien à faire. 

On en sort au contraire avec l'envie de changer des choses. Les gens y trouvent des idées, repartent avec l'envie de les mettre en application. Ils en parlent autour d'eux, reviennent parfois voir le film.

«On devrait obliger tous les élus et les fonctionnaires de la ville à voir ce film», m'avait suggéré mon collègue Éric Moreault dans le courriel où il me pressait d'aller voir le film. 

J'aime cette suggestion. Il suffirait qu'un élu ou un gestionnaire découvre un autre angle pour voir les choses ou retienne une ou deux idées nouvelles pour que ça ait valu la peine.

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