Comment L'Allier est devenu maire

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C'est sous le regard du photographe du Soleil que Jean-Paul L'Allier, accompagné de sa conjointe Johanne Mongeau, avait déposé son bulletin de vote dans la boîte de scrutin.   

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Jean-Paul L'Allier 1938-2016

Politique

Jean-Paul L'Allier 1938-2016

L'ex-maire de Québec, Jean-Paul L'Allier, est décédé dans la nuit du 4 au 5 janvier 2016. »

(Québec) À l'approche des élections de 1989, le Rassemblement populaire (RP) constate que ses appuis plafonnent faute d'une candidature de prestige à la mairie.

Jean-Paul L'Allier au moment de prêter serment pour... (Photothèque Le Soleil) - image 1.0

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Jean-Paul L'Allier au moment de prêter serment pour la première fois en tant que maire de la ville de Québec. 

Photothèque Le Soleil

Le parti d'opposition croyait bien l'avoir trouvée en 1985 avec Claire Bonenfant, ex-présidente du Conseil du statut de la femme.

Celle-ci avait accepté, avant de finalement se désister, n'ayant pu obtenir de congé sans solde de son employeur.

Le RP s'était alors résigné à aller au front avec Pierre Mainguy, presque par défaut. M. Mainguy avait fait mieux que ce que les sondages laissaient croire, mais pas assez pour ébranler Jean Pelletier.

Plusieurs au RP s'accommodaient de ce rôle d'opposition, mais, pour d'autres, il devenait évident que le parti risquait de ne pas survivre à une autre défaite.

Militant de la première heure, Marc Roland fut le premier à mettre sur la table le nom de Jean-Paul L'Allier.

«L'élément déclencheur» fut la lecture des Années qui viennent, un recueil de chroniques de M. L'Allier d'abord parues dans Le Devoir.

Dans sa préface, le politicologue Léon Dion notait que M. L'Allier n'était «pas un adepte mordu des théories à la mode». Plutôt un «humaniste progressiste» convaincu que «les organisations sont faites pour les hommes et non l'inverse».

Sa préface se terminait ainsi : «Je me plais à souhaiter qu'un jour prochain, pour son bien comme pour le nôtre, il se retrouve dans une position de responsabilité publique qui incite certains à lui rappeler ses propres propos dans Les années qui viennent.»

«C'était presque une invitation», se souvient M. Roland, qui partage alors sa découverte avec des collègues.

Le nom de Jean-Paul L'Allier apparaît désormais dans la liste des prospects du RP, comme un moment celui de Jean-François Bertrand, qui succédera finalement à Jean Pelletier à la tête du Progrès civique.

M. L'Allier a à l'époque un bureau de consultants rue Saint-Pierre et a fait quelques contrats pour l'administration Pelletier.

Le problème est que personne au RP ne connaît M. L'Allier assez pour l'approcher, rappelle Claude Cantin. «Il fallait trouver quelqu'un.» 

C'est Pierre Boucher (qui deviendra plus tard président de la Commission de la capitale nationale) qui servira d'intermédiaire.

M. Boucher n'est pas un militant du RP, mais a servi M. L'Allier au ministère de la Culture. Il explique à son ancien patron que l'opposition se cherche une «locomotive» et sonde son intérêt. Le rôle de M. Boucher s'arrêtera là.

Il sera convenu d'un premier rendez-vous avec le RP au bureau de M. L'Allier. Marc Roland y était, Pierre Mainguy, Lise Lemieux, un ou deux autres.

À l'évidence, l'ex-ministre partage les valeurs sociales-démocrates du Rassemblement populaire, mais veut savoir davantage à qui il a affaire.  

La secrétaire de M. L'Allier encourage discrètement les visiteurs. Elle connaît son patron. «On peut sortir l'homme de la politique, mais pas la politique de l'homme», leur glisse-t-elle.

Dans ce parti de péquistes, de socialistes et de syndicalistes, tous ne sont pas d'accord. Certains se méfient de ce libéral qui a fait des affaires avec le maire Pelletier.

«Il y avait de la suspicion et de l'inquiétude», se souvient Richard Lacasse, alors permanent du parti. 

Le «sentiment de parenté idéologique» finira cependant par l'emporter, rapporte M. Lacasse, qui deviendra le premier attaché de presse du maire L'Allier. 

