Une bête politique comme ministre de la Famille

Sébastien Proulx incarne un modèle de famille traditionnel... (Le Soleil, Erick Labbé)

Agrandir

Sébastien Proulx incarne un modèle de famille traditionnel et stable : deux enfants, Nicolas et Marie-Rose, et une conjointe, Guylaine Roy, qu'il a connue à 16 ans à Trois-Rivières, où tous deux ont grandi.

Le Soleil, Erick Labbé

Partage

Partager par courriel
Taille de police
Imprimer la page

(Québec) CHRONIQUE/ Pendant la campagne 2007 qui le fera élire député de Trois-Rivières, Sébastien Proulx martèle que l'Action démocratique du Québec (ADQ) est le parti des familles.

Le nouveau ministre de la Famille, Sébastien Proulx,... (Le Soleil, Caroline Grégoire) - image 1.0

Agrandir

Le nouveau ministre de la Famille, Sébastien Proulx, est allé faire un tour au Carnaval de Québec, vendredi soir. 

Le Soleil, Caroline Grégoire

Il redoute le gouffre financier des centres de la petite enfance (CPE) et plaide qu'une remise directe de 100 $ par enfant par semaine aux parents répondrait mieux aux besoins.

Il était un «fervent défenseur» de remettre de l'argent dans les poches des familles plutôt que dans le réseau, rappelle un collègue de l'époque.

Nommé cette semaine ministre de la Famille, M. Proulx n'a pas tant changé.

Pas question d'abandonner le soutien public aux CPE, mais il prévient qu'un «service de garde, ce n'est pas [son] projet de société».

«Mon projet, dit-il, c'est le dialogue avec les parents. C'est que les enfants aient des outils d'éveil et d'épanouissement avant d'entrer à l'école.»

«Vous allez entendre un ministre qui veut parler aux parents. Le ministre de la Famille ne doit pas être que le ministre de l'administration des services de garde.»

Il se décrit comme «accessible et à l'écoute». Il hésite ensuite entre les mots entêté et persévérant et sait qu'il «n'a pas une patience légendaire». «Il faut que ça évolue», dit-il.

Le nouveau venu incarne un modèle de famille traditionnel et stable. Deux enfants, Nicolas et Marie-Rose, et une conjointe, Guylaine Roy, qu'il a connue à 16 ans à Trois-Rivières, où tous deux ont grandi. «La plus belle histoire d'amour du monde», dit-il.

Il avait hérité du rôle de Monsieur Thénardier et elle du rôle de Madame, dans la pièce Les misérables montée conjointement par leurs écoles. Le couple ne s'est plus jamais laissé ensuite.

Le personnage d'aubergiste antipathique et fourbe de la pièce est à l'opposé de l'image de bonhomie que projette le nouveau ministre.

Sébastien Proulx, 40 ans, est une bête politique.

La piqûre est venue tôt.

Ses parents connaissaient le député local Pierre-H. Vincent, futur ministre de Brian Mulroney.

Le jeune Sébastien est «turbulent» mais «bon élève». À 10 ans, il lit le journal et suit l'actualité. Lorsqu'il rencontre M. Vincent, il pose des questions.

Il est impressionné par cet avocat «dévoué aux citoyens» et «respectueux des institutions».

Il suivra le chemin de M. Vincent, plutôt qu'un métier de sciences, comme son père qui tenait un hôpital vétérinaire à la maison.

Il fera son droit à l'UQAM et entrera dans un cabinet qui a pour clients des assureurs.

On est en 1999-2000. Le jeune avocat est sensible aux discours sur l'équité entre les générations et réfléchit au modèle québécois.

Il est fasciné par le discours de Mario Dumont, qu'il ira rencontrer à la permanence du parti.

Très tôt, on remarque son «instinct politique». Ceux qui l'ont côtoyé depuis ont noté aussi son habileté à débattre; son intelligence, son esprit cartésien, ses capacités de synthèse et son aisance à communiquer.

Il est capable d'être «très mean et mordant», mais il n'est «pas vicieux et ne fait pas d'attaques sur la personne». Même ses adversaires n'arrivent pas à le détester, et on ne lui connaît pas d'ennemi.

