La montée de l'eau de mer à prendre avec un grain de sel

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D'aussi loin que je me souvienne, on a situé la limite de la salinité du fleuve à la pointe est de l'île d'Orléans. Au-delà, c'est plus flou. Pour le savoir, il faudra implanter un réseau de sondes sur les berges et dans les bras nord et sud du fleuve autour de l'île d'Orléans.

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(Québec) CHRONIQUE / Les scientifiques prédisent une remontée de l'eau salée dans le fleuve, et certains croient que le front salin pourrait atteindre Québec d'ici 2050.

Cela aurait un impact majeur pour Québec et Lévis, dont les usines d'eau potable ne peuvent pas traiter l'eau salée. 

C'est inquiétant, mais, dans les faits, personne ne sait vraiment à quelle vitesse progresse le front salin ni même s'il a commencé à bouger.

Les instruments de mesure sont insuffisants, et les données disponibles sont «contaminées» par les activités humaines.

Il y a bien ici et là des lectures ponctuelles de la salinité du fleuve, mais rien qui permettre de tirer un portrait d'ensemble fiable.   

Ce qui est bien démontré, c'est que le réchauffement du climat fait fondre les glaciers et accélère la montée du niveau de la mer. 

On parle de plus de trois millimètres par an depuis 20 ans à Québec. Si on ne l'a pas remarqué encore, c'est que le continent s'est aussi élevé de deux millimètres par an à Québec.

Il est cependant prévu que le rythme de la montée de la mer va s'accélérer.

Ce qui est démontré aussi, c'est qu'un climat plus chaud accroît l'évaporation dans les Grands Lacs, ce qui tend à réduire le débit du fleuve.

Plus d'eau provenant de la mer et moins d'eau en amont du fleuve : la conséquence prévisible est que le front salin va remonter.

Ce scénario n'est pas contesté dans la communauté scientifique. Ce qu'on ignore, c'est à quelle vitesse avance l'eau salée et jusqu'où elle ira.

J'ai parlé à plusieurs des observateurs les plus attentifs des humeurs du fleuve. Jean Morin et Pascal Matte d'Environnement Canada; Denis Lefaivre de l'Institut Maurice-Lamontagne à Mont-Joli; François Morneau, de la Communauté métropolitaine de Québec. 

Aucun ne peut dire avec précision ce qui s'en vient.

***

D'aussi loin que je me souvienne, on a situé la limite de la salinité du fleuve à la pointe est de l'île d'Orléans. 

Au-delà, c'est plus flou. L'eau salée a-t-elle déjà atteint Saint-Jean ou Saint-Laurent? S'approche-t-elle de Lévis? 

Pour le savoir, il faudra implanter un réseau de sondes sur les berges et dans les bras nord et sud du fleuve autour de l'île d'Orléans.

C'est ce que la Communauté métropolitaine de Québec (CMQ) s'apprête à faire, dès qu'elle en aura fini avec le débat sur la protection du bassin du Lac-Saint-Charles.

Le coût de l'opération dépendra du nombre de sondes. Il en faudrait une bonne dizaine au moins. Plus il y en aura, plus le portrait sera précis.

Il faut cependant savoir que le front salin bouge déjà tous les jours. 

Il avance et recule avec chaque marée. Il va un peu plus loin ou un peu moins selon les saisons, le débit du fleuve, les tempêtes, les grandes marées ou autres phénomènes climatiques. 

Le front salin se déplace ainsi entre L'Isle-aux-Coudres et la pointe est de l'île d'Orléans. C'est en amont que ça devient plus incertain.

Contrairement à ce qu'on pourrait croire, les eaux douces et salées ne se mélangent pas très bien. La coupure est assez nette, d'où l'expression «front salin».

Mais attention. Il ne s'agit pas non plus d'un mur vertical étanche qui traverserait le fleuve en ligne droite. 

La ligne saline est tout en méandres et varie selon la profondeur et la configuration des berges. Seule une modélisation 3D permettrait d'en avoir un portrait précis.

Ce portrait aura son importance lorsque l'eau salée s'approchera des prises d'eau. Il pourrait aider à choisir la stratégie : déplacer une prise eau par exemple ou y puiser de façon intermittente, au moment où l'eau salée se retire.  

***

Si l'eau devient salée à Québec d'ici 2050, comme l'évoquent des chercheurs, «on sera dans le trouble bien avant», prévient François Morneau, coordonnateur à la protection des prises d'eau de la CMQ.

M. Morneau note qu'une douzaine de fois par année, on enregistre déjà des pointes de 855 microsiemens à la prise d'eau de Sainte-Foy-Cap-Rouge. 

Le microsiemen est une mesure de la conductivité de l'eau, donc de sa salinité. La norme pour l'eau potable est de 1055, ce qui suggère qu'on s'approche parfois du seuil.

Il ne faut cependant pas conclure trop vite. La plupart des écarts à Sainte-Foy surviennent lors de redoux ou au printemps. Il est probable qu'ils résultent du ruissellement des sels de déglaçage. 

Quant aux pointes du mois d'août, elles coïncident avec la période du transbordement du sel des Îles-de-la-Madeleine sur les quais du port. 

S'il faut commencer à s'inquiéter, ça ne serait donc pas à cause d'une remontée soudaine du front salin, mais de nos choix d'abrasifs et de fondants pour les routes. 

La bonne nouvelle, c'est que plus facile de changer ces pratiques que de stopper la fonte des glaciers.

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