Feux de circulation à Québec: 33% plus lents qu'à Montréal

Les longues phases piétonnes ont souvent comme effet... (Le Soleil, Caroline Grégoire)

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Les longues phases piétonnes ont souvent comme effet de lasser les piétons, qui finissent par traverser les rues sans attendre leur cycle ou traversent ailleurs qu'aux passages prévus.

Le Soleil, Caroline Grégoire

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(Québec) CHRONIQUE / La ville de Québec détonne dans le paysage nord-américain en exigeant que les piétons attendent leur signal réservé pour traverser aux feux de circulation.

La pratique générale est plutôt de permettre aux piétons de traverser au feu vert en même temps que les voitures.

L'attente est ainsi moins longue, et la fluidité de la circulation y gagne aussi. Les voitures ne sont pas immobilisées dans les quatre directions pendant les 30 secondes que durent en moyenne les cycles exclusifs pour piétons.

À Québec, 602 des 693 feux de circulation avec des phases piétonnes ont des cycles exclusifs qui séparent autos et piétons (86%).

Sherbrooke suit loin derrière avec 89 phases exclusives sur 144 feux de circulation avec phases piétonnes (62%).

Ces ratios sont à l'opposé de Montréal et des villes américaines où voitures et piétons partagent la route pour traverser.

Il en résulte que les feux de circulation sont 33 % plus longs à Québec qu'à Montréal. C'est 120 secondes en moyenne pour un cycle complet à Québec et 90 secondes à Montréal.

Piétons et voitures attendent davantage à Québec. Tous les visiteurs ou migrants venus de Montréal le constatent. Et le déplorent.

L'argument de la Ville de Québec est que les cycles exclusifs assurent aux piétons une meilleure sécurité.

Cela semble logique. Pouvoir traverser sans crainte qu'une voiture arrive par-derrière ou coupe devant procure un grand sentiment de sécurité.

Dans une ville vieillissante comme Québec, c'est un choix social qui peut se défendre parfaitement.

Mais encore faut-il que les cycles exclusifs donnent assez de temps aux piétons plus lents pour traverser, ce qui n'est pas toujours le cas.

Les cycles exclusifs peuvent donner l'impression que Québec protège mieux ses piétons en les faisant traverser dans la ouate.

Mais on peut aussi voir les choses d'un autre angle : Québec infantilise ses piétons et ne fait pas confiance au jugement de ses citoyens. Peut-être est-ce parce qu'elle les connaît bien!

N'empêche qu'il est assez troublant que tous les organismes favorables aux piétons (Vivre en ville, Piétons Québec, Accès transport viable, etc.) sont contre les cycles exclusifs pour piétons. Ça doit vouloir dire quelque chose.

***

La sécurité des cycles exclusifs pour piétons est dans les faits plombée par deux réalités. Trois même.

Depuis que le virage à droite aux feux rouges est autorisé (2003), les piétons n'ont plus l'exclusivité sur leur cycle «exclusif».

Beaucoup l'ignorent, mais le virage à droite est permis sur ces cycles, à condition d'avoir donné priorité aux piétons.

La sécurité et le sentiment de sécurité en sont affectés. Ce n'est pas l'hécatombe, mais il y a davantage d'accidents impliquant des piétons et des vélos. Ce n'est plus la sécurité parfaite avec risque zéro.

Les phases piétonnes ont un effet pervers : la frustration.

L'attente est si longue que les piétons se lassent et finissent pas traverser sans attendre leur cycle ou traversent ailleurs qu'aux passages prévus.

Ou encore, ils traversent en diagonale sur les cycles réservés pour être certains d'avoir assez de temps. Ils ne veulent pas risquer de devoir attendre un prochain cycle pour compléter leur traversée.

La Ville en profite pour coller des billets d'infraction aux piétons délinquants.

Encore il y a quelques jours, au fils d'un ami à 3h15, à la sortie des bars, coin Dorchester-Saint-Joseph. Pas une voiture en vue, mais 48 $ d'amende pour avoir traversé en dehors du passage prévu.

Merci à la Ville de protéger ses piétons et de nous protéger contre cette grave criminalité.

Les automobilistes ne sont pas en reste. La longue attente est frustrante pour eux aussi. Encore plus quand il n'y a personne qui traverse sur le cycle réservé aux piétons.

La tentation est alors de tricher et de «brûler» les cycles piétons qui commencent pour ne pas attendre trop longtemps.

Les cycles piétons exclusifs envoient le message que la chaussée ne se partage pas entre automobilistes et piétons.

Ils empêchent le civisme, le dialogue et la négociation gestuelle. Chacun a tous les droits ou pense avoir tous les droits sur son cycle et ne se soucie plus des autres.

C'est le contraire des messages de la Société de l'assurance automobile du Québec et autres acteurs publics voulant que la route, ça se partage.

Cela a un effet social insidieux dont les conséquences se prolongent au-delà des feux de signalisation.

***

En janvier 2013, la Ville de Québec a modifié la signalisation coin 1re Avenue et 41e Rue pour permettre la traversée simultanée des piétons et des autos aux feux verts.

Un choix à contre-courant de sa politique générale. Ce qui m'a étonné plus encore, c'est le titre du communiqué de presse ce jour-là et les arguments à l'appui du changement : «Sécurité des piétons et fluidité de la circulation accrues».

La Ville y rappelle que cette intersection se caractérise par un fort achalandage de piétons et d'automobiles et par la proximité de commerces, d'une sortie d'autoroute et d'un arrêt Métrobus.

Elle note la «présence marquée» dans le secteur de personnes âgées ou ayant une déficience physique ou visuelle.

Des faits qui partout ailleurs concourent à justifier ses cycles exclusifs pour piétons, mais qui, tout à coup, ne sont plus des obstacles à un partage sécuritaire de la rue.

Dans ce seul communiqué, la Ville de Québec affiche toute la faiblesse et les contradictions de sa politique sur les feux de circulation.

Ni la ville, ni les lobbys piétons n'ont encore fait l'analyse précise des conséquences du changement coin 1re Avenue et 41e Rue. On attend habituellement quelques années avant de le faire.

On peut cependant penser que si des problèmes majeurs avaient surgi, ça se saurait et on y aurait remédié.

Cela rappelle que les feux permettant le passage concourant des piétons et des voitures sont possibles sans trop sacrifier la sécurité.

C'est peut-être plus compliqué à Québec où il y a moins de sens uniques et d'intersections à angle droit, mais c'est faisable.

Il ne s'agit pas de tout jeter. Les cycles piétons exclusifs peuvent être utiles, voire nécessaires. À proximité d'une école par exemple.

Mais il vaudrait la peine de réfléchir à la pertinence du «mur à mur» pratiqué par Québec.

Des feux de circulation 33% plus lents qu'à Montréal, c'est frustrant pour tout le monde.

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