Un gars «très gentil, jovial et positif», décrit le maire de Trois-Rivières, Yves Lévesque, qui a eu «plaisir» à travailler avec le député Proulx en 2007 et en 2008.

«Obélix est tombé très jeune dans la potion; un politicien dans l'âme», a-t-il constaté.

Un «politicien professionnel», dira un ancien collègue. Le choix de mot trahit une certaine amertume.

Un autre ex-collègue lui reproche d'être allé au Parti libéral du Québec «pour les mauvaises raisons». «Pour le pouvoir plutôt que par conviction.»

On note aussi son plaisir à être «le centre d'intérêt». «Il s'apprécie beaucoup.»

L'habitude voulait que les députés utilisent leur budget de publicité pour aider des organismes locaux en leur achetant des annonces.

Le député Proulx s'en servira plutôt pour installer des panneaux d'autopromotion géants le long des routes. L'anecdote fera jaser.

D'anciens collègues de l'ADQ se souviennent que lorsque M. Proulx fut dg du parti, il ne partageait pas beaucoup l'information. Un «style de gestion opaque» inspiré du chef Mario Dumont.

Candidat dans Laviolette en 2003, il perd aux mains de Julie Boulet, devenue cette semaine sa collègue au Conseil des ministres.

M. Proulx déménage à Québec en 2005, où il rejoint Mario Dumont. Lorsqu'on le sollicite pour les élections de 2007, il insiste pour que ce soit à Trois-Rivières et nulle part ailleurs.

«C'est important de représenter des gens qu'on comprend et qui sont dans notre milieu de vie.» Il devient alors leader de l'opposition.

Battu en 2008, il retourne au droit et devient commentateur politique (Radio-Canada). Il coupe les ponts avec la politique active.

En relisant ses déclarations de l'époque, on pouvait pressentir le virage qui allait suivre.

«L'ADQ n'est pas le véhicule de la droite. Sinon, j'en descends aussitôt [...] Je ne suis pas à droite dans la vie [...] Je le suis encore moins depuis que j'ai des enfants. Je n'émane pas de là.»

Me Marc-André Gravel a connu Sébastien Proulx à l'ADQ à Montréal en 1999.

«C'est quelqu'un qu'on remarque naturellement, dit-il. Il rend les gens à l'aise et heureux. C'est quelqu'un de simple, très affable et avec un bon sens de l'humour.»

Il le recrutera à son cabinet de Québec après son premier passage en politique. Il lui confie des mandats de droit et d'orientation du bureau. C'est un «gros joueur d'équipe», décrit-il.

Me Gravel rédigera le mot de départ de Me Proulx lorsque Philippe Couillard le recrute comme conseiller en 2014. «Quand le PM t'interpelle, tu n'as pas un gros rapport de force», se résigne-t-il.

Sébastien Proulx dit n'avoir vécu «aucun déchirement» à passer dans le camp libéral. Élu député de Jean-Talon à la partielle de 2015, ce n'était qu'une question de temps avant que la bête politique accède au Conseil des ministres.

En trois mois, la ville de Québec hérite donc d'un deuxième ministre de la Famille, après Jean-Yves Duclos nommé en novembre à Ottawa.

M. Proulx n'avait pas fait le lien avant que je le lui fasse remarquer, mais s'est promis d'en parler le soir même à M. Duclos lors de l'ouverture du Carnaval. Qui sait où la coïncidence pourra mener.

Deux ministres de la Famille. Deux hommes.

Il y a là un signe des temps qui est, je trouve, plus intéressant que la quête d'une parité hommes-femmes dans les conseils de ministres.

Partager

À lire aussi

publicité

publicité

la liste:1710:liste;la boite:91290:box

En vedette

Précédent

publicité

la boite:1608467:box; tpl:300_B73_videos_playlist.tpl:file;

Les plus populaires : Le Soleil

Tous les plus populaires de la section Le Soleil
sur Lapresse.ca
»

CONTRIBUEZ >

Vous avez assisté à un évènement d'intérêt public ?

Envoyez-nous vos textes, photos ou vidéos

Autres contenus populaires

image title
Fermer