La chaînon manquant

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L'entrepreneur Lino Zambito (photo) a reconnu avoir offert à Nathalie Normandeau des billets de spectacle (Céline Dion, Madonna) au Centre Bell et un bouquet de 40 roses pour ses 40 ans.

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(Québec) CHRONIQUE/ Le rapport de la commission Charbonneau nous avait laissés sur notre appétit.

On y décrivait des stratagèmes de financement politique illégal, de corruption et de collusion pour truquer des contrats.

Mais la commission n'avait blâmé personne, et les enquêtes policières tardaient à aboutir. Cela laissait croire que des acteurs importants allaient finir par s'en tirer.

D'où la satisfaction à cette vague d'arrestations par l'Unité permanente anticorruption (UPAC). Il m'a semblé vous entendre pousser un grand soupir de soulagement : enfin!

Une arrestation ne fait pas la preuve de la culpabilité, bien sûr.

Mais ça fait du bien de se rappeler de temps en temps que personne n'est à l'abri de la justice. Pas même les «vedettes» politiques et les acteurs des coulisses du pouvoir.

La question qui nous vient maintenant est : combien d'autres tomberont dans les filets de l'UPAC ou mériteraient d'y être?

Sans présumer des résultats des procès, l'opération de jeudi matin vient pallier une des grandes déceptions de la commission Charbonneau : sa difficulté à prouver des liens entre financement politique et obtention de contrats. Cela avait d'ailleurs causé la dissension du commissaire Renaud Lachance dans le rapport final.

Les accusations portées contre des politiciens et la firme Roche font croire que l'UPAC a finalement réussi à trouver le chaînon manquant...

Peu de précisions ont été données sur les faits reprochés à Nathalie Normandeau, à Marc-Yvan Côté et aux autres accusés. Cela suggère que le travail n'est peut-être pas terminé.

Des faits troublants avaient cependant été révélés en cours d'enquête et devant la commission. Certains anecdotiques, d'autres plus préoccupants.

L'entrepreneur Lino Zambito a reconnu avoir offert à Mme Normandeau des billets de spectacle (Céline Dion, Madonna) au Centre Bell et un bouquet de 40 roses pour ses 40 ans.

Le Directeur général des élections a associé le nom de Mme Normandeau à une activité de financement illégal orchestrée par Roche au restaurant Louis-Hébert en 2008.

Il fut démontré que l'ex-ministre Normandeau avait utilisé son pouvoir discrétionnaire pour forcer une subvention de 11 millions $ à Boisbriand contre l'avis de son ministère.

Comme par hasard, ce sont les firmes Roche et Infrabec (Lino Zambito) qui avaient obtenu le contrat des plans et de la construction de l'usine de Boisbriand.

Nathalie Normandeau s'est toujours défendue d'avoir contrevenu aux règles du ministère ou de s'être laissé influencer dans son rôle de ministre.

À la commission Charbonneau, elle avait joué l'ingénue qui ne savait pas, se tournant vers son chef de cabinet Bruno Lortie, qui avait «peut-être trahi [sa] confiance».

Elle avait posé en donneuse de leçons de morale et de démocratie, plaidant que le pouvoir «discrétionnaire» des élus est nécessaire pour «faire contrepoids au pouvoir des fonctionnaires».

Possible. Cela pose d'ailleurs une bonne question sur la limite des pouvoirs et des responsabilités des uns et des autres.

On attend des sous-ministres et des adjoints qu'ils se tiennent debout et freinent au besoin les dérapages politiques.

Mais dans cette histoire de Boisbriand, je ne sache pas que des mandarins aient dénoncé très fort les pressions de Mme Normandeau pour infléchir la décision du Ministère.

Ni aient été inquiétés pour avoir autorisé une subvention douteuse. Ou s'ils l'ont fait, il n'y a pas eu de suite, ce qui n'est guère plus rassurant. L'eussent-ils dénoncé, ils auraient perdu leur job.

À quoi sert de payer des mandarins plus cher que leurs ministres si c'est pour qu'ils s'inclinent et se taisent?

«Est-ce que tu crois vraiment, Éric Duhaime, que j'aurais accepté le métier d'animatrice de radio avec toi si j'avais quelque chose à me reprocher? Poser la question, c'est y répondre.»

La réplique de Mme Normandeau (janvier 2015) à son coanimateur a, semble-t-il, beaucoup circulé jeudi.

Se pourrait-il que la réponse ne soit pas celle qu'on pensait?

Mme Normandeau a relaté à la commission Charbonneau son arrivée en politique. Sa première campagne, pour la mairie de Maria, avec «comme seul actif un vélo et 100 $ dans mes poches, comme quoi on peut faire une campagne avec très peu de moyens», disait-elle.

C'était en 1995.

À cette époque, Roche avait déjà les deux mains dans le financement politique et contrôlait les contrats municipaux de la plupart des villes dans Charlevoix et en Gaspésie.

Tout le monde le savait. Mais peut-être Mme Normandeau, fraîchement émoulue de son bac en sciences politiques et d'un certificat en études africaines, l'ignorait-elle encore.

Ce qui étonne davantage, c'est que 15 ans plus tard, lorsque devenue ministre (avec l'appui financier de Roche), elle ait pu continuer à faire comme si elle l'ignorait encore.

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