Des Jeux pour qui?

Le président-directeur général du Centre des congrès de... (Collaboration spéciale Valérie Gaudreau)

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Le président-directeur général du Centre des congrès de Québec, P.-Michel Bouchard et le cofondateur de Gestev, Patrice Drouin, accompagnent le maire Régis Labeaume à Lausanne.

Collaboration spéciale Valérie Gaudreau

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(Québec) CHRONIQUE / La présence du président de Gestev-Québecor avec le maire de Québec pour une rencontre privée avec le CIO soulève plusieurs questions d'intérêt public.

L'expertise de Gestev dans les grands événements de sport n'est pas en cause ici, au contraire. Ses fondateurs Patrice Drouin et Chantale Lachance ont beaucoup contribué à animer la ville et à faire de Québec une destination de sport de haut niveau.

Les questions portent plutôt sur les ressources de la ville, sur le fair-play dans les relations avec le privé et sur la place de Gestev-Québecor dans l'espace public de Québec.

1- L'expertise de la Ville

Depuis l'automne, la Ville n'a plus de ressource interne branchée sur les réseaux de sport international.

Celui qui détenait cette expertise au bureau des grands événements, Denis Paquet, a pris sa retraite et n'a pas été remplacé.

M. Paquet prenait la route deux ou trois fois par an pour les congrès SportAccord et pour rencontrer des fédérations internationales, des membres du CIO, etc.

Ses budgets de voyage ont été coupés en 2015, la Ville ne souhaitant plus ce type de démarchage personnel. M. Paquet a choisi de partir.

Est-il préférable pour une ville d'avoir une expertise interne ou d'aller la chercher à l'extérieur selon les besoins du moment?

Dans les réflexions entourant la commission Charbonneau, on a beaucoup évoqué la faiblesse de l'expertise des administrations publiques en ingénierie. Cela est vrai aussi de l'informatique.

Le public s'est retrouvé à la merci d'entreprises privées, ce qui a ouvert la porte à toutes les dérives que l'on sait.

La prudence voudrait que les pouvoirs publics aient leurs propres ressources pour juger des projets. Ce n'est cependant pas toujours possible.

Aller chercher ailleurs n'est «pas un problème en soi», croit le professeur de philosophie Patrick Turmel de l'Université Laval, spécialiste des enjeux éthiques.

À condition, dit-il, de ne pas prendre ses conseils d'une entreprise qui a des intérêts d'affaires qui pourraient passer avant l'intérêt public. 

«Il est assez inquiétant que la Ville soit accompagnée dès le départ, au moment où elle entreprend sa réflexion, par un acteur qui a tout à gagner», croit M. Turmel.

Pour Gestev-Québecor, comme pour beaucoup d'entreprises privées, un projet olympique serait payant. Ne serait-ce que pour l'occupation de l'amphithéâtre et sans doute bien au-delà.

Le risque d'un projet olympique n'est pas le même pour tout le monde.

 «C'est un vrai conflit», croit le professeur Turmel. Il y a une «asymétrie» entre intérêt public et privé.

2- Le fair-play

Gestev était sans doute la plus compétente pour conseiller la Ville sur le plan technique.

Elle n'a pas de lien direct avec l'olympisme, mais elle a travaillé avec des fédérations dont celle du ski, qui est un joueur majeur des Jeux d'hiver.

La proximité avec la Ville ne pose pas problème tant qu'il n'y a pas de contrat impliquant de l'argent public. Mais la question se posera si le projet va plus loin.

Des lobbyistes et des entrepreneurs cogneront aux portes et voudront soumissionner pour «avoir leur part du gâteau».

Ils constateront qu'une entreprise est «déjà associée à la mairie», note le professeur Turmel.

La Ville plaidera que Gestev avait la meilleure expertise.

C'est toujours l'argument dans ces circonstances. 

Mais on ne peut «pas passer à côté de la question de principe» de la chance égale aux coureurs.

Parlant de lobbyisme, Patrice Drouin de Gestev est inscrit au registre pour plusieurs mandats, dont un seul encore actif, celui de la Transat 2016.

Gestev a aussi des mandats actifs (David Rompré) pour cette Transat, le jamboree de surf des neiges 2017 et «différents événements de course» à Québec et à Lévis.

Aucune mention de projet olympique n'apparaît encore au registre des lobbyistes, ni pour Gestev ni pour d'autres.

3- La place de Gestev-Québecor dans l'espace public

Le sujet n'est pas nouveau. J'y reviens de temps à autre, même si c'est toujours délicat pour un journaliste d'un média concurrent. Mais comme ce serait encore plus délicat pour un journaliste de Québecor, aussi bien que ce soit ici.

La présence de Gestev à Lausanne est révélatrice de la place grandissante de l'entreprise dans la vie de la ville.

Québecor vient d'annoncer que Gestev devient sa «signature» grands spectacles et événements. L'intention est claire : développer les opérations à Québec et ailleurs.

Québecor est déjà au Centre Vidéotron avec les Remparts; Gestev est à la Baie de Beauport et à d'autres sites, est partenaire du futur marché d'ExpoCité et sur les rangs pour la nouvelle mouture d'Expo Québec en 2017.

Depuis décembre, Vidéotron est partenaire du Carnaval.

Gestev est associée aux Transats, aux Tours de ski, au Big Air (saut ski acrobatique), au Red Bull Crashed Ice, au tennis, au marathon Québec-Lévis, au vélo de montagne, etc.

Québecor soutient l'Espace Félix-Leclerc, le Festival de cinéma, Première Ovation, la Fondation du CHU de Québec et nombre d'activités, d'institutions et d'oeuvres en culture et en éducation.

Sans parler du Journal de Québec, de TVA, du propriétaire Pierre Karl Péladeau qui pourrait devenir premier ministre et du retour des Nordiques qui mettrait la ville aux pieds de l'entreprise.

Toutes ces activités sont légitimes et la région y trouve son compte. Cela donne aussi à l'entreprise beaucoup de poids.

Cela me fait penser par moments aux petites villes mono-industrielles dont l'économie, les emplois, la vie culturelle, les équipements de loisirs et le budget municipal reposent sur un seul acteur privé.

Cela rend la ville vulnérable et donne à la compagnie-reine un poids politique énorme pour influencer les choix publics.

Québec n'en est pas là, mais il est utile de documenter ces tendances.

L'hypothèse d'une nouvelle candidature olympique qui accaparerait l'attention publique pour les 10 prochaines années est aussi l'occasion de poser les vraies questions : des Jeux pourquoi et pour qui?

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