Cet été de 1968 où est né le Festival d'été

Le budget du Festival d'été est estimé à... (Photothèque Le Soleil, Jean-Marie Villeneuve)

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Le budget du Festival d'été est estimé à 25 millions $. Lors de la première présentation de l'événement en 1968, il était de 17 000 $.

Photothèque Le Soleil, Jean-Marie Villeneuve

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Festival d'été

Qu'il s'agisse de la programmation, des artistes qui viendront et des performances qu'ils offriront, vivez le Festival d'été de Québec au jour le jour avec l'équipe du Soleil. Ce rendez-vous culminera du 7 et 17 juillet 2016. »

(Québec) CHRONIQUE / Il faut revenir à la fragilité de la première édition du Festival d'été de Québec, en 1968, pour prendre la pleine mesure de l'engagement annoncé cette semaine par Bell : une commandite record de 35 millions $ pour 10 ans, dont près des trois quarts en argent.

Une consécration inespérée pour une fête qui, la première fois, fut improvisée en quatre mois et dont le premier budget d'exploitation de 17 000 $ semble dérisoire en comparaison des 25 millions $ d'aujourd'hui.

L'idée d'un festival d'été était dans l'air depuis 10 ans à Québec, mais c'est l'exemple d'Expo 67 à Montréal qui donnera à sept jeunes artistes de théâtre l'impulsion nécessaire.

Ceux-ci rêvaient alors de rassembler des artistes d'ici et d'ailleurs dans toutes les disciplines : musique, opéra, théâtre, arts visuels, cinéma, etc.

Les ambitions sont grandes, mais les moyens modestes.

La programmation provisoire est dévoilée le 7 juin 1968. On y propose une cinquantaine de spectacles, la plupart gratuits, dans des sites historiques du Vieux-Québec. La fête durera près de trois semaines, du 28 juin au 17 juillet.

On mise alors sur le bouche-à-oreille, les médias locaux et la vente d'un macaron en carton dans les rues du centre-ville pour faire connaître le nouvel événement.

CHRC annonce quelques émissions spéciales sur le Festival, et l'accueil général semble enthousiaste.

«Un festival d'été dans la capitale provinciale, c'est un succès assuré», écrit le journal La Patrie quelques jours avant le coup d'envoi.

«La population de Québec désire des activités durant la période estivale, ses occupants adorent flâner dans les vieux quartiers, profiter des nuits chaudes de l'été pour se prélasser dans les parcs», note le journal avec à-propos.

Le problème est qu'en ce début d'été 68, le petit festival jongle toujours avec son budget à quelques semaines de la première.

Les pères fondateurs touchent un petit salaire symbolique d'une cinquantaine de dollars par semaine, et il faut compter sur des comités bénévoles.

Il faudra attendre la mi-juin pour que le gouvernement du Québec et la ville confirment une subvention de 12 000 $. Un premier président de C. A. est nommé quelques jours seulement avant l'ouverture.

Aucun commanditaire privé n'est alors associé au Festival. Quelques entreprises collaborent cependant à des productions par des dons de biens et de services. La compagnie Paquet fournira, par exemple, des costumes pour une pièce de théâtre.

À l'époque, les scènes du Festival ne sont pas encore protégées comme elles le seront plusieurs années plus tard.

La météo est aussi plus imprécise. Quarante ans avant les radars sur les cellulaires et autres applications «intelligentes», il faut téléphoner à l'aéroport sur une ligne dure pour savoir le temps qui vient.

Le tout premier spectacle de l'histoire est prévu dans la cour du Séminaire, mais devra être déplacé au Palais Montcalm à cause de la pluie, comme beaucoup d'autres spectacles de cet été-là, se souvient Bernard Pelchat, un des artistes fondateurs du Festival.

C'est le nouveau maire Gilles Lamontagne qui y a prononcé l'allocution d'ouverture.

Au menu, la troupe V'là l'Bon Vent et une demi-douzaine de chorales. Comme les temps changent. On se satisfait aujourd'hui d'un seul Coeur de pirate.

Un engagement privé de 35 millions $ pour 10 ans pour un seul festival semblait inimaginable hier encore. Les entreprises s'engagent rarement pour plus de quelques années à la fois. La commandite précédente de Bell faisait déjà exception avec ses cinq ans.

Cette fois, c'est un véritable contrat de vedette des ligues majeures qu'on vient de consentir. En juste proportion de ce qu'est devenu le Festival d'été.

Les 2,5 millions $ par an versés en argent sont l'équivalent de deux gros spectacles de vedettes internationales par année.

Bell diffusera en outre des spectacles en direct d'un océan à l'autre sur les téléphones cellulaires et les tablettes.

On est à des années-lumière de la confidentialité des scènes du premier été : place Royale, Séminaire, cathédrale Holy Trinity, hôtel de ville, place D'Youville, place d'Armes, parc des Gouverneurs, etc.

La commandite de Bell est d'autant plus méritoire qu'elle n'est assortie d'aucune condition ou exigence de contenu. Le Festival conserve sa pleine liberté éditoriale.

***

Un tel engagement privé n'est pas anodin au moment où le Regroupement des événements majeurs internationaux (REMI) demande au gouvernement d'augmenter son aide.

On aimerait au REMI que le ministère du Tourisme suive l'exemple de Bell et reconnaisse davantage l'attractivité et le rayonnement des grands événements.

L'argument se défend. Mais l'exemple de Bell pourrait aussi être interprété dans le sens contraire. Le Festival d'été ne vient-il pas de prouver qu'il est plus solide que jamais?

Si Bell trouve rentable de mettre davantage d'argent et d'énergie dans le Festival, d'autres privés y songeront aussi et on aura moins besoin d'argent public.

Il est tentant de voir un lien entre l'engagement accru de Bell et la présence grandissante de Québecor à Québec.

La vice-présidente de Bell au Québec, Martine Turcotte, s'en défend et rappelle que Bell est avec le Festival depuis une trentaine d'années. C'est un fait. Mais un n'empêche pas l'autre. Cela rappelle combien la concurrence est profitable.

Ce soutien privé ne veut pas dire de couper toute aide publique au Festival et aux autres grands événements, mais cela relativise peut-être l'urgence de l'augmenter.

Quatorze pour cent du budget de 25 millions $ du Festival provient actuellement de subventions. C'était plus de 70 % en 1968.

L'argument des festivals pour obtenir de l'aide publique est qu'ils amènent de la visibilité et de l'argent «neuf», particulièrement dans les petites économies locales.

C'est un fait encore qu'on a souvent tendance à exagérer les chiffres.

Le Ministère est d'ailleurs à revoir les calculs de ces retombées économiques. Les données véhiculées pour le Grand Prix de Montréal viennent ainsi d'être réduites de moitié à 42 millions $ par an.

Le même sort attend peut-être d'autres événements. Les retombées «officielles» du Festival d'été sont estimées à 25 millions $ par an.

Cela dit, l'importance d'un festival ne se mesure pas tant au poids de ses retombées économiques qu'au plaisir qu'il insuffle. Il n'y a pas ici de chiffre assez gros pour dire celui du Festival d'été.

***

Un dernier commentaire personnel en terminant, un peu cynique, mais vous en jugerez.

Si Bell était aussi bonne dans le service à la clientèle que dans le soutien à la culture, elle n'aurait peut-être pas besoin d'investir autant en publicité et en commandites pour compenser.

Cela dit sans rien enlever aux mérites du Festival et à la générosité de Bell qui contribue à ce succes story.

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