Comme un fou, comme un ange

Pierre Bilodeau, qui avait participé à l'inauguration du... (Photothèque Le Soleil, Patrice Laroche)

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Pierre Bilodeau, qui avait participé à l'inauguration du piano itinérant sur le parvis de l'église Saint-Roch en compagnie d'Anne-Marie Bonneville, a été conduit à son dernier repos en début de semaine.

Photothèque Le Soleil, Patrice Laroche

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(Québec) CHRONIQUE/ Le curé n'avait pas vu souvent son église aussi remplie depuis 10 ans. Pas même aux messes de minuit.

Les allées étaient presque pleines pour les funérailles, mais je n'y ai vu ni caméras ni dignitaires.

Pas non plus de drapeaux en berne, de tapis rouges, de têtes couronnées du monde des arts, de la politique, des affaires, du sport ou des médias.

Ni de premier ministre faisant l'aller-retour à nos frais en avion depuis l'Europe.

J'ai vu ce jour-là davantage de casquettes, de tuques un peu croches, de capuchons et de piercings que de fourrures et de complets-vestons.

Il y avait là des gens âgés, des plus jeunes, des proches et des anonymes, venus en solitaires ou en petits groupes.

À la différence de René Angélil, dont les funérailles ont eu lieu vendredi, le musicien Pierre Bilodeau a vécu sur le versant obscur du show-business.

Celui des chemins de traverse où il a côtoyé les misères de la rue, l'isolement, la maladie mentale et la toxicomanie.

Il a vécu loin de la notoriété et des grands honneurs, mais ces choses-là ne vont pas toujours juste au mérite.

M. Bilodeau est parti entouré de ses proches lui aussi. Pour ceux-ci, la notoriété ou son absence ne change rien à la douleur.

La seule différence est que pour M. Angélil, on comptait plus d'épaules pour pleurer, pour partager la peine et pour dire l'admiration.

M. Bilodeau a été emporté par un cancer du poumon le 12 janvier dernier. J'ai assisté à ses funérailles au début de la semaine à l'église Saint-Roch.

Une cérémonie tout en contraste avec celle de vendredi à la télévision nationale, mais, pour l'essentiel, pas si différente qu'il peut paraître.

Ça a commencé avec la chanson de Claude Dubois. D'abord une guitare, puis une voix incertaine et bientôt un choeur de femmes enlacées et déchirées, formé des soeurs, des nièces et des petites-nièces du disparu.

Si Dieu existe.

C'est la chanson que le musicien de rue aimait interpréter sur les marches du parvis de Saint-Roch et parfois dans l'église.

C'était à s'y méprendre avec la voix de celui qui aurait voulu être un artiste et l'a été.

Il serait injuste de réduire M. Bilodeau à cette seule chanson, mais c'était sa signature. La chanson par laquelle les gens, même ceux qui ne le connaissaient pas, pouvaient avoir l'impression de le connaître un peu quand même.

«J'aurais préféré que le titre soit "Oui, Dieu existe"», s'est amusé en chaire le curé Jean Piché, qui y a vu un «chant d'espoir».

Pierre Bilodeau venait de Saint-Roch et sera resté attaché à son quartier jusqu'à la fin. Je ne me souviens lui avoir parlé qu'une fois. C'est une de plus qu'avec M. Angélil.

Un collègue a signé le lendemain du décès un joli texte dans Le Soleil évoquant la contribution de M. Bilodeau, son parcours d'artiste, de bénévole, de travailleur communautaire et d'homme de coeur.

Ce fut tout. Ce qui devait être dit l'avait été. Le reste aurait été du spectacle.

Des proches ont rappelé que «Pierrot» n'avait pas eu une trajectoire facile et n'était pas parfait. L'ange a eu ses démons. Pas étonnant qu'il avait adopté une chanson de Dubois.

«Tu n'étais pas riche, mais l'héritage que tu nous laisses n'a pas de prix», a souligné sa nièce pendant la cérémonie.

«Il était ma zone grise... un peu comme une conscience qui te ramène à l'ordre lorsque tu atteins ta propre limite», a écrit une autre proche sur le site Internet de la maison funéraire.

Il y avait à l'avant de l'église, au pied de l'autel, une grande affiche avec la photo de Pierre Bilodeau. Cette affiche avait passé le dernier automne à arpenter la ville sur un autobus du Réseau de transport de la Capitale (RTC).

L'artiste avait prêté son visage à la campagne de financement de la Maison Lauberivière. Un ami a récupéré l'affiche au RTC et la lui avait apportée à l'hôpital. Elle aura finalement suivi jusqu'à l'église.

Fidèle à ses causes, M. Bilodeau a demandé à ce que les témoignages de sympathies à son décès se traduisent par des dons à Lauberivière.

La cérémonie m'a paru longue. Pas autant que celle de M. Angélil, mais plus, il me semble, qu'à l'habitude pour des funérailles.

C'est qu'on a beaucoup chanté. Beaucoup applaudi. Beaucoup raconté combien l'homme était disponible, à l'écoute et au service des autres, sans les juger.

Le son de la musique était par moment récalcitrant, et les notes, pas toujours aussi justes et harmoniques que celles des Petits Chanteurs du Mont-Royal pour M. Angélil.

Mais ces notes avaient du coeur et sonnaient en parfaite harmonie avec un artiste du versant obscur du show-business.

Ça s'est terminé par une grande ovation debout. Sa dernière. Sa seule peut-être.

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