Les mauvais réflexes

La direction de l'Université Laval, le recteur Denis... (Le Soleil, Jean-Marie Villeneuve)

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La direction de l'Université Laval, le recteur Denis Brière en tête, aurait dû se manifester plus vite et avec plus de conviction.

Le Soleil, Jean-Marie Villeneuve

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(Québec) CHRONIQUE / Inutile d'en remettre sur l'ineptie du recteur Denis Brière et de la direction de l'Université Laval dans les communications sur les récentes agressions dans une résidence étudiante.

Lorsque même le premier ministre Couillard paraît plus empathique et empressé que vous, c'est dire à quel point vous avez été mauvais.

Cela dit, on est loin de la «trahison institutionnelle» décrite dans la recherche scientifique aux États-Unis. De cette mauvaise foi et de l'incompétence dans les réactions aux agressions sexuelles.

On pense ici à l'étudiante Lizzy Seeberg, 19 ans, poussée au suicide à cause du harcèlement, des pressions et de l'abandon subis après qu'elle eut porté plainte pour agression sexuelle contre un joueur de football de l'Université Notre Dame (Indiana).

La police locale et la direction de l'université avaient alors failli à leurs devoirs, préférant protéger leur image et ne pas priver l'équipe d'un joueur vedette. Mal leur en prit.

Je crois qu'on est loin aussi d'une «culture du viol», expression désormais en vogue pour décrire l'incapacité des universités à faire cesser les initiations dégradantes et le harcèlement sexuel sur les campus.

Je comprends qu'on veuille attirer l'attention en choquant, mais le choix des mots a aussi son importance.

L'inacceptable doit être dénoncé, mais le mot «culture» suggère que le viol et ses dérivés seraient l'attitude dominante sur les campus et que les autorités les tolèrent. J'aime croire que ce n'est pas le cas.

***

On convient tous que la direction de l'Université Laval aurait dû se manifester plus vite et avec plus de conviction. Montrer un peu de coeur et d'empathie et un peu moins de suffisance.

Pas tant pour les victimes. Celles-ci ont davantage besoin du réconfort des proches, de pairs ou de ressources professionnelles que de celui d'un recteur.

Mais parce qu'une institution doit envoyer un message fort que ces choses ne sont pas banalisées. C'est raté.

Cette insensibilité est d'autant plus inexplicable que le sujet était déjà dans l'actualité.

M. Brière avait lui-même participé vendredi dernier à une rencontre des recteurs visant à essayer de contrer les abus d'alcool et les initiations à caractère sexuel sur les campus.

Les agressions au pavillon Parent sont cependant d'une autre nature. On n'en connaît pas encore le détail mais il s'agit d'un événement d'exception.

Une quinzaine de plaintes au même endroit et au même moment, ce n'est pas le profil habituel des agressions ou du harcèlement sexuel où les victimes connaissent leur agresseur.

L'éducation et la prévention peuvent aider à mettre fin à des comportements chroniques ou qui se répètent. C'est plus difficile d'agir pour les cas rares ou uniques, croit la professeure Francine Lavoie, de l'École de psychologie de l'Université Laval. Mme Lavoie termine bientôt une recherche sur la violence sexuelle sur les campus universitaires. On saura peut-être mieux alors de quoi on parle.

***

Depuis la fin de semaine, le réflexe de plusieurs a été de réclamer un rehaussement de la sécurité dans les résidences étudiantes.

Je veux bien, mais il restera toujours une part de risque.

Il semble raisonnable, surtout la nuit, de limiter l'accès aux seuls résidents qui ont la clé ou une carte magnétique. Ce sont des contrôles qu'on trouve souvent dans les immeubles à logements ou à condos «civils».

Cette pratique élémentaire n'était pas appliquée avec rigueur au pavillon Parent, ont rapporté des étudiants.

Il semble raisonnable aussi d'avoir des caméras, des patrouilles de sécurité et de rappeler aux étudiants qu'il vaut mieux verrouiller la porte de leur chambre.

Peut-on aller au-delà sans empoisonner la vie quotidienne des résidents? C'est l'éternel dilemme de la sécurité : trouver un équilibre entre la protection et la liberté.

Une université n'est pas une prison ou un aéroport. Ne laissons pas un événement isolé, aussi grave et préoccupant soit-il, changer la nature des choses.

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