Trois gars pas de blonde

Les radios, Régis Labeaume, Donald Trump... les boucs... (Image tirée d'une vidéo de CTV NEWS)

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Les radios, Régis Labeaume, Donald Trump... les boucs émissaires ont été nombreux à la suite de l'agression gratuite sur un touriste sikh à Québec.

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(Québec) CHRONIQUE / La vidéo ne laissait pas de place au doute : une agression gratuite sur un touriste sikh dans une rue de Québec; un geste de racisme et d'intolérance religieuse qui nous a fait honte et a soulevé des réactions indignées.

Le témoignage des jeunes agresseurs obtenus par mon collègue Jean-François Néron invite cependant à la prudence. 

La version des jeunes est confuse et ne peut pas servir d'excuse, mais on comprend que l'histoire commence avant la vidéo. 

Au début, un accrochage fortuit sur le trottoir. Des épaules qui s'accrochent, puis une discussion où les acteurs qui ne parlent pas la même langue ne se comprennent qu'à moitié.

Le hasard remet ces touristes sur la route des jeunes quelques minutes plus tard. Cette fois, ça dégénère. Un des touristes, qui porte un turban, se fait tabasser pendant que l'autre filme avec son cellulaire.

La victime n'est pas que passive. On la voit se relever et poursuivre, le poing en l'air, un assaillant qui se réfugie dans une auto. 

Selon les jeunes : une histoire de gars soûls à la sortie des bars et non une agression raciste comme on l'avait perçu. Je note ici que l'un n'empêche pas l'autre.

«Je ne suis pas raciste», a assuré un des acteurs. Tant mieux. 

Tant mieux aussi lorsqu'il dit avoir ressenti de la honte après avoir vu, à jeun, la vidéo. Espérons que la leçon aura porté. 

J'ai relevé un commentaire de lecteur sur cette histoire : 

«J'ai été barman durant 50 ans et il y a rien de pire que trois gars pas de blonde à 3h du matin. On dirait qu'ils deviennent enragés d'avoir été rejetés toute la soirée.»

L'explication est un peu courte, mais ce n'est pas pour rien que la police de Québec a accru la surveillance à la sortie des bars, pour réduire les «incivilités».

La police a d'ailleurs corroboré la version voulant que «le comportement agressif ne ciblait pas une communauté religieuse en particulier».

J'ai mes doutes, mais on ne peut écarter la théorie du hasard. Aujourd'hui un sikh, hier un skin, demain un Noir ou un Blanc.

Cette version a aussi l'avantage de couper court à un incident gênant pour la ville.

Cette histoire invite à beaucoup de retenue dans l'analyse des incidents qui semblent avoir un caractère religieux ou raciste.

Il se trouve vite des lobbys pour les récupérer et les grossir en amplifiant leur propre importance. 

Comme il se trouve des gérants d'estrade prompts à tirer des conclusions et à pointer des coupables.

«Honteux! Ostie de gang de petits morons sans envergure qui écoutent trop la radio de marde», a écrit Guy A. Lepage sur Twitter, avant de retirer ce message. 

Le maire de Québec s'en est tenu sobrement à dénoncer «trois petits cons». Bien dit.

Parlant du maire, l'Association des musulmans et des Arabes pour la laïcité lui reproche d'avoir contribué à un climat malsain. Elle évoque ses déclarations sur le burkini et l'accueil de réfugiés syriens.

D'autres ont relevé son invitation à démasquer les mosquées (de Montréal) qui seraient des foyers de radicalisation.  

Le maire a ses défauts et fait parfois des déclarations maladroites, mais il n'est pas raciste et n'encourage pas la méfiance culturelle. 

Il a au contraire toujours plaidé que cette ville manque «d'épices» et souhaité davantage d'immigration. Le mois dernier, il a refusé de rencontrer Marine Le Pen. 

Les radios, le maire, Donald Trump, le vieux débat sur les signes religieux. Depuis quelques jours, on voit de tout sur les tribunes publiques et réseaux sociaux. Ça inclut le racisme et la haine.

Et ce scénario, improbable, voulant que l'agression a été mise en scène pour faire mal paraître Québec.

Psychologue et vice-doyenne à l'Université de Montréal,  Rachida Azdouz invite à la prudence.

«Il ne faut pas être dans le déni», mais on ne veut pas transformer un geste isolé d'abrutis en «phénomène de société ou montée de la xénophobie». 

Si un geste est vraiment lié à des signes religieux, il faut voir la motivation. A-t-on agi seul, dans un groupe organisé, en réaction à quelque chose?  

Chaque fois que l'actualité renvoie des incidents ou des drames perçus comme religieux, il y a une montée de l'intolérance, observe Mme Azdouz.

L'actualité agit sur l'anxiété collective. Ceux qui ont peur peuvent devenir moins ouverts ou plus agressifs. C'est «circonstanciel». Le climat économique est aussi un facteur pour qui cherche des boucs émissaires. «C'est rarement la faute d'un individu», dit-elle.  

Les radios? 

Cela peut donner une légitimité ou conforter des gens dans leurs perceptions, mais les radios ne fabriquent pas le racisme ou la xénophobie, croit Mme Azdouz. 

Si ça se trouve, il faudrait regarder plutôt les réseaux sociaux et tribunes libres. Les propos haineux anonymes tenus derrière un écran peuvent-ils influencer des gens fragiles à devenir violents? L'hypothèse mériterait d'être fouillée, croit-elle. 

Pour l'anecdote, mais peut-être n'est-ce pas seulement une anecdote, je rappelle que les vidéos virales montrent souvent la police qui frappe. 

Celle-ci montre plutôt la police qui secourt une victime qui vient d'être frappée. Le monde à l'endroit, plutôt qu'à l'envers. Ça réconforte.

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