S'incliner devant Uber

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Le ministre des Transports Jacques Daoust

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(Québec) CHRONIQUE / S'estimant impuissant à bloquer Uber, le nouveau ministre des Transports, Jacques Daoust, propose de «s'adapter».

Il veut entendre tout le monde en commission parlementaire pour chercher des moyens d'encadrer les activités d'Uber de façon «équitable». 

On peut saluer la diligence de M. Daoust à se saisir d'un débat que son prédécesseur avait laissé traîner. 

Il aurait cependant été plus élégant qu'il se montre ouvert à toutes les options possibles.

Y compris celle d'appliquer les lois en vigueur, comme on le fait partout ailleurs. 

Les nouvelles technologies et les réseaux sociaux facilitent les échanges entre les consommateurs et ceux qui offrent des services. 

Mais ces technologies ne changent pas la nature des choses. Pour l'essentiel, Uber offre le même service que les taxis. Ne devrait-il pas être assujetti aux mêmes lois, payer les mêmes permis, taxes et impôts?

Faut-il renoncer à appliquer les lois dès lors que la technologie permet de les contourner? Le vaporeux concept «d'économie de partage» est-il un prétexte pour tolérer la délinquance? 

On verrait mal le gouvernement renoncer aux taxes sur le vin parce que la technologie permettrait le contact direct entre un vigneron et le consommateur québécois. 

Pareil pour les autres biens et services. On ne baisse pas les bras.

Pourquoi faut-il que ce soit différent avec Uber? 

La question se pose, et la moindre des choses aurait été de la permettre en commission parlementaire. 

Malheureusement, le ministre a déjà donné sa réponse : Uber est trop gros pour être brisé. 

Le ministre s'est-il incliné devant les avocats d'Uber ou devant l'appétit des citoyens pour changer les vieux modèles? Je laisserai les sociologues répondre.   

Ailleurs dans le monde, plusieurs administrations publiques qui se sont attaquées à Uber s'y sont cassé les dents ou enlisées dans les procédures juridiques.

Quelques-unes sont cependant venues à bout d'Uber, qui s'est retiré par exemple de Hambourg, de Francfort et de Dusseldorf (Allemagne) l'automne dernier, après une bataille juridique. Sauf que rien ne dit que le géant ne reviendra pas à la charge.

Depuis une semaine, Edmonton fait la nouvelle pour avoir été la première ville au Canada à légaliser le service de transport Uber.

«The better way» a titré le quotidien national The Globe and Mail en éditorial, en expliquant que ce modèle permet une meilleure concurrence et plus d'équité. 

Chaque localité a cependant ses spécificités. La population d'Edmonton est plutôt jeune, ouverte aux technos, et le service de taxi y était insuffisant.

Edmonton a d'abord tenté de bloquer Uber avant de sentir la volonté populaire et de se faire une fierté à lui ouvrir les portes la première.

Il a aussi fallu négocier. Le nouveau règlement municipal impose à Uber des obligations : assurances, permis, vérification du dossier criminel, montant de course minimal, etc. 

Les chauffeurs Uber devront aussi verser six sous par course pour dédommager les détenteurs de permis de taxi.

Le principe est intéressant, mais si je compte bien, il faudrait à ce rythme plus de trois millions de courses pour couvrir un seul permis de taxi de 200 000 $.

Dans la région de Québec, les 700 permis de taxi étaient évalués à près de 110 millions $ au 31 mars 2015. 

La montée d'Uber a cependant commencé à faire fléchir la valeur de ces permis.

Si le Québec doit ouvrir la porte à Uber, l'indemnisation des détenteurs de permis de taxi sera incontournable. Ce sera au coeur du débat, et il n'y a pas de justice sociale possible sans cela.

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