La rivière Jacques-Cartier à la rescousse de la Saint-Charles?

La rivière Jacques-Cartier, à Shannon... (Photothèque Le Soleil)

Agrandir

La rivière Jacques-Cartier, à Shannon

Photothèque Le Soleil

Partage

Partager par courriel
Taille de police
Imprimer la page

(Québec) CHRONIQUE / La ville de Québec devra-t-elle un jour aller puiser ailleurs l'eau portable qu'elle tire actuellement du fleuve et de la rivière Saint-Charles? Dans la rivière Jacques-Cartier, par exemple.

La question va finir par se poser si la qualité de l'eau du lac Saint-Charles continue de se dégrader et si le réchauffement climatique devait pousser l'eau salée du fleuve jusqu'à la prise d'eau de Sainte-Foy.

La rivière Jacques-Cartier a une eau d'excellente qualité, un débit moyen 10 fois plus important que celui de la Saint-Charles et coule aux limites de la ville de Québec.

La réglementation provinciale actuelle interdit de transférer de l'eau d'un bassin versant à un autre, mais il y a des précédents.

En 2002, le gouvernement avait autorisé Québec à puiser temporairement dans la Jacques-Cartier le temps de renflouer le lac Saint-Charles.

Le permettre sur une base permanente est une autre histoire. Il faudrait voir en outre si le débit de la Jacques-Cartier serait suffisant pour que des quartiers de Québec s'y abreuvent.

Plusieurs villes de la couronne nord et de Portneuf y puisent déjà leur eau potable et un débit minimal doit être maintenu pour assurer la survie des saumons.

C'est pour ces motifs que Québec avait écarté le scénario de la Jacques-Cartier au moment des fusions en 2002. La nouvelle ville avait alors préféré réinvestir dans ses équipements de filtration et de distribution d'eau potable.

Le constat était alors que l'eau du lac Saint-Charles était d'excellente qualité. Le portrait a cependant changé.

Les épisodes de cyanobactéries se sont multipliés et on constate le ruissellement vers le lac des sels de déglaçage de la nouvelle autoroute du parc.

Le vieillissement accéléré du lac Saint-Charles a déjà forcé la ville à investir près de 10 millions $ pour des filtres et des décanteurs qui interceptent les toxines.

Si les efforts pour freiner l'urbanisation du bassin versant ne donnent pas de résultats, d'autres équipements deviendront nécessaires.

On peut toujours soupçonner le maire Labeaume de viser d'autres objectifs que la seule qualité de l'eau potable lorsqu'il tente de freiner le développement de la couronne nord de Québec. Cela neutralise un concurrent fiscal agaçant.

Il est cependant un fait avéré que l'urbanisation accélère le ruissellement des eaux et le danger pour un lac. On ne peut pas blâmer le maire de vouloir protéger le lac Saint-Charles.

Cela n'empêche peut-être pas de regarder aussi du côté de la rivière Jacques-Cartier. Aller chercher son eau potable un peu plus loin n'est pas une hérésie.

La ville de New York, réputée pour avoir une des meilleures eaux potables au monde, va la chercher à 200 km au nord dans la région montagneuse des Catskill.

New York protège farouchement ce bassin dont l'eau est acheminée vers la ville par gravité sans qu'il soit besoin de la filtrer.

Le parallèle avec le parc des Laurentides est tentant. Le bassin versant de la Jacques-Cartier est couvert de forêt à 80 % et ne subit pas la même pression de développement et d'activités agricoles que la Saint-Charles.

Lorsque Québec a craint de manquer d'eau à la fin de l'été 2002, elle a obtenu la permission de réactiver une ancienne usine de pompage sur la Jacques-Cartier.

Cent cinquante mille mètres cubes d'eau par jour ont alors été transférés dans le bassin du lac Saint-Charles.

Depuis lors, Québec a raccordé son réseau d'aqueduc du secteur ouest (prise d'eau au fleuve) à celui du centre. S'il manque d'eau dans la Saint-Charles, il est désormais possible de compenser en pompant davantage au fleuve.

Le problème est que la qualité de l'eau du fleuve n'est pas assurée à long terme.

Il va de soi aussi qu'un branchement permanent entraînerait des coûts de pompage et de transport importants. Sans parler des enjeux politiques, des débats de principe et des analyses de débit.

***

Un rapport d'audit sur l'eau de Québec (2012) suggère que la Ville est en mesure de répondre aux besoins au moins jusqu'en 2041.

Ce pourrait être davantage même, car la capacité de captage ne sera alors utilisée qu'à 60 %.

Le rapport fait cependant une mise en garde importante passée inaperçue : l'impact des changements climatiques n'a pas été pris en compte pour estimer la capacité de répondre aux besoins.

Le risque de perdre la prise d'eau du fleuve à cause de l'eau salée n'a donc pas été calculé. Ni celui de perdre celle de la Saint-Charles pour cause de pollution extrême.

Techniquement, il est toujours possible de dessaler l'eau pour la rendre potable, mais les coûts d'énergie sont alors considérables.

Une étude de l'INRS Eau (2002) évoquait le scénario d'une remontée de l'eau sale jusqu'à la prise d'eau de Sainte-Foy.

«Advenant l'abandon progressif du fleuve comme source d'approvisionnement [...] il est clair que la rivière Jacques-Cartier deviendrait l'alternative à considérer», peut-on y lire.

L'audit de 2012 (INRS et Université Laval) rappelle qu'au besoin, il est encore possible de «dévier une partie de la rivière Jacques-Cartier dans le versant de la rivière Saint-Charles».

Ce scénario n'y est cependant pas envisagé sur une base permanente.

Peut-être vaudrait-il la peine de vider la question une fois pour toutes et d'aller au bout de l'idée pour vérifier ce qu'elle vaut.

Partager

À lire aussi

publicité

publicité

la liste:1710:liste;la boite:91290:box

En vedette

Précédent

publicité

la boite:1608467:box; tpl:300_B73_videos_playlist.tpl:file;

Les plus populaires : Le Soleil

Tous les plus populaires de la section Le Soleil
sur Lapresse.ca
»

CONTRIBUEZ >

Vous avez assisté à un évènement d'intérêt public ?

Envoyez-nous vos textes, photos ou vidéos

Autres contenus populaires

image title
Fermer