Une oeuvre qui déroute

Les cerfs des artistes Cooke-Sasseville provoquent de l'étonnement,... (Fournie par la Ville de Québec)

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Les cerfs des artistes Cooke-Sasseville provoquent de l'étonnement, des doutes et parfois de la déception, mais aussi de l'enthousiasme et de l'émerveillement.

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(Québec) CHRONIQUE / La pire chose qui puisse arriver à une oeuvre d'art public est de laisser indifférent ou de provoquer un rejet unanime ensuite difficile à renverser.

Les cerfs des artistes Cooke-Sasseville y ont échappé. On parle même d'une entrée plutôt réussie.

L'oeuvre provoque de l'étonnement, des doutes et parfois de la déception, mais aussi de l'enthousiasme et de l'émerveillement.

Trop tôt pour dire si elle deviendra une nouvelle image de marque pour Québec, mais une «conversation» s'est engagée qui va au-delà du «j'aime» ou «j'aime pas». C'est bon signe.

La plupart des critiques portent sur la localisation de l'oeuvre à la place Jean-Béliveau plutôt que sur ses mérites artistiques.

Plusieurs attendaient un lien plus direct avec le hockey et Jean Béliveau. Comme devant le Centre Bell ou d'autres arénas des grandes ligues.

Or ce n'était pas l'objectif. Il appert que la Ville avait prévu un autre lieu, quelques pas plus loin, pour la commémoration des hérauts du hockey. On ne le savait pas.

Les artistes n'ont donc pas eu la commande d'une oeuvre commémorative.

Rien ne le leur interdisait, mais le concours privilégiait une oeuvre de «facture contemporaine» misant sur l'originalité, l'audace, l'universel et l'intemporel.

Que la Ville ait voulu une oeuvre qui embrasse plus large que le hockey n'est pas une mauvaise idée. C'est juste que le nom de Béliveau nous a envoyés dans une mauvaise direction.

***

On souhaite toujours que les oeuvres d'art public répondent le mieux possible à leur environnement immédiat. Le lien n'est cependant pas toujours évident. C'est le cas des cerfs. On pourrait facilement les imaginer ailleurs, comme souvent les oeuvres abstraites. Peu sont si liées à leur voisinage, au point de perdre leur sens si on voulait les déplacer.

Le plus important, c'est ce que les citoyens verront et éprouveront en présence de l'oeuvre. Entendront-ils ce que l'auteur a voulu dire et apprécieront-ils sa vision du monde?

Il faut que le «regardeur» y comprenne quelque chose, même si ce n'est pas toujours ce que l'artiste y avait mis.

Plus l'oeuvre sera parlante, plus le public s'y attachera.

S'il faut un mode d'emploi ou de longues explications pour trouver un sens à une oeuvre, c'est qu'il y a un problème, rappelle l'architecte Jacques Plante.

C'est ce qui clochait avec le cube blanc de la place de Paris. Non seulement n'y a-t-il pas eu de déclic au départ, mais on n'est jamais arrivé, même après des années, à y trouver un sens.

Il n'est pas nécessaire qu'une oeuvre soit figurative pour être intelligible. Des oeuvres abstraites parlent souvent de façon forte. Les exemples abondent.

La fontaine de Daudelin à la gare du Palais. Le Cloud Gate de Chicago, rebaptisé «The Bean» par le public. Les couleurs de Leduc, Pellan, Letendre ou Hurtubise sur les luminaires de l'avenue Cartier.

Ces oeuvres permettent des conversations infinies. On y trouve chaque fois un plaisir différent selon l'heure, l'angle du regard, la lumière, le vent. Selon qu'on y va seul ou au milieu d'une foule.

La rencontre des cerfs saura-t-elle susciter ces conservations infinies, une fois passée la curiosité pour l'inattendu et le monumental? Le temps le dira.

Ce qu'on peut déjà dire, c'est que l'oeuvre intrigue et déroute, mais n'est pas hermétique.

On y reconnaît l'élégance des cerfs et l'effet de miroir né du contraste des couleurs; on y reconnaît les balcons de Limoilou avec leurs retailles de lame de patin à glace et la forme des glaces à la dérive sur le fleuve.

La construction peut sembler improbable. Outre l'évocation de la nordicité, ça ne fait pas beaucoup rapport.

Mais la force poétique d'une oeuvre réside souvent dans la juxtaposition inattendue des mots ou des formes.

Lorsque ça fonctionne et qu'on y trouve un sens, l'oeuvre nous rejoint, et on s'y attache.

Lorsque ça ne fonctionne pas, on reste devant à se gratter la tête ou on cesse de la voir, aussi haute et aussi chère soit-elle.

***

Il n'y a pas de critères universels pour juger de la réussite d'une oeuvre d'art ou des espaces publics.

Je vais retenir ici ce mot du conférencier Gil Penalosa, entendu cette semaine au colloque sur l'innovation tenu à Québec : «L'expert, c'est la communauté.» C'est elle qui saura.

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