Rentrée d'automne 2015 record pour les arts de la scène

Quelques années seront nécessaires pour bien évaluer l'impact... (Le Soleil, Jean-Marie Villeneuve)

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Quelques années seront nécessaires pour bien évaluer l'impact du Centre Vidéotron.

Le Soleil, Jean-Marie Villeneuve

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(Québec) CHRONIQUE / Le nouvel amphithéâtre a fait bondir les ventes de billets de spectacle à Québec sans que les autres diffuseurs semblent en souffrir.

Les chiffres des six premiers mois suivant l'ouverture sont impressionnants, mais il est encore tôt pour en tirer des conclusions définitives. Il suffit souvent de quelques spectacles en plus ou en moins pour chambouler les statistiques. 

Quelques années seront nécessaires pour bien évaluer l'impact du Centre Vidéotron. En attendant, on peut déjà tirer quelques constats : 

1. Plus grosse rentrée culturelle d'automne en 10 ans à Québec

Québec a connu en 2015 la plus grosse rentrée d'automne depuis que l'Institut de la statistique compile des données régionales sur les arts de la scène (2006). 

La tendance générale des assistances aux spectacles dans la région de la capitale était à la hausse depuis 10 ans, mais l'ouverture de l'amphithéâtre leur a fait faire un bond important (voir le tableau). 

On verra avec le temps s'il s'agissait d'une année d'exception ou du début d'un temps nouveau.  

Lors de la rentrée d'automne 2015, le Centre Vidéotron a accaparé plus de 22 % des parts de marché du spectacle à Québec avec 85 486 billets vendus. 

La seule nuance dans cette valse de records est le segment septembre-octobre 2012 où les ventes et les revenus de billets étaient plus élevés que ceux de 2015.

Cela s'explique par le spectacle de Madonna qui a rassemblé 70 000 personnes sur les Plaines le 1er septembre 2012. Le spectacle a été inscrit dans les statistiques d'automne, mais dans les faits, c'était davantage un spectacle de fin d'été. 

2. L'arrivée de l'amphithéâtre n'a pas été la catastrophe redoutée pour les autres salles de spectacle

Ce fut «business as usual... pas de changement majeur dans l'écologie du spectacle à Québec», perçoit Marc Gourdeau, président du Conseil de la culture.

On ne connaît pas les chiffres de vente de chaque salle (hormis pour l'amphithéâtre qui fait rapport à la Ville et quelques salles publiques, comme le Grand Théâtre).

L'Institut de la statistique reçoit les chiffres de tous les diffuseurs et en tire des statistiques générales, mais il est lié à des ententes de confidentialité.

Pour les détails, il faudrait questionner chacun des diffuseurs, mais pour l'heure, aucun ne s'est plaint publiquement d'avoir souffert de l'amphithéâtre.

Le meilleur indicateur de la santé des arts de la scène, c'est les taux d'occupation des salles, croit M. Gourdeau. Ces taux fluctuent selon les mois et les années. Dans la région de Québec, ils se promènent généralement entre 60 % et 70 %. 

Il n'y a pas eu de variations subites dans les six mois suivant l'ouverture de l'amphithéâtre.

La principale crainte des diffuseurs était que l'amphithéâtre multiplie les «petites jauges», ce qui en aurait fait un concurrent direct des autres salles.

Ce n'est pas arrivé. Le résultat mitigé de Gentleman Forever (Corneille, Garou, Voisine) a d'ailleurs montré les limites d'un spectacle «intimiste» dans une salle trop grande. 

Lorsque Gentleman est revenu à Québec au printemps, il s'est plutôt installé pour deux soirs au Grand Théâtre, une salle plus appropriée pour l'atmosphère recherchée.

3. Il faudra quelques années pour mesurer l'impact de l'amphithéâtre

Le Conseil de la culture est en «mode évaluation» et ne tire encore aucune conclusion de la venue du Centre Vidéotron. Pas avant «trois, quatre ans minimum».

Les premiers chiffres sont prometteurs, mais l'Institut de la statistique fait la même mise en garde. 

L'offre de spectacles varie tellement d'un mois à l'autre que toute évaluation sur une courte période est fragile. 

Cette offre ne dépend pas seulement de la volonté des producteurs, mais aussi des horaires de tournée et de la disponibilité des artistes.

Il suffit d'un ou de deux spectacles sur les Plaines ou d'une série à succès (Cirque, Cavalia, Elvis Story, Céline Dion, etc.) pour déformer les statistiques.

L'offre de gros spectacles au Centre Vidéotron à l'automne 2015 (Metallica, Madonna, Shania Twain, etc.) a dopé les chiffres d'assistance, mais on sent que le rythme est déjà plus lent cet automne. 

Dans les faits, il y a eu moins de représentations à Québec à l'automne 2015 (686) que la moyenne des neuf années précédentes (730). 

Cette baisse s'explique par une offre très faible en novembre-décembre 2015 (356), la plus faible en 10 ans.  

Le climat et l'état de l'économie ont aussi une incidence. 

L'hiver doux de 2016 a probablement encouragé les citoyens à sortir davantage. Un hiver à pierre fendre pourrait avoir un effet contraire. Il faudra une plus longue période pour déceler des tendances.

