Le maire qui prenait le temps

Lorsque qu'il a quitté la vie publique, Jean-Paul... (Photothèque Le Soleil, Jean-Marie Villeneuve)

Agrandir

Lorsque qu'il a quitté la vie publique, Jean-Paul L'Allier avait choisi de plus participer à la joute partisane et se tenait loin des débats publics.

Photothèque Le Soleil, Jean-Marie Villeneuve

Partage

Partager par courriel
Taille de police
Imprimer la page

Dossiers >

Jean-Paul L'Allier 1938-2016

Politique

Jean-Paul L'Allier 1938-2016

L'ex-maire de Québec, Jean-Paul L'Allier, est décédé dans la nuit du 4 au 5 janvier 2016. »

(Québec) CHRONIQUE / Un gaucher obligé d'écrire de la main droite. Cela demande temps et effort. C'est peut-être ce qui a forgé l'«âme de créateur» dont Jean-Paul L'Allier se sentait habité.

«Un concepteur et designer, plutôt qu'un spécialiste de la mécanique», s'était-il décrit un jour en entrevue. «Un architecte plutôt qu'un ingénieur.»

On se souviendra de l'oeuvre visionnaire de ce maire «homme d'État» et de sa contribution décisive au paysage de Québec.

Relance du quartier Saint-Roch, embellissement des boulevards René-Lévesque et Charest, berges de la rivière Saint-Charles, gare du Palais, etc.

Pendant toute sa vie publique, M. L'Allier se sera laissé guider par un conseil de son père boulanger qu'il se plaisait à nous rappeler : «Fais plus de ce que tu fais le mieux».

Ce que Québec savait faire de mieux, c'était d'être belle, croyait-il. Aussi s'est-il attelé à l'embellir davantage en semant la beauté dans les rues et les parcs de ses quartiers centraux.

Son rôle dans les fusions municipales fut déterminant.

Sans lui, il n'y aurait pas eu de fusions et sans fusions, Québec ne serait pas la ville énergique et rayonnante qu'elle est devenue.

Plusieurs lui reprochent de ne pas avoir livré les économies d'échelle promises et d'avoir acheté à fort prix la paix avec les syndicats.

C'est un fait. Les fusions n'ont pas généré d'économies. Peut-être était-ce le prix à payer pour une ville plus cohérente et mieux outillée.

Il était difficile d'intégrer une douzaine de fonctions publiques concurrentes sans ajouter les jalousies et frustrations qui auraient résulté de conditions de travail disparates.

On est allé au plus pratique : niveler par le haut.

***

Jean-Paul L'Allier aimait croire que son principal héritage ne fut ni l'aménagement de Saint-Roch ni les fusions.

Il revendiquait plutôt le retour de la démocratie à l'hôtel de ville, notamment par la création des conseils de quartiers et les consultations publiques.

On pourrait y ajouter le rehaussement des règles éthiques et une plus grande ouverture à l'information.

C'est de ça dont il était le plus fier, nous rappelait-il au fil des entretiens qu'il a égrenés depuis sa sortie.

Il était tentant de lire entre les lignes une critique de l'administration actuelle, mais sans la vindicte et la férocité dont il était capable lorsqu'il s'attaquait à l'époque à ses adversaires politiques.

Lorsqu'il a quitté, M. L'Allier a choisi de se retirer des joutes partisanes et il se tenait loin des débats de l'actualité.

Il estimait avoir eu les coudées franches pour faire ce qu'il voulait quand il était maire et croyait que ses successeurs y avaient droit aussi.

Ce qui ne l'a pas empêché de commenter ici et là des enjeux d'aménagement et de démocratie.

Il commençait chaque fois en prévenant qu'il ne commenterait pas l'actualité et ne jouerait pas à la belle-mère.

Une fois dédouané, il enchaînait par un «mais» qui ouvrait grande la porte à des réflexions et analyses sur l'actualité. Nous n'en étions pas dupes et lui non plus j'imagine, mais on jouait le jeu.

Il fit exception pour le projet de tramway qu'il a officiellement appuyé et pour critiquer à mots découverts la façon dont Québec a récemment mené ses relations de travail.

