La météo a le dos large

Lors d'un épisode de météo atypique comme celui... (Le Soleil, Yan Doublet)

Agrandir

Lors d'un épisode de météo atypique comme celui des dernières semaines, Québec manque de bras pour déneiger.

Le Soleil, Yan Doublet

Partage

Partager par courriel
Taille de police
Imprimer la page

(Québec) CHRONIQUE / Oui, il y a eu la météo. Pendant deux semaines, Québec s'est retrouvée coincée sur «l'autoroute des dépressions». Un long carambolage où neige, verglas, grésil, pluie et gel se sont télescopés sans ménagement.

Pris isolément, aucun des épisodes de pluie, de... (Photothèque Le Soleil, Yan Doublet) - image 1.0

Agrandir

Pris isolément, aucun des épisodes de pluie, de neige ou de verglas des dernières semaines n'était exceptionnel. Ce qui fut inhabituel, c'est la succession rapide des précipitations, redoux et gels.

Photothèque Le Soleil, Yan Doublet

Il en a résulté d'importants retards de déneigement. Je ne me souviens pas avoir vu les rues de Québec aussi embourbées depuis la «tempête du siècle» de 1971. Pas même lors des 558 centimètres record de l'hiver 2008.

La météo n'est cependant pas la seule explication. Les retards de déneigement sont aussi la conséquence de choix de gestion et d'urbanisation qui ont rendu la ville plus vulnérable aux épisodes de météo extrême. 

  • 1) Les effectifs 
Il y a aujourd'hui 400 cols bleus réguliers et auxiliaires de moins qu'au moment des fusions. 

Depuis 2014, il y a 900 réguliers et 200 auxiliaires. C'est une centaine de plus que pendant les années qui précédaient, mais moins que dans les anciennes villes.

Pour un hiver normal, c'est jouable, et les services n'en souffrent pas trop. Mais lors d'un épisode de météo atypique comme celui des dernières semaines, ça ne tient plus. Québec manque alors de bras pour déneiger.

Plusieurs contremaîtres des travaux publics rapportent que les listes de rappel sont épuisées et que les délais prévus à la politique de déneigement sont devenus impossibles à respecter.

  • 2) Le budget 
Le budget de déneigement n'a pas été réduit. Il est toujours à 40 millions $, et la Ville n'interdit pas les heures supplémentaires si nécessaire. Elle cherche cependant à les limiter, notamment le dimanche, où elle veut éviter le temps double. 

Cela se défend d'un point de vue administratif. Comme il se défend de ne plus embaucher d'employés juste au cas où on en aurait besoin une fois de temps en temps. Cela a cependant des répercussions sur le service. 

  • 3) Les horaires
Lors des tempêtes, employeur et employés acceptent de dépasser les limites d'heures de travail maximales prévues à la loi 430 sur les véhicules lourds. On me dit que toutes les villes font pareil. 

À l'évidence, cette loi convient mal aux opérations de déneigement urbain. La loi 430 ne peut cependant pas être une explication pour les retards puisqu'on ne la respecte pas.

  • 4) L'expertise
Québec paye actuellement le prix d'une perte d'expertise aux travaux publics. 

Beaucoup de travailleurs expérimentés sont partis à la retraite ces dernières années et n'ont pas été remplacés. 

Des plus jeunes ont été embauchés, mais n'ont pas encore les mêmes habiletés sur la machinerie. Cela a des incidences sur la qualité et la rapidité du déneigement. 

Cela entraîne aussi un risque accru d'usure prématurée et de bris d'équipements, particulièrement dans des conditions difficiles.

On me rapporte que les ateliers mécaniques débordent ces jours-ci. Cela veut dire que ces équipements ne sont pas sur la route. 

  • 5) La machinerie
Le type de machinerie utilisé aujourd'hui est plus polyvalent et permet en théorie d'aller plus vite qu'avant. Mais quand cette machinerie brise, la Ville est plus mal prise qu'avant, expose le président du syndicat des cols bleus, Daniel Simard.

  • 6) Le climat de travail
Le climat de travail chez les cols bleus est actuellement excellent, rapporte M. Simard. 

Depuis que les attaques publiques du maire sur les employés ont cessé, ceux-ci voient la différence sur le terrain. Ils ne se font plus insulter. 

Les retards de déneigement ne peuvent d'aucune façon être attribués à du mécontentement ou à des moyens de pression des employés. Le climat de travail suggère même qu'ils ont le goût d'en donner un peu plus.

  • 7) L'urbanisation
La politique d'urbanisation et de densification «douce» a pour conséquence qu'il y a de moins en moins de terrains vacants pour souffler la neige.

