Pourquoi courir après les Olympiques?

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La Russie voulait inscrire Sotchi comme nouvelle destination de tourisme haut de gamme, ce qui justifiait à ses yeux les investissements massifs qui ont fait exploser la facture associée aux Jeux de 2014.

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Des JO à Québec ?

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Des JO à Québec ?

Le maire de Québec jure qu'il n'est pas en mode olympique. N'empêche, il a visité le Comité international olympique... Alors, il y aura des JO à Québec ? »

(Québec) CHRONIQUE / Au moment où le maire de Québec part rencontrer le CIO et entrouvre la porte à une nouvelle candidature olympique, il est utile de revenir sur les raisons pouvant inciter une ville à souhaiter des Jeux.

Car il y en a, même si toutes les études économiques rigoureuses mettent en garde contre les retombées espérées. 

Celles-ci sont toujours difficiles à mesurer et habituellement exagérées. C'est la même chose pour l'impact des stades et des franchises de sport professionnel.

La plus grande faiblesse de ces études est de calculer parmi les retombées des dépenses qui auraient été faites de toute façon par les citoyens et les pouvoirs publics. 

Ils auraient dépensé pour autre chose que l'événement sportif, et leur argent aurait aussi fait travailler des employés qui auraient payé aussi des taxes et des impôts aux gouvernements.

Pour bien faire, il faudrait soustraire de ces études les dépenses des visiteurs qui seraient venus en ville de toute façon. Soit parce qu'ils avaient déjà prévu y être à ce moment, soit parce qu'ils ont déplacé leur date de visite. 

Les études ont aussi l'habitude de négliger l'effet d'achalandage provoqué par les grands événements sportifs comme des Jeux ou un Super Bowl.

Des citoyens ou visiteurs préfèrent souvent s'éloigner ou s'abstenir pendant l'événement sportif pour ne pas être pris dans la cohue. 

Des musées à Londres ont rapporté des baisses de fréquentation pendant les Olympiques et des théâtres ont fermé le temps des Jeux.

Comme pour les stades ou les franchises de sport professionnel, les grands événements de sport déplacent l'activité économique davantage qu'ils ne la créent. Cela implique qu'il y a des gagnants, mais aussi des perdants.    

On peut par ailleurs s'interroger sur les véritables retombées de l'argent qui transite par une ville lors d'un grand événement, mais repart aussi vite en profits ou en achats de biens provenant de l'extérieur. 

L'effet structurant pour l'économie locale est difficile à démontrer, même pour le tourisme. 

Cela dit, il peut y avoir de «bonnes» raisons pour une ville de souhaiter obtenir des Jeux olympiques. 

1) L'effet accélérateur

Une ville peut vouloir se servir des Jeux comme levier pour obtenir des gouvernements supérieurs des infrastructures urbaines et de transport.  On parle alors d'un «effet accélérateur» sur des investissements publics qu'il aurait autrement fallu arracher à la pièce pendant 15 ou 20 ans sans certitude de les obtenir.

Les Jeux peuvent déclencher la relance d'un quartier ou y contribuer. Ce fut le cas à Londres, par exemple, autour du stade olympique ou à Vancouver avec le village des athlètes. 

Ces choix seront perçus comme positifs ou négatifs selon les intérêts de chacun, mais peuvent être des motivations pour une ville. 

Il faut alors s'assurer que l'investissement projeté peut vraiment servir une majorité de citoyens. 

L'ampleur de ces investissements urbains et de transport va varier considérablement d'une ville olympique à l'autre. Cela dépend des infrastructures disponibles dans chaque ville et des attentes qu'on a pour elle.

La Russie voulait inscrire Sotchi comme nouvelle destination de tourisme haut de gamme, ce qui justifiait à ses yeux les investissements massifs qui ont fait exploser la facture associée aux Jeux.

Il y a là un beau paradoxe. Une ville a intérêt à maximiser l'effet olympique en faisant construire un maximum de routes, d'infrastructures de transport en commun, de logements, de parcs publics, etc., qui seront perçus comme autant d'héritages durables après les Jeux.

Chacun de ces investissements l'éloignera cependant de l'idée de jeux modestes dont le budget a été bien contrôlé. 

