L'occasion ratée

Au lendemain d'une manifestation citoyenne visant à s'opposer... (Patrice Laroche)

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Au lendemain d'une manifestation citoyenne visant à s'opposer à sa démolition, le Centre Durocher, dans le quartier Saint-Sauveur, a été pris d'assaut par la machinerie lourde, mercredi matin.

Patrice Laroche

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(Québec) CHRONIQUE / La démolition du Centre Durocher n'est pas une catastrophe sociale ou urbaine et il n'y a pas d'hérésie à construire des logements sociaux pour familles près du parc et de l'école de quartier.

On ne peut donc pas parler d'un mauvais projet. Je parlerais plutôt d'une occasion perdue de transformer l'immeuble en un lieu attractif, consolidant du coup le vieux coeur du quartier Saint-Sauveur.

La demi-portion de bibliothèque prévue au rez-de-chaussée du futur immeuble aura une utilité de voisinage, mais pourra difficilement prétendre à créer cette attractivité.

Transformer le vieux centre en un lieu de culture et de rassemblement, comme l'ont proposé des citoyens, aurait sans doute eu un impact.

L'élan commercial de la rue Saint-Vallier y aurait gagné davantage. Encore aurait-il fallu que des organismes culturels se manifestent et acceptent d'y payer un loyer.

En choisissant d'éparpiller les services du Centre Durocher, Québec bouscule l'histoire et force le quartier Saint-Sauveur à trouver d'autres repères et lieux de rencontres.

Ce n'est pas impossible. Les quartiers sont des organismes vivants en constante mutation. Des secteurs s'éteignent, d'autres s'animent. C'est la vie des villes.

Mais forcer les choses ne se fait pas sans heurts. Le bâtiment de briques jaunes de la rue Carillon a nourri pendant 60 ans les souvenirs et les émotions du quartier. «Ce n'est pas le bâtiment le plus évocateur du style art déco à Québec», a rappelé cet été l'architecte et professeur Jacques Plante.

M. Plante plaidait cependant pour la conservation et la transformation de ce «lieu unique de convergence».

Robert Lepage raconte un événement au Centre Durocher dans sa récente (et extraordinaire) pièce 887 où il explore la mécanique de la mémoire.

Pas étonnant que des citoyens et militants communautaires y soient attachés et résistent à sa démolition. La réaction est légitime. Inévitable même.

D'un point de vue pragmatique, les citoyens de Saint-Sauveur n'y perdent pourtant rien. Sinon une salle de quilles et des espaces de réunion.

Pour le reste, les services du Centre Durocher ont été délocalisés dans le quartier, souvent pour le mieux.

La garderie qui comptait 20 places en aura 60 au Centre Édouard-Lavergne.

Les services de loisirs déménagés un demi-kilomètre plus à l'ouest au Centre Monseigneur-Bouffard profitent d'un gymnase et de locaux plus adéquats. La fréquentation est depuis en hausse.

Rénover, mettre aux normes et agrandir le Centre Durocher pour des usages communautaires et de loisirs aurait coûté 24 millions $, selon une analyse interne de la Ville (2011). Le chiffre est contesté par des opposants et je ne sais pas ce qui en est vraiment.

Ce qui est connu, c'est que la Ville n'a pas souhaité dépenser autant pour maintenir un centre communautaire dans un quartier où il y en avait déjà trois autres, pas toujours occupés pleinement. C'est un argument de gestion fort valable. Ceux qui paient des taxes devraient y être sensibles.

La transformation éventuelle de l'église Saint-Sauveur en lieu mixte de culte et de diffusion culturelle pourrait par ailleurs répondre au besoin d'une grande salle de rencontre.

L'idée a été lancée la semaine dernière par l'administration Labeaume, en réponse aux citoyens qui demandaient que le Centre Durocher devienne une maison de la culture.

Pour l'instant, l'idée de l'église n'est qu'embryonnaire, pour ne pas dire improvisée. Tellement que même le curé n'avait pas compris que la Ville avait des projets pour son église, lorsque des journalistes l'ont interrogé il y a quelques jours. Cela dit, l'idée mérite d'être analysée.

Si le bâtiment du Centre Durocher était un repère pour son quartier, l'église Saint-Sauveur (150 ans) l'est certainement aussi. Trouver un usage permettant de la conserver et d'y ramener une vocation rassembleuse serait une bénédiction pour le quartier.

Parmi les regrets de ce débat sur le Centre Durocher, je retiens l'incapacité de l'administration Labeaume à installer un dialogue fécond avec les acteurs les plus militants du quartier Saint-Sauveur.

Il faut bien sûr être deux pour dialoguer. L'intensité des plaidoyers des opposants ne facilite pas toujours ce dialogue, mais c'est trop facile de prendre prétexte de leurs velléités politiques pour refuser d'échanger.

L'argument voulant que le projet de maison de la culture soit arrivé trop tard pour être considéré a aussi ses limites. On a vu le maire et son administration faire assez de virages à 180 degrés pour savoir que c'est faisable.

Je le redis. Construire du logement social à côté du parc Durocher, dans un quartier qui en a besoin, n'est pas une mauvaise idée, au contraire.

La question qui chicote est plutôt celle-ci : était-ce vraiment le meilleur projet possible étant donné l'histoire et la géographie du quartier? Faute d'avoir analysé d'autres scénarios, on restera avec des doutes.

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