Et si les suspects avaient été blancs?

L'Université Laval a rehaussé les mesures de sécurité... (Le Soleil, Jean-Marie Villeneuve)

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L'Université Laval a rehaussé les mesures de sécurité dans les résidences du campus.

Le Soleil, Jean-Marie Villeneuve

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(Québec) CHRONIQUE / Et si les suspects avaient été blancs, qu'est-ce que ça changerait à l'histoire?

Ça ne changerait rien. Rien et beaucoup.

Rien, parce qu'un crime reste un crime, peu importe la couleur de la peau ou la religion de l'agresseur, ou de ses victimes.

Et peu importe que les portes des chambres du pavillon Parent aient été verrouillées ou pas.

L'enquête policière a beaucoup progressé ces derniers jours et l'arrestation de suspects aura (à tort ou à raison) un effet rassurant sur le campus.

Il manque cependant beaucoup d'informations essentielles pour comprendre ce qui s'est passé cette nuit-là.

Qu'autant de portes aient été forcées et/ou d'agressions commises dans un même lieu sans que personne puisse trouver de l'aide ou puisse intervenir est intrigant.

Sur chacun des 10 étages du pavillon Alphonse-Marie-Parent, il y a deux ou trois «conseillers-terrain» désignés par l'Université. Ces étudiants sont connus de leurs pairs et formés pour répondre à leurs besoins et les diriger vers les ressources appropriées. Ces «conseillers» assument en principe des tours de garde 24 heures sur 24.

Le Directeur des poursuites criminelles et pénales et éventuellement les tribunaux décideront de la suite des choses.

L'Université Laval souhaite que ces arrestations ne signifient «pas la fin de cette histoire», mais le début d'un «mouvement plus large... pour faire cesser une fois pour toutes les violences sexuelles».

On peut se réjouir que l'Université ne cherche pas juste à tourner la page au plus vite et veuille contribuer au «dialogue amorcé cette semaine», après qu'elle ait été beaucoup critiquée pour les ratés de ses communications.

On aura aussi noté qu'après s'être octroyé avec arrogance une note de 9,5 sur 10 pour sa gestion de crise, la direction de l'Université dit aujourd'hui vouloir tirer des leçons de ce qui s'est passé.

L'histoire aurait-elle été différence si les suspects avaient été blancs? Oui et non.

Les histoires d'agressions à caractère sexuel sont délicates. Encore davantage quand on entre sur le terrain miné des origines ethniques et des religions.

On ne sait rien encore des convictions et des parcours personnels des suspects arrêtés à l'Université Laval. Et bien peu des faits reprochés. On se gardera de conclure trop vite.

Il est facile de faire des amalgames comme il est facile de dramatiser et de crier à une «culture du viol» dont nous serions tous complices.

C'est la bonne semaine pour savoir qu'il n'est pas nécessaire de venir de loin pour se retrouver au coeur d'une tourmente à caractère sexuel. Il peut suffire d'être député à l'Assemblée nationale. Ce qui ne nous autorise pas non plus à généraliser.

L'origine des suspects n'a peut-être rien à voir avec les gestes posés.

Et même si c'était le cas, l'origine ethnique ou la religion ne pourront jamais être une excuse.

Savoir qu'un agresseur a grandi dans une culture qui banalise la violence faite aux femmes pourrait cependant aider à comprendre ce qui s'est passé.

Aider surtout à mieux intervenir auprès des étudiants étrangers et nouveaux venus pour s'assurer qu'ils comprennent et respectent nos valeurs collectives.

Fallait-il dire que les suspects recherchés n'étaient pas des Blancs?

Des étudiants de l'Université ont reproché à la police d'avoir divulgué cette information. Cela a pour effet de stigmatiser les étudiants de couleur ou d'origine étrangère, perçoivent-ils. C'est un risque en effet.

Mais il y a des circonstances où ces informations peuvent et, parfois, doivent être diffusées. Quand la police fait appel au public pour trouver un suspect, il est utile de savoir si celui-ci est gros, grand, chauve, de peau noire ou s'il était vêtu d'un manteau rose avec des pois verts.

C'est sans doute moins utile et plus discutable lorsque la police a déjà identifié son suspect et n'attend que l'occasion de l'intercepter.

Je ne sais pas où en était l'enquête quand la police a «échappé» l'information sur la couleur de la peau des suspects; il est donc difficile de porter un jugement.

Le fait que l'un des suspects habitait la résidence où les agressions ont été commises rappelle les limites et la relativité des mesures de sécurité.

Même le système le plus étanche ne peut empêcher d'entrer quelqu'un qui est déjà là.

Ça n'a pas empêché l'Université de rehausser les mesures de sécurité dans les résidences du campus. Sans doute était-ce devenu inévitable, mais c'est dommage.

Encore heureux que personne n'ait remis en question la mixité de ces résidences. Trois de celles de Laval sont mixtes, avec des étages hommes et femmes; une seule est réservée aux femmes.

Dans un pavillon multiethnique comme le Alphonse-Marie-Parent, la cohabitation hommes-femmes renforce le message d'une société égalitaire.

On a appris cette semaine que la porte du pavillon et celles des chambres n'étaient pas toutes verrouillées. Je n'ai pas entendu que les étudiantes s'en plaignaient (jusqu'à la semaine dernière).

Cela en dit long sur le sentiment de sécurité à l'Université Laval et sur la qualité du «vivre-­ensemble» qu'on y trouve. C'est ce que j'ai le goût de retenir au-delà de ce qui s'est passé cette nuit-là.

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