Là où il y avait un bungalow avec un terrain de 100 pieds de façade, on trouve parfois deux jumelés avec quatre entrées d'auto, donc moins d'espace pour la neige. 

Le verglas épais a ajouté à cette réalité. Il est si solide que la neige soufflée ne l'écrase pas. Il en résulte des bancs de neige plus hauts qu'à l'habitude et un manque d'espace pour la nouvelle neige.

Il faudra donc en transporter davantage, ce qui entraîne des coûts et des délais supplémentaires. 

  • 8) Les citoyens 
Les citoyens ont aussi une part de responsabilités. Peut-être même deux.

Les véhicules laissés dans les rues ou mal garés nuisent au déneigement. Je n'ai pas la statistique sur les remorquages pendant les opérations de déneigement, mais chaque fois, cela cause des retards.    

Les citoyens de Québec ont par ailleurs des attentes élevées par rapport au déneigement. 

Plus qu'à Montréal, où ils sont résignés à des délais plus longs ou à ce que, en fin de saison, la Ville attende que la neige fonde plutôt que de la ramasser. Peut-être faudra-t-il revoir à la baisse nos attentes.

Personnellement, je suis plutôt patient sur le déneigement. Je sais que la Ville va finir par passer et que l'hiver, c'est l'hiver.

Mais il y a des limites. Dans ma rue très secondaire, le problème dure depuis le début de la saison. C'est rendu que c'est mon déneigeur privé qui ouvre la rue le matin. 

J'ai porté plainte, sans m'identifier comme journaliste. J'ai été bien accueilli, et on m'a promis un retour dans les 48 heures. J'ai reçu un accusé de réception le 16 février. Depuis, plus rien. 

Seconde plainte ce jeudi. Nouvel accusé de réception, mais toujours pas de pelle loader pour libérer ma rue. 

La météo a le dos bien large cet hiver.

Coincée sur l'autoroute des dépressions

Ç'a commencé de façon anodine le soir du 15 février. Quelques centimètres de neige pendant la nuit, suivis d'un premier épisode de verglas et de pluie. On ne se doutait pas alors de la déferlante qui allait suivre. 

La Ville a tenu le coup un moment, tant bien que mal. Souvent mal, mais c'est seulement 10 jours plus tard qu'elle a perdu le contrôle.

C'est arrivé dans la nuit du 25 au 26 février lorsque le mercure a chuté à - 14 °C après deux jours de neige, de verglas et de pluie. 

La Ville n'a pas eu le temps de ramasser la quarantaine de centimètres de sloche avant que le ciment prenne. 

Ensuite, c'était trop tard.

On a depuis peiné à reprendre le dessus jusqu'à ce que la tempête du 1er mars assène le coup de grâce. 

Pris isolément, aucun des épisodes de pluie, de neige ou de verglas des dernières semaines n'était exceptionnel, rappelle la météorologue Julie Deshaies d'Environnement Canada. 

La pluie et le verglas ne sont pas rares en hiver, et on a déjà vu neiger. Ce qui fut inhabituel, c'est la succession rapide des précipitations, redoux et gels.

Un courant El Niño d'une forte intensité, comme lors de l'hiver du verglas (1998), est à l'origine de ces mouvements de masses d'air et variations soudaines, explique Mme Deshaies.

Les météorologues avaient prédit un hiver d'exception cette année pour le centre et l'est du pays. Mais personne ne pouvait prévoir que «l'autoroute des dépressions» (l'expression est de Mme Deshaies) s'immobiliserait au-dessus de Québec.

«On peut pas faire de miracles», a plaidé le maire Régis Labeaume, en parlant des retards du déneigement. 

«Le problème, c'est qu'il y a encore de la glace sur les rues, il y a encore de la glace sur les trottoirs», a-t-il expliqué.

Un lecteur de la page Facebook du Soleil s'est amusé à déformer les mots du maire. «C'est pas de notre faute, c'est à cause qu'il y a de la neige que c'est pas déneigé.» Je n'ai pas pu m'empêcher de sourire.

Partager

À lire aussi

publicité

publicité

la liste:1710:liste;la boite:91290:box

En vedette

Précédent

publicité

la boite:1608467:box; tpl:300_B73_videos_playlist.tpl:file;

Les plus populaires : Le Soleil

Tous les plus populaires de la section Le Soleil
sur Lapresse.ca
»

CONTRIBUEZ >

Vous avez assisté à un évènement d'intérêt public ?

Envoyez-nous vos textes, photos ou vidéos

Autres contenus populaires

image title
Fermer