L'intérêt du RP pour M. L'Allier a commencé à filtrer dans les médias. L'annonce officielle de sa candidature se fera le 28 juin 1988 au Clarendon. La convention aura lieu l'automne suivant. 

M. L'Allier trouve que le RP va trop loin en prônant des conseils de quartier «décisionnels» plutôt que «consultatifs». 

Mais pour le reste et à la grande surprise des militants, il accepte presque tel quel le programme du RP, rapporte M. Roland.

«Des gens avaient peur aussi qu'il arrive avec son monde et ses candidats.» Ce fut le contraire. Il s'est «mis au service du parti».

Le nouveau venu est cependant agacé par la lourdeur des procédures du RP héritées des groupes populaires.

Les statuts du parti prévoient, par exemple, qu'à la convention, chaque candidat a 20 minutes de parole avant le vote.

M. L'Allier est cependant seul sur les rangs à la convention du 16 octobre 1988. Il commence son discours avec la verve qu'on imagine, mais après 20 minutes, le président d'assemblée l'interrompt.

- Votre temps est écoulé, Monsieur L'Allier.

- Peut-être, plaide-t-il, mais il n'y a pas d'autres candidats.

Rien n'y fit.

Jean-Paul L'Allier s'en souviendra encore lorsque quatre ans plus tard, il est à nouveau seul candidat à la convention de son parti. 

Il commence alors avec humour en disant qu'il va terminer son discours de candidat interrompu à la convention précédente.

***

Jean-Paul L'Allier court un gros risque en prenant la tête du Rassemblement populaire.

Le parti compte alors 1200 membres, dispose d'une bonne organisation, de candidats de qualité et a de l'argent pour mener une vraie campagne.

En plus, le régime de Jean Pelletier montre des signes d'usure, est divisé et est de plus en plus critiqué.

Sauf que dans les sondages, rien n'y paraît. L'establishment local ne prend toujours pas le parti au sérieux, et la Chambre de commerce refuse même de rencontrer ses représentants.

En mai 1989, un an après l'entrée en scène de M. L'Allier, un sondage donne 75 % au Progrès civique et seulement 22 % au Rassemblement populaire.

L'adversaire Jean-François Bertrand jouit alors d'une grande notoriété. L'ex-ministre du Parti québécois vient de tenir pendant deux ans un micro à CHRC et se plaît à raconter qu'il se fait déjà appeler monsieur le maire. 

Cette même «stratégie» profitera à la mairesse Andrée Boucher (FM93) quelques années plus tard et dans une moindre mesure au maire Régis Labeaume (CHOI). 

Le bruit a commencé à courir que Nathalie Normandeau (FM93) pourrait à son tour utiliser son micro comme tremplin pour un retour politique à la mairie de Québec.

Mais chaque chose en son temps. Revenons à notre histoire.

C'est à la suite du débat des chefs... (Photothèque Le Soleil) - image 2.0

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C'est à la suite du débat des chefs que le vent tournera pour Jean-Paul L'Allier.

Photothèque Le Soleil

En ce printemps 1989, des militants du RP s'impatientent. Ils trouvent que leur nouveau chef tarde à prendre sa place dans l'actualité. 

M. L'Allier les rassure tant bien que mal. «Faites-moi confiance», leur dit-il. Des élections se gagnent dans les trois dernières semaines. Il est inutile de gaspiller trop vite les cartouches. Ce qu'il faut, c'est être prêt quand ce sera le temps.

Le RP fait campagne sur la démocratie, la corruption, le besoin de vrai changement et une vision de l'aménagement du centre-ville à l'opposé de celle du Progrès civique.  

***

À deux mois du vote (septembre 1989), un nouveau sondage donne toujours 70 % à Bertrand et 30 % à L'Allier.

Le moment de vérité approche. 

Le RP hausse la cadence, multiplie les alliances avec les groupes locaux et achète des publicités à la télévision. 

Le vent tournera pour de bon au débat des chefs. «L'Allier gagnant», titre le journal du lendemain. 

Sur le terrain, des militants du RP notent que beaucoup de militants du Progrès civique restent cette fois à la maison. Cela fera la différence dans plusieurs districts.

Le soir du 5 novembre 1989, Jean-Paul L'Allier obtient 58 % des votes et fait élire 17 conseillers. Les années qui viennent pouvaient commencer.

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