La méthode radioactive de Roche

Marc-Yvan Côté a raconté à la commission Charbonneau... (Photothèque Le Soleil)

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Marc-Yvan Côté a raconté à la commission Charbonneau que Roche avait prêté des locaux et des téléphones à l'organisation de Sam Hamad lors des élections de 2008.

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(Québec) CHRONIQUE / Le jour du référendum sur l'hôtel de ville de l'ex-mairesse Andrée Boucher, partisans et opposants s'étaient retrouvés face à face dans l'immeuble de Roche à Sainte-Foy.

Roche avait prêté ses locaux aux militants favorables au projet; de l'autre côté du hall, les avocats Pothier Delisle avaient prêté les leurs aux opposants.

En ce mois de décembre 1992, il était déjà connu que si le projet allait de l'avant, Roche obtiendrait des contrats d'ingénierie, d'où son intérêt à influencer le référendum.

Les opposants étaient pour leur part financés par de gros propriétaires immobiliers de Sainte-Foy.

Les rapports officiels n'ont jamais fait état des prêts de locaux, de personnel et de matériel par des entreprises, ce qui contrevenait à la loi.

Mme Boucher s'était plus tard défendue d'avoir logé ses partisans chez Roche, «mais on ne peut pas empêcher le monde de travailler», avait-elle expliqué.

Le responsable de son financement avait été moins hypocrite : «Roche nous l'avait offert... Roche était déjà nommée à l'hôtel de ville; il n'y avait pas de cachette, pas de chinoiserie», m'avait-il confié.

Lorsque quelques années plus tard j'ai fouillé davantage toute cette question du financement politique local, j'avais constaté que les ingénieurs de Roche étaient des bailleurs de fonds importants de Mme Boucher.

Sur la liste des contributions de 1993, les 13 premiers noms étaient des employés de Roche ou leur conjointe. Tous avaient versé le maximum permis. Il y en avait pour 10 000 $. Ce n'était même pas subtil. Ça avait été pareil lors de la collecte précédente en 1989.

Mme Boucher est passée à l'histoire comme un modèle d'indépendance et de pureté électorale. La perception vient de la course à la mairie de Québec en 2005 où elle avait mené une campagne minimale sans dépenser. Le portrait d'ensemble est bien différent.

Tout ça pour rappeler que ce n'est pas d'hier que Roche (aujourd'hui Norda Stelo) a trempé dans le financement politique illégal pour essayer d'obtenir des contrats.

Ces histoires avaient été rendues publiques à l'époque, mais n'avaient pas eu le retentissement de celles qui ont mené à la commission Charbonneau. Ce n'était pas dans l'air du temps.

La firme Roche était en ces temps-là un joueur dominant dans l'est du Québec, particulièrement dans Charlevoix et en Gaspésie.

Elle invitait les élus et les hauts fonctionnaires à des parties de pêche, des excursions aux Nordiques à Québec, etc. Roche consolidait ainsi son exclusivité sur les contrats.

Des conseillers municipaux m'avaient confié leur malaise, mais n'osaient pas le dénoncer. Ils parlaient d'une «vraie mafia libérale».

«Tout le monde en est complice... Roche est une religion. Aller contre le vent, on se gèlerait les oreilles», m'avait décrit un élu.

Donner les contrats à Roche était plus facile et plus efficace, m'avait expliqué le maire de La Malbaie.

Les administrateurs de Roche avaient des chalets dans Charlevoix, connaissaient les élus et les fonctionnaires locaux et leur ouvraient des portes au gouvernement.

J'avais mis la main sur une résolution du conseil municipal rédigée par Roche et faxée le jour même de son adoption depuis les bureaux de la firme.

«Il est résolu que... la firme Roche soit mandatée pour présenter le dossier au nom de la municipalité...» Suivait une liste des travaux projetés et une évaluation de coûts préparée par Roche. Ça se passe de commentaires.

***

C'est dans cette culture d'entreprise qu'a atterri Marc-Yvan Côté au mois de février 1994.

Sam Hamad l'y rejoint quelques années plus tard (1998). Pendant cinq ans, ils seront des collègues de travail.

Un témoin de la commission Charbonneau a affirmé que M. Hamad n'avait pas été dans le groupe chargé du financement politique chez Roche.

Il fut cependant démontré que le salaire de M. Hamad chez Roche était majoré pour lui permettre de faire des contributions politiques.

Lorsque M. Hamad quitte Roche en 2003 pour devenir candidat dans Louis-Hébert, M. Côté, qui est toujours chez Roche, raconte avoir contribué à attirer la recrue au Parti libéral.

M. Côté est d'ailleurs présent à côté de Jean Charest lors de la conférence annonçant la candidature de M. Hamad, que les médias présentent comme le «protégé» de Marc-Yvan Côté.

C'était avant que la commission Gomery démasque les activités de M. Côté et que le Parti libéral du Canada l'expulse à vie.

Ce qui n'a pas empêché M. Côté de continuer à fréquenter le Parti libéral du Québec et Sam Hamad de garder des liens avec son ancien collègue.

M. Côté a raconté à la commission Charbonneau que Roche avait prêté des locaux et des téléphones à l'organisation de Sam Hamad lors des élections de 2008. Il y a décidément des valeurs d'entreprise qui ne se perdent pas.

***

Marc-Yvan Côté s'est vanté devant la commission Charbonneau de ses contacts de haut niveau au gouvernement.

«J'étais capable d'avoir une information», a-t-il dit. Informations qui donnaient à Roche une «longueur d'avance», a-t-il convenu.

Un scénario semblable à celui décrit cette semaine par l'émission Enquête de Radio-Canada.

À la différence est que M. Côté n'agissait plus pour Roche, mais pour Premier Tech, dont il a été vice-président jusqu'au mois dernier.

Le reportage suggère que Sam Hamad aurait fait pression sur des collègues du gouvernement pour favoriser une aide financière à l'entreprise de M. Côté.

Il révèle aussi que M. Côté a travaillé au financement politique de M. Hamad, notamment auprès de Premier Tech.

Le président du Conseil du trésor se défend d'avoir mal agi. «Un pétard mouillé», dit-il. Il assure n'avoir fait que le suivi normal pour un «bon projet» qui méritait le soutien du gouvernement.

Histoire à suivre.

Le reportage ne fait peut-être pas la preuve (encore) de la culpabilité de M. Hamad, mais il ajoute aux doutes sur son discernement.

M. Hamad a grandi dans la culture trouble de Roche et maintenu des liens avec Marc-Yvan Côté après que celui-ci fut devenu radioactif. Ça finit par se payer.

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