Je vous écrirai une tragédie

Parfois latente, parfois palpable, la peur se nourrit... (Tirée d'Instagram)

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Parfois latente, parfois palpable, la peur se nourrit maintenant de chaque nouvel attentat. Il suffit d'écouter la radio et les vox populi les jours d'attentats. Musulmans, Maghrébins, réfugiés syriens. On entend la peur teintée d'amalgames, de racismes et de «pas dans ma cour». C'est cette peur que raconte Show me a hero, qui a valu au comédien Oscar Isaac le Golden Globe du meilleur acteur de minisérie.

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(Québec) CHRONIQUE / L'histoire se passe à Yonkers, petite ville de la banlieue nord de New York, à la fin des années 80.

Cette histoire avait déjà été racontée dans un livre, dans des documentaires et, plus récemment, dans la télésérie de HBO Show me a hero, que je viens de dévorer.

Si je vous en parle aujourd'hui, c'est parce que cette histoire ne se passe pas (seulement) à Yonkers à la fin des années 80.

Elle se passe dans toutes les villes qui se mettent à avoir peur.

Je ne pense pas ici aux lendemains d'attentats à New York, Paris, Londres ou Ouagadougou. Hier à Bruxelles ou dans ces autres villes éprouvées dont on parle moins parce les victimes sont d'une autre religion, d'une autre couleur de peau ou d'un autre continent.

La peur qui s'installe dans ces villes au lendemain d'attentats est, inévitable et viscérale. Une légitime défense.

Ne pas écouter cette peur serait irresponsable. Il est légitime de vouloir se protéger, bien que le risque zéro sera toujours impossible.

Devant cette peur-là, on accepte un temps les contraintes et limites aux libertés personnelles dans les aéroports, les gares, aux frontières, dans les grands stades et lieux publics.

Puis, la peur physique des lendemains d'attentats finit par s'estomper. À la longue, on l'oublie presque et on baisse la garde, jusqu'au prochain attentat.

Cette peur-là ne fait pas peur. Celle qui fait peur, c'est l'autre, plus insidieuse. C'est la peur qui reste lorsque la poussière des attentats retombe : la peur de l'autre.

Cette peur n'avait pas attendu les attentats terroristes pour exister, direz-vous. C'est vrai. Elle était là avant. Parfois latente, parfois palpable. Elle se nourrit maintenant de chaque nouvel attentat.

Il suffit d'écouter la radio et les vox populi les jours d'attentats. Musulmans, Maghrébins, réfugiés syriens. On entend la peur teintée d'amalgames, de racismes et de «pas dans ma cour».

C'est cette peur que raconte Show me a hero, qui a valu au comédien Oscar Isaac le Golden Globe du meilleur acteur de minisérie.

On y décrit la résistance et la colère des citoyens de Yonkers. L'élément déclencheur est une décision d'un juge fédéral qui ordonne à la ville de construire des logements sociaux (pour Noirs) dans des quartiers jusque-là habités par des Blancs.

C'est dans ce contexte que le jeune conseiller municipal Nick Wasicsko, 28 ans, se fait élire à la mairie de Yonkers  en 1987. Il devient  alors le plus jeune maire des États-Unis.

M. Wasicsko a promis en campagne de combattre ce jugement, mais découvre rapidement qu'il n'y a rien à faire.

Il se résigne alors à lancer un programme de construction qui lui mettra à dos beaucoup de citoyens et finira par causer sa perte.

«Show me a hero and I'll write you a tragedy», avait écrit le romancier F. Scott Fitzgerald. L'expression a inspiré le titre de la série et est une des clefs pour en suivre la trame.

Je ne veux pas vous ennuyer davantage avec des détails, sinon pour parler de l'espoir. Car il y en a.

Une des plus farouches militantes se laisse convaincre qu'elle risque de passer sa vie à lutter contre un projet qui va se réaliser de toute façon.

Ne vaudrait-il pas mieux mettre cette énergie à faciliter l'implantation des logements sociaux en tissant des liens avec les nouveaux occupants? S'installe alors une relation touchante entre la militante et les nouveaux arrivants qui permet de surmonter les peurs et les préjugés.

Bruxelles, 22 mars 2016. Montrez-moi un héros qui croit que ses valeurs sont plus importantes que la vie des autres et je vous écrirai une tragédie.

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