Et si ce troisième lien était un métro?

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Puisqu'on a l'air de tenir à continuer à parler d'un troisième lien et qu'il ne semble pas y avoir de projet trop gros pour être hors d'ordre, pourquoi ne songerait-on pas à une ligne de métro Québec-Lévis?

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(Québec) CHRONIQUE / Quelques sondages sur le troisième lien ont suffi à virer à l'envers la ville, son maire et maintenant le gouvernement Couillard, au mépris des faits et du gros bon sens. 

Comme si un troisième lien devenait l'urgence nationale et qu'il faille s'y consacrer toutes affaires cessantes.

Si on veut écouter les sondages pour gouverner la province ou la ville, assurons-nous au moins de poser la bonne question.

Je vous propose celle-ci : êtes-vous en faveur d'un troisième lien Québec-Lévis à 4 milliards $ qui ne réglerait pas les problèmes de congestion?

Je vous prédis un résultat différent de ceux obtenus ces derniers jours par le Journal de Québec et le FM93, où l'appui à un troisième lien dépasse les 75 %. Ce serait un non, sans appel. 

Vous trouvez ma question tendancieuse? Elle l'est. 

Mais celles des récents sondages ne le sont-elles pas aussi lorsqu'elles posent comme prémisse qu'un troisième lien routier réduirait les problèmes de circulation dans la région de Québec? C'est avec cet espoir que les citoyens ont répondu oui à l'idée d'un troisième lien. Ce «fait» n'est pourtant soutenu par aucune étude sérieuse sur l'origine-destination des déplacements actuels. 

Je ne vois toujours pas à qui, à part à une minorité, servirait ce troisième lien et pour aller où. 

C'est de la pensée magique de croire qu'un lien excentrique à l'est puisse apaiser la circulation sur Félix-Leclerc, Charest, Laurentienne, Laurier, Robert-Bourassa ou même sur les ponts.

Il est d'ailleurs démontré que les villes n'arrivent pas à régler leurs problèmes de circulation en ajoutant des autoroutes. On aura beau les élargir et les allonger, elles finiront toujours par se remplir.    

Si on veut une réponse crédible à des sondages sur un troisième lien, disons la vérité aux répondants et posons des questions qui s'appuient sur des hypothèses valides. On leur demandera ensuite s'ils croient que ça vaut 4 ou 5 milliards $.

Opposer en sondage le scénario d'un troisième lien à celui d'un service rapide par bus (SRB) et en déduire la «priorité régionale» ne nous éclaire guère davantage. 

Il faudrait ici aussi être naïf pour croire qu'un SRB (ou même un tramway) réglera les problèmes de congestion de Québec. Ce n'est pas arrivé dans d'autres villes qui ont fait ces choix. 

Ce qu'on peut cependant dire sans se tromper, c'est que ça aurait été pire sans SRB ou tramway. On ne peut en dire autant des autoroutes. C'est facile à comprendre. Les citoyens qui adoptent ces nouveaux transports en commun ne sont pas en auto sur les routes à ajouter au trafic.

Un SRB peut convaincre des citoyens de délaisser l'auto s'ils voient que c'est plus efficace et rapide pour aller à destination. C'est un pari qui en vaut la peine et mérite qu'on garde le cap et si possible qu'on accélère sa mise en service, même si ce n'est pas une solution magique. 

Les partisans d'un troisième lien autoroutier dans l'est ou ailleurs semblent par ailleurs oublier que leur pont ou leur tunnel devra être branché sur des autoroutes. 

Si ce n'est pas le cas, on précipiterait les usagers dans les rues locales incapables d'absorber le nouveau trafic et notre troisième lien serait embourbé dans le temps de le dire. 

Cela limite les possibilités de rapprocher un troisième lien du centre-ville, sans parler des autres contraintes (impossibilités?) techniques et conséquences sur l'étalement urbain.

Ébranlé par les récents sondages, le maire Régis Labeaume promet de revenir dans quelques semaines avec un plan pour la mobilité et un troisième lien. 

Voici que le premier ministre Couillard nourrit à son tour la surenchère en appuyant ce troisième lien entre les rives, sans préciser quoi, quand, où, comment et à quel prix. 

On ne s'étonne presque plus des brusques virages du maire sur les enjeux de transport. Il y a quelques semaines à peine, il mettait en garde contre le «piège à cons» d'un troisième lien.

La conversion soudaine du premier ministre surprend davantage, à moins que l'objectif ait été de prendre un peu de chaleur à la place de son ministre des Transports.   

Malgré l'ambiguïté de sa posture, le maire Labeaume a cependant raison de rappeler qu'il n'y aura pas de solution unique aux problèmes de congestion. Ni de solution miracle. Il faudra un ensemble d'interventions.

Puisqu'on a l'air de tenir à continuer à parler d'un troisième lien et qu'il ne semble pas y avoir de projet trop gros pour être hors d'ordre, je soumets celui-ci à vos réflexions : une ligne de métro Québec-Lévis.

Un lien direct sous le fleuve. Une station sur la colline parlementaire; une autre à Lévis, près du campus Desjardins par exemple, où on pourrait rabattre les parcours d'autobus et le SRB. J'y verrais aussi des stationnements incitatifs.

On parle ici d'un lien rapide et sans détour, à l'abri de la congestion et des intempéries. Un lien qui ne défigurerait pas le paysage par de nouvelles bretelles d'autoroute. 

Un lien qui servirait l'image de modernité et de grandeur que cherche à se donner Québec. 

Un lien qui aurait le mérite de ne pas ajouter au trafic actuel et de ne pas encourager l'étalement et la pression sur les terres agricoles de la Rive-Sud.

Un lien suffisamment attractif et efficace pour penser que beaucoup de citoyens seraient contents de mettre de côté la voiture pour traverser le fleuve.

Des profs de génie civil de l'Université Laval avaient exploré en 1987 l'idée d'un réseau de métro sur les deux rives dont une ligne sous-fluviale vers la colline parlementaire. 

L'idée n'est pas allée plus loin, mais je vous cite ici un passage de la recherche de Y. M. Giroux, A. Picard et D. Beaulieu qui fait réfléchir :

«Le lien routier direct est à toutes fins utiles devenu un anachronisme, car les conséquences d'un tel lien sur la ville de Québec sont trop graves pour que ça devienne une solution.»

Je n'ai aucune idée de la faisabilité technique d'une telle ligne de métro ni de l'achalandage qu'on y trouverait et encore moins des coûts (probablement astronomiques) de construction. On parle pour parler. 

Et pour ceux qui seraient déçus d'un troisième lien sans auto, on pourrait s'assurer que le métro permette d'y écouter la radio.

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