Un haussement d'épaules

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(Québec) CHRONIQUE / J'ai accueilli avec un haussement d'épaules l'annonce de la suspension puis du congédiement de Jeff Fillion.

Je trouve la sanction bien sévère pour un tweet de mauvais goût, mais qui n'était ni calomnieux, ni violent ou haineux. 

«C'est la faute de Amazon» avec deux émoticons à lunettes.

Un gazouillis presque anodin en regard des attaques sans merci auxquelles l'animateur nous avait habitués à une certaine époque. 

Celui-ci paye aujourd'hui pour ses excès passés.

Ça peut sembler injuste mais c'était le risque. Comme il y a un risque pour CHOI à avoir ramené en ondes André Arthur.

Quand on a des passés aussi lourds, il y a moins de place pour l'erreur. Jeff Fillion était un joueur marqué. Arthur aussi.

Il aura suffi ici que l'homme d'affaires Alexandre Taillefer interpelle publiquement l'employeur de Fillion, la station Énergie propriété de Bell, pour activer la trappe et le sortir du jeu.

Je n'ai pas vu le contrat de l'animateur, mais j'imagine qu'il fera valoir ses droits s'il estime en avoir.

Pour ma part, s'il y a une bataille à faire pour la liberté d'expression, je préfère attendre un autre cheval.

J'aurais pu me réjouir de ce congédiement. J'aurais eu des raisons.

À l'époque turbulente de son tandem avec André Arthur, au début des années 2000, M. Fillion menait une guerre sale au Soleil.

Tous les jours ou presque, il attaquait les journalistes et les contenus avec une férocité qu'on ne s'expliquait pas, même aux fins d'un spectacle. 

Il est dans l'ordre des choses que les journaux et médias puissent être critiqués. C'est même souhaitable. Cela nourrit le débat, permet de nuancer les perceptions, parfois de corriger les errements ou oublis de l'un ou de l'autre. Mais autant d'acharnement, on ne comprenait pas.

La station CHOI où Fillion sévissait alors se défendait de chercher la disparition du Soleil mais il y a bien des matins où c'était tout comme.

De son côté, Le Soleil se défendait aussi de chercher la fermeture de CHOI. Ce qui ne l'avait pas empêché de déposer un mémoire au CRTC où il alléguait que CHOI n'avait pas respecté ses conditions de licence. 

J'aurais pu lui garder rancune. À lui et à Arthur, pour ces années où ils nous dénigraient. Et pour toutes celles où ils ont contribué à salir l'image de Québec et de ses radios, éclaboussant au passage tous les artisans qui ne le méritaient pas.

Mais c'était le prix à payer pour une grande liberté d'expression dont je suis resté partisan. 

Je me méfierai toujours de ceux qui veulent faire taire les voix qui tonnent ou qui détonent. Je crois cependant que ceux qui causent des dommages doivent un jour l'assumer.

Je n'ai pas gardé de rancune envers Fillion. La vérité est que je ne suis jamais retourné l'écouter. Son retour sur les ondes d'une station grand public m'avait laissé indifférent. Comme son départ aujourd'hui.

Je n'ai pas noté les dernières cotes d'écoute de Fillion (ou d'Arthur). Peut-être sont-elles excellentes, mais leur influence est marginale. 

Loin de l'époque où on sentait leur ascendant sur les acteurs publics et entrepreneurs de Québec qui les redoutaient au point de renoncer parfois à des projets de crainte de se faire démolir à la radio.

Je n'entends plus personne aujourd'hui qui tremble devant ces animateurs ou s'empêche d'agir par crainte de leur verdict.

Quand le CRTC avait puni CHOI en suspendant sa licence à l'été 2004, des milliers d'auditeurs étaient descendus dans les rues au nom de la «liberté».

Ça n'arrivera pas aujourd'hui.

Le congédiement de Jeff Fillion relance la question de la différence entre vie privée et travail professionnel. Peut-on perdre son emploi pour des propos «privés»?

Ceux de cette semaine provenaient du compte Twitter personnel de l'animateur et non d'une intervention à sa station. Techniquement, il n'y avait pas de reproches sur son travail en ondes.

Mais quand on est la locomotive de la station, qu'on a sa face tapissée sur les abribus de la ville et sur la page d'accueil du site Internet de son employeur, la distinction entre le privé et le public ne peut plus exister.

Que Jeff Fillion parle à la radio, sur Twitter, dans Facebook ou sur une autre place publique, ça ne fait pas de différence. Le public retient que c'est Jeff Fillion qui parle.

C'est pareil pour les journalistes, les autres animateurs, les politiciens, les professeurs et acteurs publics de toutes provenances. Ce qui se dit ou se fait dans l'espace public finit par nous rattraper sur le terrain professionnel.

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