4. Le «dollar-loisir» des citoyens est peut-être plus élastique qu'on le pense

Les grands spectacles au Centre Vidéotron ne semblent pas avoir fait de dommages collatéraux.

Cela suggère que les citoyens avaient une marge de manoeuvre plus grande qu'on le croyait pour leur «dollar-loisir», qu'on pourrait aussi appeler leur «enveloppe discrétionnaire».

Les citoyens semblent avoir réussi à se payer de nouveaux spectacles, souvent à gros prix, sans renoncer à ceux qu'ils allaient déjà voir. 

Ce qui est plus difficile à mesurer, c'est ce qu'ils ont coupé ailleurs (restos, bars, biens de consommation, sports, voyages, etc.) pour aller davantage au spectacle. 

Il y a ici une évidence économique incontournable : l'argent dépensé à l'amphithéâtre n'a pas été dépensé ailleurs. Il y a nécessairement des «perdants» quelque part.

S'appuyant sur la base de données de Ticketmaster et sur les informations recueillies lors des commandes téléphoniques, Québécor estime que 30 % des spectateurs à l'amphithéâtre sont venus de l'extérieur de Québec. 

Il s'agit alors chaque fois «d'argent neuf» dépensé à Québec et non pas d'un déplacement de dépenses locales. Les «perdants» alors sont les commerces de l'extérieur qui voient une partie de leur chiffre d'affaires partir pour Québec.  

5. La venue de l'amphithéâtre a resserré le milieu du spectacle.

Inquiets de l'arrivée de l'amphithéâtre, des compagnies et des diffuseurs de Québec se sont serré les coudes.

«On travaille plus ensemble», rapporte Marc Gourdeau. Il évoque des promotions croisées et un «effet d'émulation». «Quand on commence fort [une saison] il y a un buzz.»  

«Au-delà des statistiques, il y a un effet positif» à la venue de l'amphithéâtre, perçoit M. Gourdeau.

L'épreuve des faits

Les billets vendus à l'amphithéâtre en 2015

Déclarations : 

Les chiffres d'assistance compilés à partir de reportages des médias et de déclarations de Québecor suggèrent que 100 000 personnes ont assisté à la dizaine de spectacles de l'automne 2015.

Cent mille, c'est aussi le chiffre de vente de billets avancé devant les médias par le directeur de l'époque, Benoit Robert, le 10 décembre 2015. 

Les faits : 

Le rapport à la Ville fait état de 85 486 billets vendus pour une redevance totale de 333 572 $. 

Lorsque M.Robert a parlé de 100 000 billets vendus, il aurait été pus juste de dire 100 000 visiteurs. Parmi ceux-ci, on compte les billets réservés à la production (artiste, gérance, promoteur, etc.), à la promotion (concours, publicité, commandites, etc.), aux médias, aux personnes présentes dans les loges et les billets de courtoisie distribués par le promoteur.

Les Remparts et les redevances sur les billets 

Déclarations : 

L'opposition et des citoyens se sont étonnés qu'aucune redevance ne soit perçue sur les billets des Remparts. Ils ont allégué que rien dans les contrats ne permettait cette exemption.

Les faits :

Le «Bail spectacle-événements» signé en 2011 prévoyait bel et bien que les «Activités des Remparts» soient exclues des charges de billets, dans l'éventualité l'équipe s'installerait à l'amphithéâtre (article 1.3).

Dans le cas contraire, les redevances auraient pu atteindre près de 400 000 $ juste pour 2015, considérant que les Remparts ont vendu pendant cette période 225 000 billets au coût moyen 16 $ à 19 $. 

Les Remparts sont propriété de Québecor depuis le 17 novembre 2014. 

Le déficit d'exploitation de l'amphithéâtre

Déclarations : 

«Ça a toujours été évident pour nous que, dans les quatre premiers mois, ils ne feraient pas de bénéfices... On n'a jamais pensé que les loyers nous seraient livrés après quatre mois» (Régis Labeaume, 21 juin 2016). Le maire a aussi indiqué ne pas s'attendre à des profits avant «au moins trois ans».

 Les faits : 

  • Les scénarios financiers diffusés par la Ville depuis 2011 ont toujours montré des prévisions de revenus de loyer (2,94 millions $ par an) pour l'amphithéâtre. 
  • Le budget municipal déposé le 8 décembre 2014 prévoyait des revenus de 1,3 million $ pour les trois premiers mois de l'amphithéâtre, dont 730 000 $ en loyer. Comme prévu au contrat, la Ville a dû rembourser à Québecor les 730 000 $ de loyer, l'amphithéâtre ayant terminé l'année 2015 avec un déficit. On m'a confirmé que la Ville n'avait fait «aucune prévision de dépenses pour rembourser la contribution au déficit de 2015», ce déficit n'ayant été constaté que plus tard, au printemps 2016.
  • Le budget déposé le 7 décembre 2015 prévoit à nouveau des revenus de loyer pour l'amphithéâtre en 2016. Au total, la Ville prévoit des revenus de loyer et des charges sur les billets de 3,5 millions $, soit 2,2 millions $ de plus que dans le budget 2015. Il n'apparaît aucune prévision de dépense pour rembourser le loyer advenant un nouveau déficit d'exploitation.

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