L'échec de la revente des logements luxueux du village des athlètes à Vancouver peut être placé dans cette catégorie. La ville a fait plus que le nécessaire et ses citoyens doivent en payer le prix.

Toujours à Vancouver, les pouvoirs publics ont assumé 77 % de la facture de 7,3 milliards $ liée aux Olympiques. Plus de la moitié a servi à des infrastructures urbaines et de transport.

On a évoqué des retombées économiques de plus de 600 millions $, mais il faut se méfier des études de consultants privés, prévient le professeur Sylvain Lefebvre du Département de géographie de l'UQAM qui s'est beaucoup intéressé aux impacts des grands événements.

Les retours pour les gouvernements ne sont «jamais à la hauteur des investissements», dit-il.

Pour limiter les dommages, il y a intérêt à limiter les dépenses de luxe et les «extras» d'infrastructures dont le seul usage sera pour les Jeux.  

2) La visibilité internationale  

Une ville peut vouloir accroître sa visibilité et son branding. L'argument est plus convaincant pour des petites villes que pour des mégapoles, comme Londres, Paris ou Rio, qui sont déjà «sur la carte» du monde. 

Une visibilité olympique pourrait sans doute aider Québec à s'élever parmi les villes du monde (ou à se faire croire qu'elle y est). Les retombées sont cependant difficiles à évaluer. 

À Vancouver par exemple, la meilleure année touristique est survenue trois ans avant les Jeux. Beaucoup de facteurs étrangers aux Jeux peuvent influencer cette performance touristique.

Jouer à être une ville du monde comporte aussi ses risques. L'image qui est restée des Jeux de Munich (1972) est celle du terrorisme; de Salt Lake City, celle de la corruption; de Montréal, des dépassements de coûts et d'un stade longtemps inachevé; de Sotchi, du gigantisme et de la démesure; etc. 

La notoriété de ces villes a été augmentée par la tenue des Jeux, mais leur image de marque en est-elle toujours sortie grandie? Il y a ici matière à débat.

3) Le bonheur et la fierté locale

Une ville peut vouloir les Olympiques pour leur impact positif sur l'ego et la fierté locale. Sur la confiance, la cohésion sociale, le sentiment d'engagement dans sa communauté, etc. J'aurais envie d'ajouter les mots plaisir et bonheur

Cela peut prendre toutes sortes de formes, rappelle le professeur Lefebvre. Encouragement au sport, stimulation culturelle, gain d'expertise, etc.  

Comme pour l'argument de visibilité, il s'agit de facteurs intangibles qui se mesurent mal dans les études. On aurait cependant tort d'en négliger la portée. C'est comme pour les équipes de sport professionnel.

À l'instar des analyses de retombées économiques, la rigueur voudrait qu'on regarde ici aussi l'effet de substitution. 

Les sommes investies dans les Olympiques pourraient être consacrées à l'éducation, à la santé ou aux arts et avoir aussi un impact social et provoquer de la fierté. 

Peut-être pas pour les mêmes citoyens et organisations. Et sans doute pas avec la même visibilité et le même bénéfice pour la notoriété des élus et des acteurs qui font la promotion des Olympiques. Mais ça ne veut pas dire qu'il n'y en aurait pas.

La question de l'acceptabilité sociale d'un projet olympique prend ici tout son sens. Le plaisir et la fierté des Jeux ne sont envisageables que si les citoyens en veulent.  

***

Le prof Lefebvre n'avait pas vu venir ma question. Il a pris un instant pour y réfléchir.  

Dans l'éventualité où Québec s'unirait à une autre ville pour partager les coûts, faudrait-il partager aussi les bénéfices de fierté et autres intangibles?

Cela va dépendre, suggère-t-il, qui est concerné. Avec qui va-t-on s'associer? S'agira-t-il d'une ville concurrente, etc.?

Je crois que le prof a bien mis le doigt dessus. 

D'après moi, s'associer à Lake Placid pour une descente olympique n'altérerait pas la fierté de gens de Québec, si ça devait permettre de réduire les coûts et que c'était le seul moyen d'avoir les Jeux.

Mais leur demander de partager «leurs» Jeux avec Montréal pourrait difficilement se faire dans la même sérénité.

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