Le blues du partisan 

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Une logique régionale voudrait qu'en l'absence du Rouge et Or, le partisan du PEPS se rabatte sur l'équipe francophone voisine, les Carabins... Mais c'est impossible.

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(Québec) CHRONIQUE / C'est samedi. Au diable la commission Charbonneau, les cibles décevantes de gaz à effet de serre et de réfugiés syriens à Québec. Au diable les faux réinvestissements en éducation et autres mirages de l'agenda politique.

On va parler aujourd'hui des vraies affaires : la Coupe Vanier au PEPS.

J'aurais préféré que le Rouge et Or y soit, mais je trouverai quand même plaisir à cette finale universitaire.

Peu importe les équipes, j'aime l'intelligence du jeu de football, la musique des corps qui s'entrechoquent, le ballet des couleurs sous la lumière d'automne.

La rencontre entre les Carabins de Montréal et les Thunderbirds de UBC pose cependant un défi inédit. Pour le partisan, je veux dire.

Ce partisan a habituellement la partie facile. Il laisse la stratégie aux entraîneurs et aux coordonnateurs des équipes. Les laisse orchestrer les attaques et les parades, jouer dans la tête de l'adversaire, prévoir les coups comme dans une partie d'échecs.

Le partisan du PEPS n'a alors qu'à suivre un script qu'il connaît. Il sait quelle équipe applaudir et quand; sait choisir le moment de crier pour nuire à l'adversaire et celui de se taire pour aider son équipe.

Ce script ne tient plus pour le match de samedi. Le partisan ne peut plus se satisfaire de tenir son rôle pendant le jeu et d'aller chercher son hot-dog et sa bière à la demie.

L'absence du Rouge et Or force le partisan sérieux à penser «stratégie» : qui applaudir et pourquoi?

Nous n'avons pas eu à nous poser cette question en 2009 quand les universités Queens et Calgary se sont affrontées au PEPS pour la Coupe Vanier.

Le résultat nous importait peu. Il suffisait d'apprécier le jeu et la musique. Ça avait d'ailleurs été un excellent spectacle avec un vrai score de football : 33-31. Ce fut un des meilleurs matchs jamais vus au PEPS, toutes équipes confondues. La fête avait été aussi réussie que les années ou le Rouge et Or était de la finale.

Cette insouciance ne sera pas possible samedi.

Une logique régionale voudrait qu'en l'absence du Rouge et Or, le partisan du PEPS se rabatte sur l'équipe francophone voisine, les Carabins.

C'est gentil, bien élevé et très «politically correct».

Mais c'est impossible.

Un partisan du PEPS n'applaudit pas les Carabins. C'est contre nature, et je dirais même séditieux.

On dira que les temps ont changé. Qu'il y a moins d'animosité qu'à l'époque où les bleus de Jacques Dussault avaient piétiné le logo du Rouge et Or sur le gazon du PEPS. Appuyer les Carabins ces années-là aurait été pure hérésie. Les temps ont changé, mais il nous reste quand même un peu de mémoire.

On peut aujourd'hui respecter l'ennemi, lui reconnaître du talent et du coeur, l'admirer d'avoir réussi à son tour à bâtir une grande équipe. Mais l'applaudir? Jamais.

Là réside toute la complexité du rôle du spectateur de samedi. Une victoire des Carabins confirmerait la domination du football universitaire québécois. On devrait s'en réjouir et en tirer de la fierté.

Il y aurait même une consolation à se dire que le Rouge et Or a été battu cet automne par l'équipe qui allait devenir championne au pays.

Mais pas question de le montrer. Pas pendant le match.

Sans compter qu'applaudir les Carabins au PEPS créerait un dangereux précédent. Les Bleus pourraient y prendre goût. Commencer à s'y sentir à la maison, comme le Canadien au Colisée à l'époque des Nordiques. On ne prendra pas ce risque.

Déjà que la foule du PEPS a tendance à s'essouffler. Rien de grave. Le Rouge et Or a encore les meilleures assistances au pays. Mais je ne sens plus la même assiduité et la même intensité qu'aux meilleures années.

Je n'ai pas comparé les chiffres officiels, mais cet automne, j'ai vu beaucoup de sièges vides au PEPS. Y compris lors de la Coupe Dunsmore entre le Rouge et Or et les Carabins, ce qui est quand même étonnant.

Je ne sais pas comment expliquer ce repli. Il faisait beau cette saison les jours de matchs. L'équipe a encore des athlètes spectaculaires et n'était ni trop forte ni trop faible pour tuer à l'avance le spectacle.

Est-ce le ralentissement économique? La concurrence des Remparts au nouvel amphithéâtre? Le fait d'avoir joué davantage le samedi et le soir, plutôt que le dimanche après-midi comme le voulait la tradition? Est-ce l'usure du temps?

On cherchera la réponse une autre fois peut-être. En attendant, on se concentre sur le défi du jour, la Coupe Vanier.

Le partisan du PEPS devra être subtil et stratégique. Il souhaitera secrètement une victoire des Carabins, mais s'arrangera pour que rien n'y paraisse.

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