La classe de madame Pascale

Pendant les exercices, les mains se lèvent à... (Le Soleil, Yan Doublet)

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Pendant les exercices, les mains se lèvent à chaque question et les réponses fusent. Les erreurs sont permises et les rires sont spontanés.

Le Soleil, Yan Doublet

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(Québec) Beaucoup des réfugiés qui viennent s'asseoir sur les bancs de nos écoles n'avaient jamais tenu un crayon ni fait la différence entre un sujet et un verbe. Lourd défi que d'apprendre le français en même temps qu'on apprend à lire et à écrire. Le Soleil est allé s'asseoir quelques heures avec eux dans des salles de classe. Après les cours aux adultes du Cégep de Sainte-Foy hier, incursion aujourd'hui à l'école secondaire Vanier.

Je croyais rencontrer des novices intimidés. Je me suis retrouvé devant une classe de polyglottes pétillants.

Tous parlaient trois ou quatre langues. Népali, swahili, hindi, anglais, kirundi, français. Quelques autres aussi dont le nom m'a échappé lorsque, à tour de rôle, ils se sont levés pour se présenter.

Les élèves de la classe de madame Pascale ont entre 12 et 17 ans. La petite dernière, népalaise, est arrivée il y a deux semaines. Deux nouveaux, de la République centrafricaine, étaient attendus mercredi matin. 

Les plus anciens fréquentent la classe depuis un an, parfois un peu plus. Les élèves restent en classe d'accueil de premier niveau le temps qu'il faut pour atteindre le niveau suivant.

Le jour de ma visite, les 18 élèves de Pascale Rousseau étaient déjà à leur pupitre lorsque la cloche du premier cours de l'après-midi a sonné à 12h45.

Une discipline qui les prépare pour le jour où ils passeront au programme régulier, explique la professeure.

Nous sommes à Vanier, une petite école secondaire de quartier, coin Hamel et Marie-de-l'Incarnation.

On y vient à pied depuis le quartier «petit Népal» un kilomètre plus loin, depuis les rues voisines ou le grand HLM en face.

De leurs balcons, les parents peuvent voir le directeur dans son bureau lorsqu'ils téléphonent à l'école. C'est si proche qu'on voit parfois des mamans traverser la rue en pyjama les soirs de réunion de parents.

Les profs et la direction finissent par connaître les noms des 360 élèves de l'école. Un tiers sont en francisation, un tiers au programme régulier et le dernier tiers en adaptation scolaire.

On ne se contera pas d'histoires, Vanier est parmi les quartiers les plus défavorisés de Québec. Cela a des incidences sur la vie à l'école.

Avec des partenaires privés, on offre des petits déjeuners le matin, des jus et des barres tendres avant les examens. 

Au local d'animation, on trouvera de quoi manger si on vient écouter de la musique, jouer au babyfoot ou participer à des ateliers.

Dans cette école atypique, on gère les mêmes questions que dans les autres écoles secondaires : violence dans la cour d'école, drogue, absentéisme, etc.

Si un jeune manque d'énergie, on se demandera s'il est malade ou a assez mangé, s'il y a des problèmes à la maison ou s'il souffre des tiraillements entre les valeurs de sa famille et celles de la collectivité.

À ces questions usuelles, on en ajoutera d'autres. Le jeune s'ennuie-t-il de parents ou amis laissés derrière ou éparpillés sur la planète? Est-il perturbé par des nouvelles venant du pays d'origine?

On découvre parfois que ces ados sont des soutiens de famille et portent des responsabilités plus grandes que les enfants de leur âge. 

On devra apprendre à gérer les impulsions d'un ado le jour où on découvre qu'il a peut-être été un enfant-soldat dans son ancienne vie.

Au tableau de la classe de madame Pascale, le bulletin météo de ce 1er décembre : «Il fait soleil [dessin de soleil], il fait beau, mais il fait froid.»

Le premier exercice de l'après-midi vise à identifier le nombre de syllabes dans des mots lus à voix haute.

Les élèves doivent encercler le bon chiffre dans leur cahier. J'en vois plusieurs qui répètent les mots et qui, entre chaque syllabe, se frappent l'avant-bras du tranchant de la main. La «stratégie» aide à découper les mots, explique la professeure.

À chaque question, les mains se lèvent et les réponses fusent. Les erreurs sont permises et les rires, spontanés. J'avais noté la même chose dans les classes d'adultes la semaine dernière.

La classe est énergique, attentive et disciplinée, bien que madame Pascale doive parfois la rappeler à l'ordre : «Tout le monde regarde la personne qui parle.»

Je sens de l'excitation à l'annonce d'un travail d'équipe pour lequel les élèves pourront utiliser les iPad tout neufs reçus en classe la semaine dernière.

Il s'agira d'associer des images de Noël aux mots du texte : cadeaux, boules, guirlandes, crèche, cloches.

Il faudra chercher le sens des mots avec Google images. Pas si facile quand on n'a jamais vécu Noël, ni vu de guirlande ou de sapin.

Pascale Rousseau, professeure à l'École secondaire Vanier... (Le Soleil, Yan Doublet) - image 2.0

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Pascale Rousseau, professeure à l'École secondaire Vanier

Le Soleil, Yan Doublet

Parlant de sapin, les élèves avaient voté la veille pour choisir dans quel coin de la classe l'installer. Une leçon sur la démocratie autant que sur l'ergonomie de la classe.

J'ai été soulagé de voir que Noël et ses symboles n'avaient pas été aseptisés dans une vague évocation du temps de Fêtes, sous prétexte de ne pas froisser les élèves venus d'autres cultures ou religions.

Non pas que ces préparatifs m'importent tant, mais ils font partie des traditions d'ici. Si on veut intégrer les nouveaux arrivants à la vie du Québec, on ne peut pas faire semblant que Noël n'existe pas.

Outre l'apprentissage du français et des aptitudes scolaires, les classes d'accueil cherchent à adoucir le «choc de l'atterrissage» au Québec, explique Pascale Rousseau.

Les activités en classe sur «les traditions de Noël chez les Canadiens» favorisent cette intégration. Comme les activités sur l'Halloween ou les initiations au ski de fond, à la raquette, au patin ou au vélo.

L'école amènera aussi les élèves à la bibliothèque du quartier, à la maison des jeunes et dans les autobus du RTC pour leur faire découvrir la culture et les règles de la vie locale.

Quatre des élèves de madame Pascale laisseront sous peu leur place à de nouveaux venus. Ils sont prêts à passer au niveau suivant, tant par les connaissances acquises que par la confiance en soi.

Il faudra ce jour-là remplacer leur fiche et leur photo sur la grande carte du monde accrochée près de la porte.

Je me suis arrêté un moment à ces fiches. En quelques mots, elles disaient un peu du drame et des espoirs de ces jeunes réfugiés. Les élèves avaient complété des phrases.

Avant de partir, j'étais...

... content parce que... je prenais l'avion.

... content parce que... j'aime le Canada (plusieurs avaient aussi écrit Québec).

... triste parce que... j'aime le Népal.

Avant de partir, j'ai dit au revoir...

... à mes amis (il y avait souvent des noms)

Et celle-ci, qui se passe de commentaire.

Avant de partir, j'ai dit au revoir... à papa.

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