***

M. L'Allier n'était pas un populiste. Il ne se précipitait pas à tout propos devant les caméras. Lorsque la rivière Lorette a débordé, il ne s'est pas allé parader sur les berges en bottes de caoutchouc.

Il savait ne rien pouvoir changer au niveau de l'eau et aux travaux d'urgence. Il avait laissé travailler les employés.

Ce fut sans doute une erreur. Le journal du lendemain avait titré en grosses lettres : «Où était L'Allier?», nourrissant la perception d'un maire distant et insensible.

M. L'Allier était farouchement à l'écoute des citoyens, rapportent tous ses proches collaborateurs, mais il ne gouvernait pas par image ou par sondage. Il allait selon ses convictions, au risque d'être jugé.

Sa dernière grande contribution au débat public fut sans doute sa réflexion sur le rôle et la fiscalité des villes dans un «livre blanc» de l'Union des municipalités du Québec.

L'un des fils conducteurs était de «rapprocher la décision du citoyen». Ce fut à l'époque un des moteurs de son engagement municipal, se souviennent les militants de la première heure. Il y aura été fidèle jusqu'au bout.

Ses valeurs de démocratie s'incarnaient dans le quotidien de son administration. Il prenait le temps d'écouter et de se laisser convaincre.

Il prenait le temps de consulter, sans chercher obstinément les consensus, qui n'étaient pas à ses yeux une garantie de meilleure démocratie.

Il avait trouvé des points d'équilibre entre consultation et décision.

Pragmatique, il connaissait les délais des administrations publiques. Savait que pour bien faire les choses, il y a des étapes à franchir et que les escamoter accroît le risque d'erreur».

«Il vaut mieux mesurer trois fois et couper une seule fois que le contraire», disait-il, citant cette fois un oncle menuisier.

Ce maire savait prendre le temps qu'il faut pour écouter et agir. C'est l'héritage dont il se disait le plus fier. C'est cependant le morceau le plus fragile de l'héritage considérable qu'aura laissé Jean-Paul L'Allier.

Je propose le boulevard Charest

La Ville de Québec réfléchira au cours de la prochaine année à la façon la plus convenable d'honorer la mémoire du maire L'Allier.

Les pratiques de toponymie à Québec veulent qu'on attende un an avant d'utiliser le nom d'un disparu. C'est une sage pratique, qui évite de parfois regretter ou avoir à se dédire.

S'il faut un lieu en juste proportion de la contribution de M. L'Allier, il faudra quelque chose de majeur. Un grand boulevard ou une grande place.

Je propose le boulevard Charest. L'artère, réaménagée sous M. L'Allier, est une des plus importantes de la ville.

Elle traverse le quartier Saint-Roch et jouxte le jardin et l'École des arts visuels qu'il y a aménagés. On pourra difficilement trouver plus forte symbolique.

On n'aime jamais débaptiser une voie de circulation. Cela crée des irritants pour les riverains et de la confusion au début. Mais il faut parfois ce qu'il faut.

Il n'y aurait pas de dommage irréparable à gommer le nom de l'ex-curé de Saint-Roch Zéphirin Charest (1813-1876). Quitte à le réattribuer à un lieu de moindre importance.

Rebaptiser de la Couronne est une autre possibilité. L'artère jouxte aussi le jardin de Saint-Roch et unit la haute et la basse ville, une ambition chère à l'ancien maire.

Il y aurait une délicieuse ironie à ainsi donner le nom d'un indépendantiste à une rue qui célèbre la couronne britannique.

Rebaptiser le jardin de Saint-Roch ou la promenade de la rivière Saint-Charles aurait aussi un sens, mais il me semble que ce serait bien peu pour un maire plus grand que nature.

Partager

À lire aussi

publicité

publicité

la liste:1710:liste;la boite:91290:box

En vedette

Précédent

publicité

la boite:1608467:box; tpl:300_B73_videos_playlist.tpl:file;

Les plus populaires : Le Soleil

Tous les plus populaires de la section Le Soleil
sur Lapresse.ca
»

CONTRIBUEZ >

Vous avez assisté à un évènement d'intérêt public ?

Envoyez-nous vos textes, photos ou vidéos

Autres contenus populaires

image title
Fermer